Georges

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dimanche 28 octobre 2018

La langue des coiffeurs

On élude les questions techniques sur la coiffure et son monde. On veut que ça finisse. On apprend que nos cheveux sont "fatigués".
- Fatigués à partir de là, vous voyez?
Je vois pas. Je dis : - Ah oui, tiens, en effet.
Des gens arrivent, tout le monde se connait, on se met à parler de tout et de rien et on me laisse là, dans la cape noire de Severus Rogue assortie à mes cernes avec des barrettes ridicules.
On se sent con mais on fait comme si on était au mieux de notre classe, on salue, on sourit, on trouve même le moyen d’être drôle. Sous des néons impitoyables qui font ressortir le pire de nous. Plantée là, alors qu’une parfaite inconnue enroule et déroule une brosse sur laquelle elle pose son sèche-cheveux brûlant.
On avait dit pas de brushing. On a pris le temps d'expliquer que c'était pas notre truc les brushing Dallas et les bombes de laque vidées sur l'autel de notre nature rustique.
On profite du miroir pour se regarder dans les yeux. Il y palpite une calme certitude, nous sommes des spectres de bonne volonté qui ne croient plus à la fulgurance de la passion. Nous mesurons nos élans et restons à bonne distance des flammes.
On a tranché, on a passé trente ans, on a survécu à nos névroses de jeunesse, on se fait vieux, on se doit un peu de bien, on ne nous a pas appris, on est paumé mais on est vivant. Des vivants qui ne savent pas vivre, mais qui ont cessé de se débattre. Des vivants qui ne sont pas nés de la dernière pluie et qui le portent sur eux, dans l’éclat terni de leurs regards rincés.
On en a connu des guerres, on a su concilier, expliquer, apaiser. On a affiné nos discours et pris soin de nos interlocuteurs.
Mais on sait toujours pas parler la langue des coiffeurs.

2 commentaires:

  1. J'ai lâché le mien parce qu'il ne me parlait que de foot et de moto (tout ce qui m'intéresse !). Et j'ai adopté une famille juive, la patronne, bien sûr, mais aussi sa mère (en retraite)qui me fait la bise maintenant. On ne s'ennuie pas !
    J'aime (j'ai toujours aimé) qu'on me touche les cheveux, qu'on me masse le cuir chevelu mais quelle angoisse ! Plus de lunettes, posées sur un rebord dont je redoute qu'elles tombent. Du coup, je ne vois rien, à part mes oreilles que je ne peux pas louper... et qui m'indiqueront le sens du vent jusqu'à la prochaine visite. Et puis, tous ces petits bouts de cheveux qu'on retrouve partout pendant plusieurs jours. En rentrant, je ne me regarde jamais dans les vitrines....

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    1. Oui, les petits bouts de cheveux très tenaces.
      Je supporte pas non plus de me regarder dans un miroir pendant si longtemps c'est d'un gênant. Et à chaque fois je suis déçue, non pas du travail de la personne en charge de mes cheveux mais de ne pas savoir me faire comprendre et d'avoir dégagé un visage que j'évite en général. Et... Je dis : Merci, c'est super. Avec un grand sourire etc... l'enfer !
      Contente de te lire Calyste

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