Georges

Georges

lundi 27 février 2017

Un pogo sans fin

"On se console avec la nostalgie, vautrés dans un passé chaleureux. On baisse la tête sur nos Stan Smith, sur nos Chuck Taylor de toutes les couleurs, sur des paires de doc sans age.
On est devenu prévisible et dépendants des prévisions. On a peur de ce que chaque jour nous réserve. Le 7 janvier, le 13 novembre, le printemps 2002, l'été 2016, toutes ces fois où on s'est posé la question de savoir si on aurait assez de larmes, à ce rythme là.
La vanité exécutée d'une balle dans la nuque.
On pleure nos morts, on mâche nos mots. On prend cher.
On dilue nos angoisses dans des pintes de picon, des verres de Saint-Véran comme ceux que buvaient nos mères pour fêter la quiétude de leurs vies dont on n'a pas idée. Personne n'a parié sur nous, mais on est là. Trentenaires à chemise à carreaux pas vraiment remis de la mort de leurs idoles, pas totalement remis non plus de la chance qu'on a eu de grandir dans un monde qui n'existe plus.
On dit bonjour aux mendiants dans la rue, ils en ont rien à foutre de nos bonjours mais on s'obstine, par éducation. On est comme ça, on devait pas être dans la bonne file le jour de la distribution générale de formol. On a nos petits coups de sang, notre lucidité dévastatrice qui a appris à nager même dans les hectolitres de bières dont on l'abreuve.
On s'emmerde dans des emplois précaires, dirigés par des baby boomer qui savent à peine trier leurs déchets, qui tiendraient trois jours par mois avec un smic.
On en chie des ronds de chapeau derrière nos grimaces sociales mais on sourit autour d'un feu, devant des concerts, au bord d'un étang, après trois ricochets, devant des fleurs des champs. On est comme ça. On nous a appris le goût de la révolte en taisant les bienfaits de la résilience. Notre vie, c'est comme un pogo sans fin."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire