Georges

Georges

mardi 18 juillet 2017

17 jours // Prologue et épilogue

_Prologue

il y a une fêlure qui se craquelle et la lumière se répand jusqu'à l'aveuglement. Il y a des mots qui restent tapis dans un silence inconfortable. Un genre de vide sanitaire de la parole. On pense noir et on dit blanc parce que c'est ce que tout le monde veut entendre. Il y a le monde autour auquel il faut sourire, qui attend sa dose de « salut, ça va, merci au revoir ». Aucune brusquerie ne sera pardonnée et c'est ce qui permet que tout roule. Et puis, il y a le jour où les faux semblants ne sont plus permis. Le cerveau rejoint le vague à l'âme et il faut prendre une décision. Mettre à l'abri ce qu'on veut sauver. Comme lors d'une inondation massive, quand il faut mettre les meubles sur pilotis, les pieds dans l'eau, la commode posée sur des agglo. Il a fallu se décider à sauver les meubles, à prendre soin de tout ce qui pouvait être mis à l'abri du tourment. C'est comme ça que je me suis retrouvée au centre hospitalier d'Erstein, 67. Pour me mettre à l'écart d'une comédie dont j'avais oublié le texte. Pour mettre de côté ma carrière de saltimbanque de mascarade qui dit « salut ça va, merci, au revoir » sans même distinguer le sens de chacun de ces mots tant le marasme avait pris le pas sur le rôle social si bien rôdé que j'avais mis en place. Je pédalais à côté du vélo, il me fallait cette mesure radicale pour me remettre en selle.


_épilogue

Je sors demain, je suis passée de patiente à impatiente. Je supporte plus les horaires, les contraintes et les râles. La comédie me manque. Les problèmes qu'on se cache me manquent. Je veux en bouffer du salut ça va. Demain je dirai merci, mais sûrement pas au revoir. J'écoute Marilyn Manson, The Nobodies et je me sens tomber dans une sieste quand Olivia m'appelle. L'amour reçu pendant ces jours a été la chose la plus incroyable. Je suis rentrée en me sentant être une sale meuf instable et je sors galvanisée. Je bois quelques gorgées d'eau fraîche. J'attache mes cheveux. Je bloque sur des trucs super banals. Je vis chacun de mes gestes si c'était les derniers dans ce monde parallèle et c'est le cas. Le dernier dîner, la dernière tisane, la dernière soirée, la dernière nuit, la dernière clope avec Red. La dernière fois que je marche à côté de moi dans ce parc verdoyant où j'ai flippé ma race de rester bloquée dans cette vie ralentie. J'ai le cœur qui se serre, la joie jugulée, le spleen un peu, servi sur son lit de honte. La dernière fois que je mange cette bouffe insipide, la dernière fois que je me fais taxer une clope, la dernière fois que je vois les bras balafrés de Red. Je sais déjà que c'est la dernière fois que je fous les pieds ici. La faille est comblée mais quelque chose se brise, comme à la fin de tout.



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