Georges

Georges

lundi 2 juillet 2018

Plus peur du noir

Il me dit, fais gaffe dans la rue, méfies toi de la nuit
va plutôt dire à ta rue de faire attention à moi 
J'ai plus peur du noir
plus peur des silhouettes courbes et des pas qui s'allongent dans mon dos
j'accélère plus, je ralentis, je souris
je me retourne
poings serrés, mâchoires acérées, bave de rage
Je te raconte l'histoire de la furie et du connard à grand renfort de coups de pompe
ça te surprend qu'on se dresse devant toi, t'es glacé par mon rire de cinglée
J'ai peur ni de ton schlass ni de ta queue raide
ça te désole que j'en ai plus rien à foutre de me prendre des tartes dans la gueule
trauma cranien, viol, commotion cérébrale
Toutes les patates je les ai rendues
Ils ont pas vu à l'IRM la patience délogée de son habitacle
La croissance exponentielle d'une haine viscérale
c'est qui la bête maintenant ?
dis lui bien, à ta rue
La vengeance, l'histoire de ces agneaux qui pètent les plombs, qui dévorent le boucher et foutent le feu à l'abattoir
dis lui qu'on se relève,
on boite et on se remet
on n'a pas que ça à foutre
dis leur à ceux qui ont voulu t'annuler
cadavres édentés qui squattent les oubliettes
des lambeaux qui chlinguent dans un coin de ton cerveau, qui pourrissent dans leur foutre, hantés par la violence frénétique des monstres qu'ils ont engendrés
T'as beau chercher partout, tu trouveras pas plus violent qu'une femme piétinée



mardi 26 juin 2018

17 jours // PDF

Le pdf de mon texte pour celles et ceux que ça intéresse. A défaut d'avoir pu mettre la main sur sa version papier et avant une possible réédition un jour ou l'autre !
à lire, relire, partager, imprimer, diffuser, oublier quelque part... 
Comme tu veux... 


C'était il y a un an, c'était une sale histoire, je suis heureuse qu'elle ne m'appartienne plus vraiment et qu'elle soit désormais entre vos mains. 

C'est par ici : 17 jours, le fanzine en Pdf 



dimanche 24 juin 2018

La place au soleil

Je repère de loin la seule place au soleil. J'allonge le pas en mode prédatrice. Au moment où je m'assieds, mon regard croise celui d'une meuf qui visiblement visait la même place. Ses épaules s'affaissent en même temps que son souffle mais elle va chercher dans sa bienséance la politesse d'un sourire. Un rictus chelou qui semble dire dans le même temps "tu fais chier" et "c'est pas grave". Je choisis de la classer dans la catégorie bonne joueuse. Et vu la gueule de son chien on devine sa mansuétude. Elle promène un truc pas possible qui se situe entre le ratier et la serpillière. 
La serveuse vient m'encaisser elle a des ongles d'une longueur impressionnante. Je suis sûre que ses potes en parlent entre eux. C'est une caractéristique que tu peux pas rater. Comme tu identifies des potes en disant, tu sais, celle qui a des cheveux bleus, mais si, tu le connais, il a un tatouage de loup garou sur l'épaule... Ben elle, c'est celle des ongles. Obligé.
Agencement ongulaire de compèt. 
Hier à la même terrasse j'écoutais la conversation de deux mecs, 70 ans. Ils parlaient comme un JT de TF1 et c'était plutôt drôle avant qu'ils se mettent à donner leurs petits avis de merde sur les migrants. 
À un moment, t'en as un des deux qui se penche au dessus de la table pour murmurer des horreurs.
De toute façon, le problème, c'est que ce sont des animaux. On ne peut pas vivre ensemble. Tu vois leurs regards noirs et tu comprends qu'on est trop différent et même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas cohabiter. 
Ok les mecs... L'autre en face est partagé, il remue sa tête de con de haut en bas sans dire un mot. 
Mais bon, pas besoin d'etre medium pour comprendre que ce qu'il veut dire c'est : reçu 5 sur 5. 
Je les fixe, j'attends, j'ai les nerfs qui vrillent et je tire sur ma clope comme si c'était mon respirateur. J'ai envie qu'ils croisent mon regard noir et qu'ils se sentent mal à l'aise, qu'ils sentent que même avec la meilleure volonté du monde, on pourra jamais cohabiter et on sera jamais câblé pareil. 

PS: j'ai pas d'ami avec un tatouage loup garou sur l'épaule et c'est bien dommage.

retrait(e)

Pouce au repos. À la recherche d'une nouvelle optimisation du temps de cerveau disponible.
Je prends congés.
J'écris comme un porc. C'est pas sympa pour les porcs. 
Dans le cadre de ma thérapie on m'a conseillé de lâcher un peu l'action de dire pour essayer de "faire". Par exemple, halluciner devant les tomates qui se gorgent de flotte au jardin, des trucs verts informes qui seront bientôt opérationnels pour rencontrer de l'huile d'olive et de la mozza. Expérimenter une forme d'ennui que j'avais oubliée. 
Parfois, il n'y a rien, juste des heures creuses, pourquoi lutter. 
J'ai pris le pli de passer d'un sentiment à l'autre sans jamais m'attacher à essayer de comprendre ce qu'on trouve entre les deux. C'est l'idée que je me fais de l'intensité. 
Toujours obsédée à combler par du bruit d'une qualité aléatoire le silence des interstices.
Sur le bras gauche, tatouage puéril qui donne à lire : Never Ending Noise. Quand t'as dit ça t'as tout dit. T'en as même déjà trop dit. 
Il n'y a rien à dire, et c'est sur ce rien que je travaille. C'est ce rien là que je veux comprendre. Comme on essaie de comprendre l'air qu'on respire. Les trucs à la con auxquels on fait plus gaffe. 
J'ai des courbatures après m'être excitée sur des mauvaises herbes. Des coups de soleil agricoles.
Je me programme de belles rides. Je creuse mes traits. Je préfère faire ça qu'essayer d'aplanir un cerveau froissé comme on le fait avec une carte routière pour chercher son chemin. 
Je sais pas lire une carte, je dois compter sur mon instinct mais je comprends plus sa langue. 
Parfois, il vaut mieux jouer aux cons que se chercher des noises.
Never ending noises. Fatiguée d'essayer de réhabiliter la merde en matière noble. 
Je préfère laisser tomber. Elle trouvera le chemin toute seule comme une grande quand ce sera le moment. 
Je préfère essayer d'écouter les interstices au stéthoscope. Le chant des baleines et tout un tas de conneries qui se fracassent contre le vide. 
Je regarde pousser des trucs, je regarde pousser mes cheveux. Je passe de la scène au strapontin. J'ai perdu le sens de la dramaturgie mais lui aussi, il oublie pas mon adresse et reviendra bien assez tôt. T'inquiète.

mercredi 6 juin 2018

Antoine + Puceau = Faux

À la terrasse du salon de thé ouvert 7 jours sur 7, j'écoute la conversation en allemand de deux femmes, sans doute une mère et sa fille. Je pane rien. Un chien s'agite à leurs pieds, elles essaient d'apaiser son impatience en lui parlant en français.
Comme moi, il ne comprend pas l'allemand et ça nous fait un deuxième point commun qui s'ajoute à l'écho de nos pelages hirsutes.
J'aime bien les chiens ébouriffés.
J'écris, je relis, je corrige.
Je ne m'y mets pas vraiment. Je me raconte l'histoire romantique de mon entrée en littérature. Statue vivante de l'humilité.
Je ressens en pointillés une joie quasi extatique mal assumée. J'ai l'habitude de me chercher la merde et c'est bizarre de ne pas la trouver.
Quand je me pose la question du quatrième café qui implique celle de la première clope, je m'aperçois que je suis sortie sans feu ni cigarette et ça met un terme à la montée d'extase.
Il y a un truc qui me gène à cette terrasse c'est la question précipitée du paiement.
Je peux vous encaisser tout de suite ?
Deuxième question de la serveuse après : chantilly ou mousse de lait?
J'ai choisi mousse de lait, faut pas déconner avec la chantilly à jeun quand même.
Je profite d'être sur la place du marché avec mon téléphone pour aller prendre en photo un graffiti qui ne manque pas de me faire sourire quand je passe devant. Il a été effacé. Il s'agissait de lettres maladroites rétablissant une vérité qui semblait importante aux yeux de son auteur : ANTOINE + PUCEAU = FAUX
J'erre autour des stands d'un marché de créateurs. Une nana vend des trousses qu'elle imagine amusantes sur lesquelles on peut lire des trucs genre " trousse de connasse" ou encore "dites non à la drogue, dites oui aux licornes". J'essaie d'imaginer le profil psychologique de son cœur de cible.
Et puis je pense à Antoine, je pense aux puceaux, je pense aux trousses qui racontent de la merde jusqu'à ce que je ne pense plus à rien d'autre qu'à l'urgence de la première cigarette.


dimanche 20 mai 2018

Notes 17/18 Vol.II

(...)
Il en ressort que je dois avoir des cuisses en béton à force de remonter la pente
Que j'endommage mes nerfs à coup de café
Mes artères à coup de chips
Que j'ai longtemps eu le goût d'abandonner mes neurones à des toxiques
Que j'ai un sommeil de merde
Que j'apprends beaucoup de mon écoute assidue des conversations des autres
Agent 007 en résidence dans les cafés de la ville
Je tiens en très haute estime des données archaïques, principalement bien dormir/bien manger et marcher beaucoup
Je ne finis pas toujours les livres que je commence et je peux en tirer un certain complexe
(honte?)
Je connais mieux le bord des larmes que les larmes elles même pour y avoir passé beaucoup de temps 
J'ai des velléités
Je parle de mon cerveau comme une spécialiste du Home staging : poser des cadres, agencer, faire le vide, créer un puit de lumière et ce genre de trucs
Souvent à fond de café, j'ai le cœur chamade qui tambourine, 
J'extrapole le nombre de battements par minute
Avec le temps, j'ai appris à apprécier ma compagnie
Je commente mes longues marches matinales à tue tête dans la ville bleue 
L'habitude de m'en remettre à mes jambes quand ma tête n'y est plus
a désormais le statut de réflexe
Je constate que je ne suis jamais aussi perdue que je ne le pense
Je me suis habituée à vivre down tempo, le rythme qui s'emballe vient de l'intérieur, je ralentis ma course au maximum, je ne peux pas me permettre d'être essoufflée, cependant, 
mon sang bat fort, mes veines se gonflent et mes muscles sont perpétuellement en tension
Calme comme une bombe
J'ai passé l'automne à lutter contre les symptômes de la dépression qui m'ont collés aux basques. c'est un sentiment terrible que celui d'être engloutie, digérée par des émotions adverses
Et puis, tout à coup c'est bien, c'est mieux. Le temps dilaté retrouve sa forme. Je vis au rythme des minutes, tout s'accélère, la vie en plein sprint, j'ai arrêté de me faire chier à gérer des sentiments contradictoires qui me plombent et m'enlisent. C'est comme ça, ça survient, pas de progression, on respire, on avait oublier ce que c'est à force de vivre à moitié noyée

[ À suivre]

mardi 15 mai 2018

notes 17/18 Vol.1

Je relis des vieux carnets pour en extraire quelque chose. J'y trouve des études comparatives sur le prix des dosettes de café Malongo dans les différentes supérettes de mon quartier (on trouve les moins cheres au simply Jean Jaurès). 
Des commentaires à charge sur la taille de mon cul
Des astuces pour affiner mon art de la cuisson des nouilles
Les apports et limites des viennoiseries dans la gestion de la détresse matinale
(à corréler directement avec mes considérations pondérales
Une capacité à me faire des films dans lesquels je tiens tous les rôles. 
Registres allant de la comédie dramatique au drame latin avec dos de la main sur le front et sentences définitives, type : qu'est ce que j'ai fait au bon dieu. 
Inspiration Almodovar, mascara mouillé
Thématique de prédilection : aller trop loin ou non
Analyse des effets de l'air frais sur le moral
Des pages d'auto persuasion : dois je boire un café bailey's ou reprendre un quart de lexo
Triple récits de mes sevrages successifs anxyolotiques / cannabis / alcool
Ce dernier est le moins réussi des trois
Attention exagérée portée au relationnel avec les chattes, type : P ne m'a pas calculée de la journée / C est en crise d'amour, elle ne m'a lâchée d'une semelle 
Attitude terriblement volontaire face à la vie en général et la dépression en particulier
Des phrases hors de propos souvent en lien avec des envies impérieuses, type : j'ai super envie d'une barbe à papa (!?)
Le constat violent de mon échec à écrire de la fiction, l'acceptation de ma vocation autofictive
Tant pis 
Des constats sans appel : " déjà Noël, bon..."
Des espaces de libre expression, type : "17/02/2018 / je suis dans le train" (suivi d'une page blanche)
Récurrence de l'aveu : je ne sais pas ce qui m'a pris


[à suivre]

L'eau, le feu

C'est la pluie qui me réveille. Elle crépite calmement avant de se changer en orage tonitruant. Sous une apparence paisible, chacune de mes cellules est survoltée. 
Ça me fait du bien.
Je m'inquiète d'un oiseau que j'entends. Le seul. Je me soucie de son abri, de son confort et je vais jusqu'à lui prêter des intentions et des projets. J'ultrapole. Je m'ennuie coincée dans un corps en feu.
C'est jour férié. Je ne sais pas si c'est en lien avec la religion ou la guerre. Les deux trucs que je peux pas blairer. Les deux sponsors officiels des jours de branle.
Je pense à une télévision cathodique, au son qui sort de l'écran gris. C'est à ça que me fait penser le bruit de la pluie. Un truc calme, régulier, que le tonnerre fracasse.
Depuis hier je rassemble des notes, je copie, je coupe, je colle. Je monte quelque chose qui n'existe que pour moi. Mon obsession textuelle prend le pas sur tout.
La nuit je m'ennuie sur des plages de réveil. Je suis soumise aux lubies d'un cerveau hyperactif qui galère à trouver la paix.
Il y a trois jours, nous avons traversé la ville en chantant Luz Casal dans un espagnol aussi foireux que volontaire. Nous avons été si heureux du parc de l'étoile à la place d'Austerlitz. Indifférents au reste du monde, trop occupés à s'aimer, à fêter tacitement le bonheur d'être ensemble.
Los momentos felices.
Je revois dans le noir de ma nuit blanche nos pas décidés, en route vers la nuit, nos sourires béants.
J'ai chaud.
J'ouvre la fenêtre. J'accueille une brise tiède à la surface de mon corps qui bat.
À ce moment-là je ne sais pas encore à quoi correspond mon embrasement
C'est seulement à 8h, lors de mon réveil définitif, que je comprendrais que toute la nuit j'ai attendu cet orage. Je l'ai pressenti.
J'ai attendu de me consumer dans une fièvre radicale, tenue éveillée par l'étincelle, symptôme de l'incendie. Et maintenant je brûle bel et bien.

vendredi 4 mai 2018

FANZINE / 17 JOURS / INDISPONIBLE

**** Actuellement le fanzine n'est plus disponible, il le sera peut-être à nouveau un jour,vous en serez informé.e.s? En tout cas merci à vous **** 


Tu peux désormais lire mes histoires aux chiottes, dans le bus, au bistrot, tu peux m'offrir à ta mère, à ta sœur, à ta meuf, tu peux annoter, surligner, déchirer même, corriger les fautes, si c'est ce qui t'excite, n'en doutes pas, tu trouveras ton bonheur. 
84 gr, 44 pages contre une somme allant de 3€ à plusieurs milliards si tu le désires (valises de petites coupures et lingots acceptés).

Envoi possible pour 2 balles pour un zine et à voir pour plusieurs. 

C'est surement pas parfait mais c'est un début, ça fait des années que je veux me lancer dans l'autoédition et j'ai fini par le faire grace au soutien d'amiEs trop supEr <3

Pour des renseignements, des commandes ou tout ce que tu veux : agirlcalledgeorges@gmail.com 

Extrait / Prologue 

"Il y a l'aveuglement. Un silence inconfortable. Un genre de vide sanitaire de la parole. On pense noir et on dit blanc. Et puis, il y a le monde autour, auquel il faut sourire, qui attend sa dose de « salut, ça va, merci au revoir ». Aucune brusquerie ne sera pardonnée et c'est ce qui permet que tout roule. Et puis, il y a le jour où les faux semblants ne sont plus permis. Le cerveau rejoint le vague à l'âme et il faut prendre une décision. Mettre à l'abri ce qu'on veut sauver. Comme lors d'une inondation massive, quand il faut mettre les meubles sur pilotis, les pieds dans l'eau, la commode posée sur des agglos. Il a fallu se décider à sauver les meubles, à prendre soin de tout ce qui pouvait être mis à l'abri du tourment. C'est comme ça que je me suis retrouvée au centre hospitalier d'Erstein, 67. Pour me mettre à l'écart d'une comédie dont j'avais oublié le texte. Pour mettre de côté ma carrière de saltimbanque de mascarade qui dit « salut ça va, merci, au revoir » sans même distinguer le sens de chacun de ces mots tant le marasme avait pris le pas sur un rôle social si bien rodé que j'avais mis en place. Je pédalais à côté du vélo, il me fallait cette mesure radicale pour me remettre en selle."

A bientôt ! 



Grosse Ambiance

À côté de moi au café une nana dit à sa copine qu'elle passe son chômage à mater les experts à Manhattan et qu'elle peut plus regarder sereinement une empreinte digitale. 
Elle ajoute : grosse ambiance.
Elle parle du mec qu'elle voit, elle dit lui faire peur.
Il tient à moi mais il flippe. Je suis sévère, ça fait flipper. Avec tout ce que j'ai traversé, je vais pas me mettre la misère pour un mec. 
Quand il m'invite à dîner avec des amis à lui, je le vois qu'il flippe. Il a peur que j'explose, il est super inquiet, limite à transpirer dès que j'ouvre la bouche. Il a pas confiance. La liberté ça les rend dingues, ils voudraient maîtriser ce qui sort de ta bouche, tout.
Il aimerait bien avoir une meuf, tu vois, douce, gentille, prévisible.
Ils veulent pas que leur meuf elle éclate de rire quand ils racontent de la merde.
Du coup avec moi, c'est pas possible ça, tu choisis: tu flippes ou tu te casses. C'est pas plus compliqué que ça. J'y peux rien. Je comprends qu'il comprenne pas. Même moi je me comprends pas.
Mais le pire c'est que c'est même pas grave, il reste. C'est malheureux, hein ?
Les mecs qui rampent ça fait pas envie, ça casse tout. Je mets que des barrières et ils reviennent tous. Ils sont maso, franchement y'a plus d'respect.
Plusieurs fois elle s'interrompt pour dire : tu me connais, hein, chuis gentille mais faut pas m'faire chier.
Mes potes me disent t'es jolie, t'es intelligente tu pourrais trouver du travail. Ça me fait une belle jambe.
Ils pensent que t'as que des moches et des connes au chômage ?
Et puis, aussi, tu pourrais travailler pour te payer un voyage. Qu'est ce que j'en ai à foutre franchement. Je peux faire Strasbourg-Colmar, ça me suffit comme voyage et c'est dans mon budget.
[...]
La serveuse dit à un vieux : vous êtes bien aimable alors qu'il est casse couilles.
Je bois mon verre d'eau. Je regarde passer les gens. Je remets mes cheveux défaits par le vent.
Je pense aux moches, aux connes, au chômage. À ceux qui savent tout mieux que tout le monde, aux experts à Colmar. Franchement, grosse ambiance.

mardi 24 avril 2018

Les temps sont durs pour les loser

Mail de pôle emploi : S'en sortir ensemble
Mail de ma banque : Il était une fois vos projets
Au café je m'installe à côté d'un mec qui parle non stop à deux autres mecs qui opinent comme des peluches de plage-arrière. Il déroule un discours qui colle parfaitement à ce qu'on attend de chacun en ce moment. Il a un ton de lettre de motivations : dynamique et motivé. Il exhale l'efficacité, il incarne son époque, il porte la montre qu'il faut, le costume qu'il faut, il a la barbetaillée comme il faut...
Il était une fois ses projets.
Ces derniers temps, j'ai le don de me retrouver à proximité immédiate de ce genre de personnes qui sacralisent leur job, qui se branlent sur leur situation, fiers qu'ils sont de l'abnégation dont ils ont su faire preuve au moment opportun.
Il emploie ce qui est, de mon point de vue, le champ lexical de l'emmerdement suprême : positionnement, projet, nouvelle dimension, perspective, pierre à l'édifice, culture d'entreprise, team building, prestation, axe d'amélioration, force, opportunités, valorisation.
Je pense : poutre, corde, tabouret, arsenic, shooter de Destop, tête dans la friteuse.
Il dit que c'est le job qui fait l'homme.
Ça me rend triste, cette phrase à la con me tombe sur les épaules comme la misère sur le pauvre monde. J'arrive pas à croire qu'on en est là.
Je suis pas seulement confrontée au discours d'un mec qui a la gagne, un genre de cas isolé,non, c'est le modèle standard, jeune homme de son temps prêt à tout déglinguer. Sa marge de progression est exponentielle et il ne s'est pas contenté de comprendre le principe de la start up nation, il en est le fruit mûr gorgé d'espoir.
Le job qui fait l'homme, l'absence de job qui t'annule.
On est en train de se faire coloniser par des mecs en chaussures pointues, cravates et éléments de langage rodés pour la conquête d'un monde qui n'est pas fait pour les filles qui traînent dans les cafés avec la gueule dans le cul à 9h du matin.
Bon, c'est pas simplement par esprit de contradiction, mais je répondrais bien au Pôle emploi que je suis pas sûre que ce soit ensemble qu'on s'en sorte.
Les temps sont durs pour les loser.

samedi 10 mars 2018

La nef des fous


Je regarde les gens, chacun dans leurs films.
Une meuf arbore le sourire discret de ceux qui passent une bonne journée, elle accueille les secondes qui s'offrent à elle avec une décontraction qui se propage comme un feu. Je ramasse les miettes et je pense à ces moments fugaces et merveilleux où l'on court sur le fil, on cesse de subir ses ondulations, on danse sur les ondes de choc sans flipper une seule seconde de la chute possible. Je profite de l'influence positive de cette apparition pour m'ancrer dans un bien être diffus, ça marche à tous les coups, il suffit d'accepter, se laisser traverser de part en part par la chance des autres comme on partage la sienne lorsqu 'elle triomphe et qu'on a le cœur comme une fournaise.

Un truc qui vient avec le temps, c'est la certitude réconfortante d'avoir avec le monde entier la ramasse en partage. On sait que tout le monde recompte ses dents régulièrement après s'être bouffé le trottoir. Personne n'y coupe et ceux qui disent le contraire raconte des conneries. Pendant longtemps, je me suis dit, comment font les gens ? Aujourd'hui je sais : ils s'arrangent, se démènent, ils se débattent avec des spectres, seuls les contours changent, plus ou moins flous.

On se fabrique des épouvantails, pour chasser la merde quand elle se pointe en tsunami.Tous autant que nous sommes, on en chie à intervalles réguliers. On se livre des batailles sans merci qu'on cache derrière des simagrées. Je me dis que c'est une politesse qu'on se fait les uns aux autres. On va pas se sortir les tripes sur la table, on va pas faire un concours de cicatrices.
Alors, entre les déconvenues, on est plaisant, on a de l'humour jusqu'à ce qu'on en ait plus. On fait durer la plaisanterie jusqu'à la grimace, après on se terre un peu, la peur nous sort par les yeux.
Quand on pige que tout le monde est terrifié, on sort de la contemplation égocentrée de nos croûtes fraîches, sèches et enfin, disparues. C'est un cycle qui prend plus ou moins de temps, faut pas être trop pressé.

Je pense à tout ça en regardant les gens se serrer sur les terrasses pour avoir la primeur des rayons encore frais d'un soleil timoré.
On se déplace avec lui, il fait ce qu'il veut de nous.
Je les regarde et je me dis qu'eux aussi, bien sûr, ils ont toute une liste noire de renoncements et d'abnégations.

J'écoute des conversations, des bribes, je me prends pour une envoyée spéciale en mission secrète. Je prends des notes destinées à me rassurer sur une hypothèse que je prends de plus en plus pour la vérité : nous sommes tous cinglés.

Je vois des gens sur des barques, des gens qui voguent au fil des flots lunatiques qui malmènent les trajectoires. Certains ont perdus les rames, certains les ont mais refusent de s'en servir.

Un mec arrive à côté de moi, avant qu'il s'installe je le détaille, il porte pas loin de 700 balles de fringues sur lui lunettes de soleil comprises.
J'ai un sourire bruyant, je regarde discrètement son visage orange gavé d'UV. Lui c'est sûr, c'est à bord d'un yacht qu'il traverse la vie.
Ou alors il a une barque insubmersible et des pagaies de compèt en carbone. Un drakkar assorti à sa gueule de con, avec tout un tas de gens qui rament pour lui...
Plus je l'observe, plus je lui souhaite le mal de mer.

Je ferme mon carnet dans un geste brutal, indisposée par les effluves du parfum âcre de mon nouveau voisin.
Je rassemble mes affaires avec l'impression d'avoir tout compris à la vie comme tous les trois jours à peu près, quand je me perds dans des théories fumeuses qui me consolent de ne pas avoir spécialement le pied marin. Que je liste mes forces et procède au contrôle technique de mon embarcation.

dimanche 4 mars 2018

Cinquième Lombaire /

À chaque mouvement depuis vendredi, je sens une charge électrique qui passe entre mes reins. Je souffre, j'en rajoute, je maudis la douleur qui me tient compagnie. Perchée à la poudre d'opium microdosée, je repense à mes convalescences passées, adorées, romantisées. 
Pourtant cette fois, je me réveille rompue.
1,2,3,4eme jour. J'en peux plus. 
J'ai l'habitude des douleurs psychiques, serrer les dents et attendre que ça passe, marcher loin, courir après ma superbe. J'ai l'habitude de répondre à la douleur par l'action, me reposer en toute confiance sur mes jambes anxiolytiques. 
J'ouvre grand la fenêtre, je laisse la température négative du dehors se charger d'assainir les restes de ma nuit. Les chattes rôdent, elles espèrent que je me lève pour leur filer à bouffer. Seulement voilà, j'ai retrouvé la couette directement après avoir boité jusqu'à la fenêtre pour permettre à la lumière de jaillir, invitant le soleil et le froid à se partager l'espace. Dehors la rue s'agite, comme un lundi.
J'entends une femme péter les plombs sur un mec qui bredouille, dans mon histoire c'est son mec. Elle laisse le monstre en elle prendre la main, sa voix sort de sa gorge, impulsée par la haine. 

T'entends pas ce que je te dis, merde !? Moi, je t'entends.
Le froid me fait du bien. 

J'économise mes mouvements. 
Je jure, j'envoie la grosse artillerie, les putain de bordel de merde, fait chier. 
Je douille. J'en fais des caisses. 
Je reçois des SMS qui me demandent comment je vais,comment je fais. Je me vois de l'extérieur, le dos de la main sur le front, répondre dans un souffle, affligée : On fait aller... 
J'en fais des caisses.J'attends 8h pour appeler l'ostéo, quand c'est fait, je prends le premier rdv possible. 4 jours, 500 pages, 2 films, beaucoup d'antalgiques et de siestes plus tard, le dénouement n'a jamais été aussi proche.Mes cheveux sont mouillés quand je dois partir. Pas de sèche cheveux, putain il fait -6. 
Tant pis. 
C'est pas comme si j'avais le choix.
Dehors soleil sec, éblouissant, cru.Je m'aperçois que je marche mieux. Les escaliers se descendent mieux, les pas se déroulent avec plus de naturel. Ça roule à peu près.Mes cheveux mettent une minute à se glacer. Les mèches sont figées de part et d'autre de mon visage. Tête de playmobil. Les mèches qui dépassent de mon bonnet débile que je me tue à porter depuis le froid polaire.Quand par hasard je croise mon visage dans un reflet quelconque je suis choquée. Putain de bonnet. 
J'ai pas une tête à chapeau. J'ai une tête à lunettes, une tête à claques. Pas à chapeau.
J'arrive devant une grande tour, je prends un ascenseur pour le 8e. Seule dans la salle d'attente, je regarde la vue, carrément belle, Instagrammable. 
Du coup, quoi? Je prends une photo.Le mec vient me chercher, poignée de main vigoureuse. J'essaie de réparer mon manque de manière de tout à l'heure.Je raconte les trucs habituels : Jamais pu me relever, ça s'est verrouillé, j'ai si mal Docteur, sauvez moi, je vais mourir.
J'en fais des caisses.
Je me traîne en pantalon/soutif sur une table défraîchie. Il a pigé en deux secondes, avant même de me toucher il a fait "ah, d'accord".Je sais pas à quel point c'est de l'esbroufe ce genre de "ah d'accord".

Il est content de lui, il répète "cinquième lombaire, ce sont des choses qui arrivent" en me tordant dans tous les sens. Ça craque partout je garde ma dignité, je m'entends même ricaner alors que ça bute son truc. Vous n'êtes pas venue pour rien dit-il à chaque fois que mes os craquent.Ça résiste, il n'y arrive pas. On y arrive pas.J'ai l'impression d'apprendre un art martial en accéléré. Une sorte de catch pour les nuls. Une danse brutale.
Quand il me dit soufflez, je le fais avec la peur au ventre, c'est là que ça fait super mal, au début on se méfie pas, on inspire et quand on expire, bim.
On finit par l'avoir, cinquième lombaire. La vertèbre délogée retourne à sa place, un bruit sourd semble signifier que ça y est, c'est bon. Et le mec fanfaronne un peu. Je le comprends. Quelque chose s'est détendu mais autre chose se tend immédiatement ailleurs. Le truc sans fin.En retrouvant la rue, le froid me colle une gifle, on oublie vite ces choses là. Je marche contre le vent qui s'invite dans mes bronches, me saisit, me coupe le souffle.Je parle à mon fantôme de douleur, tu peux partir maintenant, ya plus la place pour toi. Tout est à nouveau étroitement imbriqué mais lorsque je bouge, je sens les vertèbres croustiller, je les entends, j'affabule.
Je retourne plus tard m'allonger, la mort dans l'âme comme c'est pas permis. il m'avait prévenu : Le premier jour ce sera pire, demain ça ira mieux, mercredi c'est oublié. 

Lamaline, tramadol, ibuprofene.Je rêve d'une journée hyperactive. 

Les chattes se collent à moi, on est toutes mortes de froid et d'ennui. Mais elles, elles adorent ça : rien foutre, dormir, aller d'un truc moelleux à un autre truc moelleux, bailler, manger, recommencer.  En 4 jours, je me suis métamorphosée en chat. Un chat qui ronge son frein, qui fait du mélodrame en rêvant de courir comme un lapin.
J'en fais des caisses. 

mardi 13 février 2018

12022018

Au réveil le cerveau frise, chancelle, et finalement me jette dehors. Fuir à toutes jambes reste préférable, on tire peu de profit à stagner dans des eaux de vaisselles. Étudier la différence subtile entre le ressassement et la rumination en regardant le plafond peut rendre le temps si long qu'on n'en voit plus la fin. Quand je rentre dans le bar, mes doigts ankylosés ne savent plus former les mots. J'ai l'écriture hésitante d'un gaucher contrarié. Je regarde dehors mais je ne fixe rien de spécial, une femme me sourit alors qu'elle essaie de sortir son vélo d'une embuscade. Je comprends pas les tenants et les aboutissants de son histoire de vélo mais je ne réponds pas à son sourire que je prends pour un rictus d'effort. Les minutes qui suivent sont occupées à la flagellation. Me reprocher le moindre truc est érigé en religion. La pluie c'est moi, les accidents c'est moi, la vérole du bas clergé, bien sûr, c'est moi. J'ai raté le coche, voilà, qu'est-ce qu'on en a à foutre.
Les amoureux d'hier sont encore là. La fille sort fumer une clope. Même loin de son mec, elle reste une amoureuse, elle inspire, expire, transpire l'amour. Elle en fout partout.
Je reviens écrire au café Berlin après quelques mois à rester chez moi. J'ai l'impression de confirmer ma vocation quand j'écris dehors. Mon activité prend corps puisqu'il y a des témoins. Je suis sans ambiguïté une fille qui écrit, je me résume à "ça", "ça" me définit et c'est ce que je recherche.




11022018

Sortir de la boucle comme le hamster sort de sa roue. Épier les amoureux aux yeux bouffis, qui mangent le même croissant, qui sont là sans être là. Échanger quelques mots avec des inconnu.e.s, se souhaiter une bonne journée et sourire tant et si bien. Faire des politesses, s'excuser un peu, et puis s'excuser de s'être excusée, pour faire simple. Écouter Chantal Akerman : il n'y a rien à dire disait ma mère, et c'est sur ce rien que je travaille. Fin de citation. Aimer le rien, chérir le vide. Remplir à tout prix, remplir coûte que coûte, bon. Pour quoi faire? Regarder encore les autres, ceux qui parlent entre eux, dont la légèreté éclabousse. La réverbération de leurs conversations. Ils parlent gaiement, te font du bouche à bouche, ils ne s'en rendent pas compte. Ils prennent tes constantes. Ils réussissent, ils réhabilitent le vide. Il n'y a rien à dire donc, et c'est sur ce rien que je travaille. Remettre son manteau dans un mouvement fantasque, comme un geste d'humeur. Se voir faire et faire quand même. C'est sur ce rien que je travaille.