Georges

Georges

mardi 15 mai 2018

L'eau, le feu

C'est la pluie qui me réveille. Elle crépite calmement avant de se changer en orage tonitruant. Sous une apparence paisible, chacune de mes cellules est survoltée. 
Ça me fait du bien.
Je m'inquiète d'un oiseau que j'entends. Le seul. Je me soucie de son abri, de son confort et je vais jusqu'à lui prêter des intentions et des projets. J'ultrapole. Je m'ennuie coincée dans un corps en feu.
C'est jour férié. Je ne sais pas si c'est en lien avec la religion ou la guerre. Les deux trucs que je peux pas blairer. Les deux sponsors officiels des jours de branle.
Je pense à une télévision cathodique, au son qui sort de l'écran gris. C'est à ça que me fait penser le bruit de la pluie. Un truc calme, régulier, que le tonnerre fracasse.
Depuis hier je rassemble des notes, je copie, je coupe, je colle. Je monte quelque chose qui n'existe que pour moi. Mon obsession textuelle prend le pas sur tout.
La nuit je m'ennuie sur des plages de réveil. Je suis soumise aux lubies d'un cerveau hyperactif qui galère à trouver la paix.
Il y a trois jours, nous avons traversé la ville en chantant Luz Casal dans un espagnol aussi foireux que volontaire. Nous avons été si heureux du parc de l'étoile à la place d'Austerlitz. Indifférents au reste du monde, trop occupés à s'aimer, à fêter tacitement le bonheur d'être ensemble.
Los momentos felices.
Je revois dans le noir de ma nuit blanche nos pas décidés, en route vers la nuit, nos sourires béants.
J'ai chaud.
J'ouvre la fenêtre. J'accueille une brise tiède à la surface de mon corps qui bat.
À ce moment-là je ne sais pas encore à quoi correspond mon embrasement
C'est seulement à 8h, lors de mon réveil définitif, que je comprendrais que toute la nuit j'ai attendu cet orage. Je l'ai pressenti.
J'ai attendu de me consumer dans une fièvre radicale, tenue éveillée par l'étincelle, symptôme de l'incendie. Et maintenant je brûle bel et bien.