Georges

Georges

mardi 18 juillet 2017

17 jours // Prologue et épilogue

_Prologue

il y a une fêlure qui se craquelle et la lumière se répand jusqu'à l'aveuglement. Il y a des mots qui restent tapis dans un silence inconfortable. Un genre de vide sanitaire de la parole. On pense noir et on dit blanc parce que c'est ce que tout le monde veut entendre. Il y a le monde autour auquel il faut sourire, qui attend sa dose de « salut, ça va, merci au revoir ». Aucune brusquerie ne sera pardonnée et c'est ce qui permet que tout roule. Et puis, il y a le jour où les faux semblants ne sont plus permis. Le cerveau rejoint le vague à l'âme et il faut prendre une décision. Mettre à l'abri ce qu'on veut sauver. Comme lors d'une inondation massive, quand il faut mettre les meubles sur pilotis, les pieds dans l'eau, la commode posée sur des agglo. Il a fallu se décider à sauver les meubles, à prendre soin de tout ce qui pouvait être mis à l'abri du tourment. C'est comme ça que je me suis retrouvée au centre hospitalier d'Erstein, 67. Pour me mettre à l'écart d'une comédie dont j'avais oublié le texte. Pour mettre de côté ma carrière de saltimbanque de mascarade qui dit « salut ça va, merci, au revoir » sans même distinguer le sens de chacun de ces mots tant le marasme avait pris le pas sur le rôle social si bien rôdé que j'avais mis en place. Je pédalais à côté du vélo, il me fallait cette mesure radicale pour me remettre en selle.


_épilogue

Je sors demain, je suis passée de patiente à impatiente. Je supporte plus les horaires, les contraintes et les râles. La comédie me manque. Les problèmes qu'on se cache me manquent. Je veux en bouffer du salut ça va. Demain je dirai merci, mais sûrement pas au revoir. J'écoute Marilyn Manson, The Nobodies et je me sens tomber dans une sieste quand Olivia m'appelle. L'amour reçu pendant ces jours a été la chose la plus incroyable. Je suis rentrée en me sentant être une sale meuf instable et je sors galvanisée. Je bois quelques gorgées d'eau fraîche. J'attache mes cheveux. Je bloque sur des trucs super banals. Je vis chacun de mes gestes si c'était les derniers dans ce monde parallèle et c'est le cas. Le dernier dîner, la dernière tisane, la dernière soirée, la dernière nuit, la dernière clope avec Red. La dernière fois que je marche à côté de moi dans ce parc verdoyant où j'ai flippé ma race de rester bloquée dans cette vie ralentie. J'ai le cœur qui se serre, la joie jugulée, le spleen un peu, servi sur son lit de honte. La dernière fois que je mange cette bouffe insipide, la dernière fois que je me fais taxer une clope, la dernière fois que je vois les bras balafrés de Red. Je sais déjà que c'est la dernière fois que je fous les pieds ici. La faille est comblée mais quelque chose se brise, comme à la fin de tout.



lundi 10 juillet 2017

H comme... V

**** Je zone dans les allées. Plus envie de dire bonjour. Je ne me sens plus appartenir au monde en étant ici. Le décalage total. Je passe de la meuf qui dit bonjour aux vieilles à l'arrêt de tram à un genre de sauvageonne qui répondrait ta gueule au prochain : t'as pas une clope.

**** C'est parce que le temps est long qu'on prend les contre allées, les chemins les moins directes, aucune tangente, on trompe le temps sous la fine bruine qui nous tape sur le système depuis ce matin. Il y a des jours comme ça. **** Un mec me raconte l'histoire du type tellement accro au shit qu il a fait des barrettes avec sa propre merde. À l'atelier collage il devait cartonner, collage à droite 12 feuilles avec triple filtres. **** Un mec parle des gens qui vont mal, ici. Mec, si nous sommes ici c'est bien qu'à un moment on a perdu une roue. Pour pas dire l'essieu dans son ensemble. T'auras toujours un connard pour se croire plus malin que les autres. Le mec a chaque phrase qui sort de son claque merde j'ai des pulsions. Ça paraît anecdotique mais ça veut vraiment dire que je vais mieux. **** Un vieux a sorti son braquemart devant la télé, je sais pas ce que c'est son délire de faire ça devant fort Boyard. Il est à fond sur les nains peut être. Ou alors il a un faible pour Felindra-tête-de-tigre.


**** La sollicitude des infirmières qui s'intéressent à ce qu'on fait aux différents ateliers. meuf, c'est simple, à la pyrogravure on pyrograve, à l'écriture on écrit, au dessin on dessine et à la cuisine à ton avis ?


**** Je refuse la dernière visite de l'amoureuse parce que j'en peux plus de l'ambiance ici, j'en ai marre qu'on essaie de lui taper les 20 cts qui manque pour faire une canette de coca. J'en ai marre de faire partie de ce côté là de la barrière.


**** Des gens disent à Red : Comme elle est belle ta fille ! et elle répond que c'est normal, parce qu'elle l'a faite la yeux ouverts.


**** Une nana a une dépression hyper hostile. Tu lui demande l'heure elle te ferait bouffer sa montre de rage. Il y a quelques jours elle a pété les plombs sur moi pour un détail. Je lui disais qu'il fallait mieux pas arroser le potager en plein soleil, qu'est ce que j'avais pas dit. Je lui aurait dit "ta mère la pute" c'était pareil. Elle m'a jetée en l'air, quelque chose de bien... Du coup j'ai profité d'être chez les pimpins pour rire aux éclats comme une timbrée en guise de réponse. Vous devriez essayer ça fait du bien. Elle est restée comme deux ronds de flan.


**** Je pense à ceux pour qui le bonheur est une formalité en mangeant des framboises. Heureusement qu'ils sont là pour éclabousser les chiens de la casse qui font de leur mieux mais qui se galèrent quand même. En fait, je réfléchis à j'en connais peu des gens comme ça. Pour tout dire, je préfère les étincelles de ceux qui se débattent, qui tiennent le monde dans leurs mains pour le lendemain ramper à ses pieds. J'aime les gens qui échafaudent des plans pour se sortir du bourbier, pour qui la dérouillée du siècle succède au triomphe : Celui d'avoir survécu aux tumultes imposés par des cerveaux cagneux.


**** Tu te souviens des fois où tout était limpide, tu te baignes dans la fraîche cascade des souvenirs heureux. Tes amis, ta famille, ton amour en amulette. Toute une armée de coeurs vaillants au secours de ta relative insécurité. Qui prolonge les miracles, qui dessinent des sourires plein de dents, qui plissent des yeux complices...


**** tout va s'arranger, on est une putain de troupe au coeur vénère qui ne s'en laisse pas conter.





Easy listing H

Des haleines de cendrier. 
De la barbaque barbiturée qui boitille sur des chemins courbes.
Des ventres qui s'arrondissent à force de coca rouge vidés à la cafétéria et des suppléments sauce pour faire passer la merde.
Les dents laissées chez le dentiste / boucher de l'hôpital. 
Des tatouages ratés comme des décisions prises dans le flou d'une nuit interminable à se dire que de toute façon : à quoi bon... 
Des cigarettes achetées 1€ les deux. 

Des canettes payées à crédit. 
J'aurai mes sous lundi. 
Des minutes comme des heures quand on attend une visite. 
Le temps arrêté, le temps suspendu.
Les cicatrices sur les avant-bras, les mêmes pour tout le monde, t'as que la profondeur qui change, l'intention qui compte. 
Des histoires de prison évitée pour schizophrènie, tant de mois de sursis, autant de mise à l'épreuve. Obligation de traitement.
Retour à l'envoyeur. 
Lâche ce putain de couteau. 
Va plutôt désherber le jardin.
La différence entre ceux qui veulent se casser, ceux qui flippent de se casser, ceux qui n'ont plus le goût de l'extérieur.
Le café résident au goût de flotte teintée pour pas que tout le monde se sorte le seum en même temps. Le mystère des litres de coca qui eux, échappent à tout contrôle. Les ententes commerciales. L'argent qu'on se fait sur la misère du monde.
Et moi qui ne pense qu'à toi, qui rêve de plaines vibrantes, d'une paix sincère.
Et moi qui ne pense qu'à toi, qui sourit avec 32 dents plus ou moins droites, qui fait l'impasse sur le coca, la sauce, les coups de schlass...
[Etc]

samedi 8 juillet 2017

H comme... IV

**** Y'a une meuf ici, spécialiste des sketches en public avec son mec, je suis sûre de l'avoir vue dans une émission genre vis ma vie de merde où elle parlait de sa bipolarité. Elle lui gueule dessus comme une perdue et il garde la tête baissée. Il a du déjà en avaler des couleuvres et elle aussi. Je sais pas d'où elle tient un tel level de seum. 

**** Les infirmières me disent que je sursaute lorsqu'elles entrent dans ma chambre la nuit (toutes les 3 heures). Je vois pas ce qu'il y a d'étonnant à ça mais j'entends bien le propos : elles veulent me doser avec une barre de lexo et un imovane. Chérie, je préfère sursauter jusqu'au plafond toutes les trois heures. Admettons que je tombe de mon pieu toutes les trois heures, j'accepterais pas ton dosage de jument. 

**** Je pense à la Corse, au vertige qui berce, aux routes sinueuses qui promènent les organes sans les troubler. J'essaie de m'y téléporter mais c'est difficile. J'ai plein de bonnes intentions mais tout à coup, je pense à autre chose, je me laisse ronger par les détails domestiques, administratifs... j'oublie la Corse, j'oublie la paix, j'oubllie ma propre race, je me dissous dans les détails et je me noie dans un verre d'eau de pluie. Je n'arrive pas à être dans l'instant parce que je pleure un parapluie que je n'ai pas pour me protéger d'une pluie qui ne vient pas (sic)

**** Un texte retrouvé au sujet des médicaments : Elle vivait sa jeunesse sous la même cloche d’amour mièvre où elle avait passé son enfance. Le contexte rural la protégeait de certains excès en la précipitant sur d’autres pentes non moins glissantes. Aussi avait elle su très tôt se mettre la tête avec les médicaments trouvés ici ou là. Toutes les boites sur lesquelles figuraient la marque du danger faisaient briller ses yeux comme un paquet de bonbons. Elle collectait des pilules qui, détournées de leur usage, remédiaient à son ennui.
Le tetrazepam pour le dos du père, les tablettes de lexomil oubliées par la grand mère, du toplexil par gorgées parcimonieuses, des pilules contre le mal des transports. Elle faisait passé des journées comme ça, flottant d’une sieste à l’autre. Elle avalait des molécules au nom de copines imaginaires auxquelles elle rendait visite en cachette pour tuer le temps.
Elle sentait le désir de puissance comme une sève toxique affleurant sous sa peau. L’envie de tout alors qu’elle disposait de si peu de perspectives concrètes. Les centaines de livres entassés dans la maison familiale ne suffisaient pas à étancher sa soif d’absolu. Lassée par la monotonie de son paysage quotidien et par la stérilité de son environnement, elle ne voyait rien de mieux à faire que chercher l’oubli en avalant des friandises aux effets secondaires qui lui ouvraient l’appétit. 
**** Par la force des choses, je suis libérée de mes activités au lycée, fini de dire : "lycée mes couilles, la vie scolaire bonjour "

**** J'ai des fou-rires nerveux, des élans incontrôlables tant les situations sont burlesques. Quand la gosse appelle l'inFERmière, s'il vous plait, inFERmière,vous m'entendez pas? trois minutes plus tard, elle en peut plus d'être polie, c'est parti pour les putains, les merdes, les "sale pute", T'ENTENDS PAS CONNASSE. ça me tue... quelques doses de théralène et de tercian plus tard et elle redevient plus douce qu'un agneau, elle oublie plus de dire s'il te plait et elle appelle l'infERmière par son prénom. 
**** L’honneur flétri un jour, lissé le lendemain par les retours de flamme, les regards ardents de mon amoureuse qui promettent sans parler que c’est bon, ça va aller. Juré craché. 
Les ami.e.s de toujours, et les autres, d’on ne sait où, les amis de chair et d’os et ceux qui s’incarnent dans des caractères réguliers sur des fenêtres de discussion. A qui parfois on voudrait dire des trucs qui comptent, les mots qui butent, je t’aime, pardon. Les ami.e.s qui envoient de l'amour en barre, des photos, des livres, des lettres, de l'amour qui change la face de toute une journée. 
La face de mon monde. 


**** Je sais pas si j'aurai assez de salive pour vous dire merci. 

jeudi 6 juillet 2017

Red

Les journées sont longues et vides, je passe la plupart du temps avec Red. On essaie ensemble d'oublier le sifflement des serpents qui viennent court-circuiter nos pensées, on passe le temps en provoquant la blague, on cherche de quoi rire et on trouve.
Elle me tue avec des petites phrases dites comme ça. 
Au début, j'étais avec Sarah qui est sortie maintenant, et elle me parlait de Red : quand j'étais gamine, je faisais exprès de passer devant sa caravane pour voir sa beauté, elle était belle, avec des cheveux jusque là, des longues boucles noires et toujours bien maquillée. On aurait dit une vedette...

Même tapée par la vie, elle reste belle, meurtrie, flamboyante. Un genre de diva de la gentillesse et de l'aplomb. 

_ J'ai un truc à l'oeil, j'ai vu la dermato, c'est à cause des larmes, j'en ai pleuré des bassines pleines, ça m'a fait une boule, là, tu vois? 

Moi c'est dans la gorge que j'ai une boule qui fait des va et vient quand j'écoute le récit de sa vie jonchée de morts et de drames, de bassines pleines de larmes. Une grosse boule qui cherche une issue quand je regarde sur ses bras les coups de schlass, les siens, ceux des autres. Tout un Stephen king gravé sur ses bras, ses épaules et son cou. 

Elle raconte la première mort quand elle avait 12 ans, celle de son frère, sous ses yeux : j'oublierais jamais sa godasse comme elle a volé quand il s'est fait renverser. Je me rappelle mal de lui mais très bien de sa godasse qui vole. 
Après son mec, le premier, elle est enceinte de 6 mois et il se tire une balle dans la gorge. Y'avait du sang partout, c'était un fusil à pompe, pas un petit flingue de merde. Je me retourne, j'entends un boom, et il était par terre avec la gueule de travers. Il croyait que je le trompais le pauvre alors que je l'aimais comme une folle.  
Le gosse naît pour mourir à 14 ans dans un accident de voiture : attends chaï, 400 personnes à l'enterrement et moi, pas une larme, rien. j'étais comme ça devant les gens, comme une sans coeur que je suis pas. Quelques mois après, c'est noël, et je lui achète des cadeaux et tout. J'ai compris seulement là, je sais pas pourquoi, je suis devenue folle, j'ai cassé le sapin, tout, j'ai tout explosé dans la caravane. 

Je sais pas quoi dire, c'est beaucoup d'un coup... je pose des questions mais je me sens curieuse : non, non, ça me fait du bien d'en parler. Moi ma vie ça a été que de la merde et de la rigolade. Tu vois mes soeurs, tu te pisses dessus, on rigole, on s'étrangle de rire...
Sa fille ne peut pas venir lui apporter de clopes à cause d'une déviation qui fait chier tout le monde, elle a une fille et un fils, des jumeaux, le jour et la nuit. La fille adorable, le mec à chier, sans nuance, mais aimé, aucun doute. 

_ Mon fils il prie 5 ou 6 fois par jour et il fume le joint, il croit que le seigneur est aveugle celui là.Un jour, il me dit ; t'es une suceuse, mange tes morts. Il sait pas lui, il sait pas que le paradis il est sous le pied de sa mère. Il me parle comme ça et après il prie. Il préfère parler à son tapis qu'à sa propre mère chaï, je te jure. 

Un jour de permission, je lui achète un paquet de clopes, j'ai droit à un câlin et au paradis tout entier, une étreinte d'amour pur pour des Marlboro Red. Comment t'es gentille toi. Elle me dit 10 fois par jour que je suis gentille et ça me fait si chaud que je vais finir par le croire. 

Elle m'a à la bonne parce que je bouffe rien et que je passe mon temps à lui filer mes trucs  - comme je suis gentille -. 

Parfois, elle se maquille un peu, elle met du crayon autour des  lèvres, elle fait des trucs que je trouverais déplacé sur n'importe qui mais qui me touchent sur elle. Parce qu'avec ce qu'elle a vécu, je sais même pas comment elle fait pour rire, pour mettre un pied devant l'autre et pour jamais se plaindre. Elle raconte mais elle se plaint pas, c'est factuel, c'est comme ça, elle a pas eu de chance. 

Mais je voulais écrire ce texte parce que pour ma part, j'ai de la chance, notamment celle d'avoir rencontré Red.







dimanche 2 juillet 2017

H comme ... III

*** L'homme de mon bâtiment qui fume les mégots a reçu des cigarillos de la part de son frère et il les fume les uns après les autres. Après il retournera à ses mégots ou aux cigarettes que je lui donne.

*** Red me raconte son mari, cette tête de mort qui sortait jouer aux cartes avec les putains au lieu de s'occuper des gosses. Elle lui donnait tout son salaire. Elle n'a jamais rien dit à ses parents. Je lui demande pourquoi : chaï, j'avais peur que ça tire. Tu nous connais pas nous.
Elle sort du coin fumeur en répétant : cette tête de mort... avec un clin d'oeil parce qu'elle a pigé que ça me faisait rire.

*** Je tourne autour de la table de ping  pong comme une gamine qui cherche un partenaire de tape cul qui fait le même poids qu'elle. C'était ma galère enfant. J'étais lourde et à chaque fois que je voulais faire du tape cul, je laissé la copine plantée dans les airs et mon gros cul dans le sable. C'est un souvenir drôle même si ça sonne pathétique.
Bref, personne pour jouer au ping pong, les équipes sont faites et je suis niquée.

*** Une dame est amoureuse d'un patient plus jeune qu'elle. Elle raconte qu'ils se sont embrassés mais rien n'est moins sur. Elle se plaint : il ne me donne pas de langue.
C'est la même qui a les tee shirt animaliers. Aujourd'hui elle a un tee shirt avec tous les animaux précités mais ils portent des bonnets de père Noël. C'est une variante un peu hors saisons. Il lui faudrait le même avec des bestioles qui transpirent en bouffant des Mr freeze bleu. Ça demande un bel effort de graphisme, pas sûr que ça se fasse un jour.

*** La bienveillance du personnel c'est quelque chose qui pourrait me faire chialer. Je m'attendais pas à ça.

*** Une meuf fait du rameur et elle propose à un mec qui passe : tu veux ramer?
Il lui répond sans faire de blague : t'as pas l'impression que je rame assez ?
Je baisse la tête.

*** Attendre 9h que la porte s'ouvre c'est un vague supplice. Tu tournes en rond, t'essaie de gratter l'amitié pour pas être comme une conne. T'écoute ce que disent les uns et les autres. Il y a moins de bienveillance dans leur propos que dans l'attitude des soignants. Ça se critique et ça se compare. Enferme des gens ensemble et ça devient des iench entre eux. Ça me rend triste. J'ai de la peine pour ceux qui peuvent pas fermer la bouche, ceux qui peuvent plus articuler, ceux qui sont criblés d'emmerdes. J'arrive pas à me consoler à la lueur de leurs problèmes.

*** Red me dit : pour toi tout le monde est gentil. C'est affreux de m'en rendre compte ici mais elle a raison, j'ai pas ce discernement qui me permet de me méfier. Toute de suite la charrue et les bœufs, un genre de charité débile. Même si j'ai le verbe haut, je reste une putain de hippie.

*** Mon bâtiment s'appelle Camille Claudel. Sympa. Je me demandais si dans 20 ans on donnerait des noms de dépressifs actuels et notoires aux bâtiments psy : je suggère Loana, Britney_2008, Renaud séchan pour le pavillon de la bibine.

OK, tout le monde est gentil mais ça m'empêche pas de penser à des trucs de connasse.

samedi 1 juillet 2017

H comme... II

**** Je veux qu'on me raconte des trucs cools, élémentaires, que les fleurs poussent et que les oiseaux chantent, que le feu brûle comme l'eau mouille. Je veux des SMS qui suintent la tendresse et qui calme et le spleen, et le seum coulant qui me monte aux yeux. Je veux pas de nouvelles du monde malade. Je veux de la débilité, du disney, du disniais, du rond, du doux...
 La banquise ne fond plus. Daesh se rend. La mort est annulée partout et les cons sont trépanés. Un budget d'un million d'euros est alloué à chacun. Macron n'est pas président. Le Rhin c'est de la bière, les problèmes sont des frites et de la pizza. Le cholestérol est un mythe. On se sert des réveils matins comme combustible et non comme instruments de torture. Je veux le beurre et l'argent du beurre sans le cul de la crémière. Je veux rien rendre à césar. Qu'il aille bien se niquer. 

****
moi : Excusez moi? 
l'infirmier souriant : C'est fait !

****La dame qui pleure tous les matins a une collection de tee shirt hallucinante ; des chiots, des chatons, des chevaux, des oiseaux. Ce matin, après avoir pleuré, elle a expliqué à sa copine de galère qu'elle aimerait en trouver un avec des dauphins pour les toucher et avoir l'impression de nager avec eux. Le tout entre les sanglots. 

****La gosse est en puzzle, disloquée. On dirait qu'on l'a laissée là, entre le crépuscule et la nuit noire, mais pas quand c'est beau, quand c'est rouge et que tu as la tronche orangée. Non. Juste quand ça ressemble aux ténèbres et que t'as juste envie de pleurer ta mère. Elle est en ruine et se cherche sous les décombres de sa propre vie. Sur ses bras les cicatrices irisées, boursouflées, laissent entrevoir l'angoisse qui la creuse. Elle est maigre comme un clou. Nerveuse, la jambe qui bouge sans arrêt, elle me demande une clope, je vois vraiment pas comment je pourrais lui dire non. 

**** Un mère appelle : Loan, Loan. Personne... quand le gamin réapparaît, elle est en larmes. Elle le saisit brusquement par le bras, il doit avoir 6 ans, elle se baisse à sa hauteur et lui balance : J'en ai marre d'avoir peur de te perdre. 
je peux pas m'empêcher de me dire : t'as pas fini ma vieille.... 

**** Quand on a aucun effort à faire pour donner le change, on s'aperçoit combien c'est héroïque de faire semblant d'aller bien. On en chie des ronds de chapeaux et on n'est jamais nommés pour le césar du meilleur espoir. De la comédie sans récompense, à part celle, un jour, de se poser assez longtemps pour le reconnaître : nous sommes des héros chacun dans notre genre. 

****Le 27 juin, j'apprends que je vais rester 15 jours ici. Ça va être long. Long comme un jour sans pain. A manger de la merde et à boire des café rallongé à la pisse d’âne, à retenir des fous rire parce que tout est tellement débile. 

**** Un dépressif porte un tee shirt : Weakness is not an option. Il meurt de bave et moi de tendresse. 


jeudi 29 juin 2017

H comme

****La journée passe lentement, je devrais voir un médecin mais ça traîne parce qu'ici tout le monde fête le départ en retraite d'une collègue. Elle portait une écharpe « Miss retraite » et ses collègues lui ont écrit une chanson personnalisée sur l'air d'un morceau de balavoine assez mélancolique. Plus triste que l'idée que je me fais de la retraite en tout cas. 
Une jeune fille me sourit, stagiaire infirmière. Je comprends tout de suite qu'on se connait mais je ne me souviens pas d'où. A vrai dire, je pense dans un premier temps au lycée, peut être a-t-elle fait un premier stage dans une infirmerie scolaire...
après lui avoir dit : on se connait, non ? Et qu'elle ait confirmé, tout est revenu.
Nous avons fait un Besançon / Strasbourg en covoiturage. Nous étions passagères et partagions la banquette arrière.
Je crois me souvenir qu'elle bosse l'été avec des personnes en situation de handicap, avec un organisme catho et des bonnes sœurs, la totale. Pack charité bien ordonnée.
Je me demande ce qu'elle pense de me voir ici, sans doute plein de choses. Ceux qui disent le contraire mentent. Les sceptiques seront confondus.
Quand je lui fais le topo de notre rencontre, elle me regarde comme si j'étais bel et bien la malade mentale qu'elle imagine. En fait, vous n'oubliez rien ? Ouais, elle est repassé vite fait au vouvoiement alors qu'on était genre complice de banquette arrière.

En fait, non, c'est bien ça bébé. J'oublie rien, et tu vois où ça me mène.

Miss retraite est bourrée au crémant. En Alsace ça lésine pas sur la quantité pour les pots de départ. Je pense qu'ils pourraient tous rester à bouffer comme des gros jusqu'à la prochaine tournée de médocs. Et je regarde mes nouveaux compagnons de galère crever dans leur bave. 


**** Une patiente me fait beaucoup penser à Red de la série Orange Is The New black. La même carrure, le même genre de physique et le sourire rare mais étincelant.
Elle fait partie de la communauté des gens du voyage m'a-t-elle dit. Elle m'appelle chaï et me donne des conseils beauté agrémentés de quelques compliments. 
Elle attend depuis trois jours une visite de sa fille qui ne vient pas. C'est intense parce qu'elle ne peut même pas la joindre sur son téléphone. Elle n'a aucun moyen d'avoir des nouvelles mais Sarah qui vient de sortir et qui fait partie de la même communauté va essayer d'en avoir par un moyen que je connais pas.
La fille de Red est maquée avec un mec qui fait des braquages, le pire est à craindre. Elle a des anecdotes que j'aime bien écouter, digne d'un scorsese. Genre hier, elle m'a raconté qu'un de ses mecs avalait des couverts en zonz. Il pliait des fourchettes et essayait de les bouffer pour se foutre en l'air. Ou alors du verre pilé, des trucs comme ça. Fakir le mec. Ça laisse entrevoir comment c'est bien la prison, tous ces mecs nourris/logés/blanchis au frais de la princesse comme pensent ces putains de droitards.
 Elle a ajouté : J'te raconte pas l'estomac.
J'ai répondu le seul truc à répondre : tu m'étonnes... 

****A la cafétéria la grande mode c'est de boire des smoothie. Un truc vaguement smoothesque qui n'a de smoothie que le nom. En fait c'est du jus de fruits quelconque dans lequel on met des glaçons. Le tout est passé au mixer et on se croit au club med. Un club spécial entouré de pimpins qui ramassent les mégots par terre et qui se mettent les doigts dans le nez jusque dans la cervelle. Comme la carte des crados que je préférais quand j'étais môme. Impossible de me souvenir du prénom du type de cette carte. 

**** Ce matin, une jeune fille demande en notre direction : Mesdames, vous avez des filtres ? Nous avons répondus : non, aucun.
C'était drôle le parallèle entre les clopes et les émotions. C'est vrai qu'ici, on est toutes des putain de gauloises sans filtre. Aucun. 

lundi 15 mai 2017

Macronomie

Avenue de Colmar, devant le crédit mutuel, un mec me fait de grands gestes que je ne parviens pas à interpréter vu que j'ai mon casque sur les oreilles. Je l'enlève pour écouter ce qu'il a à me dire. Dans un français hésitant il me demande un RIB en me tendant sa CB. 
Euh... Oui, on va regarder. Je lui rend sa carte sans même piger ce qu'elle fait dans ma main. 
Il l'insère et commence à me dicter le code là je fais un peu de pédagogie : on ne donne pas le code de sa CB ni à moi ni à personne, monsieur, attention. 
Je galère à trouver l'onglet pour le RiB. Je suis hyper gênée de voir tous ses comptes, 14000 balles sur le compte courant, ça va, beau gosse. 
- Monsieur, je ne trouve pas, l'agence va ouvrir demandez leur.
Il insiste alors j'alpague deux nanas derrière nous. L'une s'approche, on voit que c'est la curieuse, elle frôle l'apoplexie devant les comptes. 
Un - "Aaaaaah oui" lui échappe et je ris un peu. 

Je me barre au travail en souhaitant bonne chance à tout le monde. 

Après coup j'y repense : merde, on est sous Macron désormais, j'aurai pu facturer.

jeudi 4 mai 2017

Couffignal, Kane, Murakami

Le type en face de moi dans le tram porte un livre de Murakami (Haruki) dont une page est marquée. Il parle fort de son weekend idéal avec beaucoup de drogues et peu de sommeil. Même lorsqu'il chuchote, il chuchote plus fort que je gueule. C'est dire...
À en croire le marque page, il en est au 25eme du livre.
M'est avis que c'est un livre destiné à "faire genre", un livre qu'on trimbale pour attirer l'attention des uns, des autres, de tous.
Il explique à sa pote qu'il a enfin trouvé une salle de sport et qu'il déplore que les meufs s'y fassent salement mater.
Il ajoute : en même temps, une meuf qui fait des squats c'est chaud de pas mater hinhin

À ce moment j'arrête de l'écouter, je le laisse à ses considérations de puceau et retourne à mon Sarah Kane. C'est comme si j'avais percé à jour les failles de son total look poète, queue de cheval et fringues de daron. En même temps en 2017, le pantalon en velours avant 76 ans, c'est chaud.

Je tire cette conclusion, un peu consternée : le mec a sûrement plus promené son Murakami qu'il n'a encore roulé sa bosse. Mais bon, lorsqu'il descend à l'arrêt "Lycée Couffignal", je me dis que sans aucun doute, j'ai viré vieille conne.

mercredi 26 avril 2017

NOTES / VOYAGE

** Macron qui sourit comme un gamin heureux d'avoir chier dans son bain, regardant flotter les étrons à la surface de l'eau pleine de crasse et de savon. L'envie de le tarter et de lui hurler dessus : Maintenant tu nettoies, ça suffit. ** Le joint définitif qui cloue au lit, quand t'es à la limite de t'endormir le visage écrasé contre l'oreiller serré fort. Quand tu froisses ton décolleté contre la peur de mourir.** Au contrôle de sécurité, pas besoin de sortir mes effets liquides, parfum, deo et tout le bordel habituel. La sécurité est décidément plus légère ici. Dans les chiottes de l'aéroport des Français se demandent ce qui conditionne l'interdiction de voyager avec tel ou tel truc. Ils parlent notamment de la dangerosité du métal des boîtes de sardines vendues en quantité dans les boutiques souvenirs ... Je t'avouerai que même sans parler de la ferraille ultra coupante, je considérerai l'ouverture d'une boîte de sardines dans l'avion comme du terrorisme radical.** J'ai rêvé que j'étais nommée pour le César de le meilleure actrice dans un second rôle. J'étais en galère de fringues et je cherchais à emprunter une robe. Pour seule réponse on me disait : laisse tomber, habille toi comme tu veux puisque tu ne l'auras pas...Cependant je restais très inquiète à l'idée de passer à la télévision au même titre que les autres nommées en train d'attendre le verdict, habillée comme un sac. **J'écoute sur France cul, un ado de 15 / 16 ans. Son désespoir m'a assise. Il n'attend plus rien de la vie, il pense qu'elle "fait pitié".**Dans le tram, une fille porte une couche significative de fond de teint avec des traces blanches, des coulures qui laissent penser qu'elle a pleuré des larmes brûlantes de démaquillant pur. **Les militaires sont désarmés et se baladent sans pression. On ne sent pas planer d'état d'urgence comme c'est le cas en France. Difficile de savoir Si le déploiement est justifié... Peut être que la menace est moindre ici. Malgré les événements tangibles qui s'enchaînent, les bombes, les morts... And their tanks, and their bombs, and their guns Je ne parviens pas à intégrer le fait que ma sécurité passe par une ambiance délétère et un climat guerrier... That's in your head

mardi 25 avril 2017

plan Q

oisir la boisson -- choisir la boisson -- choisir la b

Le distributeur du cinéma est juste à côté de la caisse où j'ai demandé tout à l'heure une place pour retour à Forbach. Je suis en avance parce que j'étais attablée à une terrasse où on ne m'a pas demandé ce que je voulais boire. Pas du genre à courir après les serveur. Garde ton café, je le prends pas personnellement t'inquiète.
La fille du ciné si mes souvenirs sont bon, c'est le plan cul de machine. Je déteste cette expression, plan cul. On peut dire le prénom, je sais pas, on n'est pas des bêtes. Admettons que si, que nous soyons parfois des bêtes, on ne l'est pas tout le temps. On pourrait dire je te présente -prénom- avec qui je passe de bons moments. Dire aux ami.e.s. en chuchotant , c'est -prénom- il a la peau douce, c'est -prénom-, elle pleure quand elle jouit, c'est -prénom- ....
Plan cul, ça fait plan épargne cul, ça fait plan B, plan X, un truc qui ne sera décidément jamais un projet.
Je suis vieux jeu. 
Je le suis?
Je le suis, je le sais. 

C'est pour ça que je vais voir des films chiants sur des villes grises à l'heure préférée des retraité.e.s.

Maria / Porto

Je me réveille assez tôt chez Maria, à Porto. Je m'installe avec un café raté et le livre de Kathy Acker de la tarentule noire sur le canapé Ikea. Je n'ai pas su comprendre la machine à expresso bien que j'ai rassemblé tous mes esprits et mon intuition. 
Nous sommes arrivées hier soir entre chien et loup dans une lumière rose.
Je pense à Maria... Nous ne l'avons pas rencontrée alors je fais parler les détails de son appartement pour tenter de la définir. Elle a des manies à en croire le rangement fastidieux de ses effets. Elle lit des livres de développement personnel et s'intéresse à la nature. Des livres en français, en anglais.... Une quantité de Taschen qui trahit sa curiosité pour toutes sortes de choses. Je pense qu'elle a franchit des niveaux de sagesse supérieurs aux miens.
Je suis épatée par la confiance qu'il faut pour laisser son appartement à des inconnues en échange de rien.
Elle nous offre une bouteille de Vinho Verde, un endroit cosy et une vue imprenable sur le Douro.
Je ne la verrais jamais mais je sais que je la porterai longtemps dans mon coeur parce que ce geste gratuit me paraît héroïque en 2017.
Elle garde de vieilles photos, des cailloux, des souvenirs. Elle collectionne.
Je l'imagine aventurière, sentimentale et généreuse



dimanche 2 avril 2017

NOTES // 2014 - 2016

** 17h12 après 12 litres de larmes, on est en droit de se poser la question du xanax // palindrome moléculaire qui incitera le sujet au rire mou et à un vague oubli de sa solitude

**La pédale d'or des concerts magiques attribuée à Rich Aucoin. Énergie gay transcendantale insufflée par la sainte mère des folles.

**Dans la chambre sombre, je lance une main molle et aveugle vers le chat et me retrouve à caresser mon PC. Tous les deux sont noirs et chauds. En revanche, un seul a des voyants pour indiquer qu'il est sous tension ou que sa batterie est faible et un seul a un ronronnement magique.

**Visite du lieu de mon enfance, 30 ans plus tard. Un vide grenier et l'odeur des merguez. Les souvenirs scintillent fort derrière les Persol. On croise ceux qui n'en sont pas sorti en ayant honte de sa propre honte. On voudrait ne rien avoir de commun avec eux. Des tee shirt Johnny Hallyday, des coupes de cheveux mal pensées, la caserne des pompiers et la maison qui paraît minuscule, trahissant les souvenirs d'une certaine majesté.
Acheter des bières à la buvette pour chasser l'amertume. Garder bien vissées les lunettes de soleil pour cacher le mieux possible que je suis une des leurs. Affronter la pièce du puzzle qui s'emboitent le moins bien dans l'ensemble. Cette pièce mal détourée qui ébranle la structure.

**Une fille se suicide sur périscope. J'ai exploré l'application, ai assisté à un harcélement. Je me suis inquiétée pour cette génération qui sacrifie son anonymat pour une volée de cœur colorés.

**Yann Barthès trop subversif pour Canal quitte le petit journal pour rejoindre le service public. Je décède de rire et peine à croire que ce mec et sa bande de normcore soient devenu le contre pouvoir que les médias avancent. Ils coupent des putains de vidéo et font des sketches moins drôles que des soirées de fin de bafa.

**Gérer la morsure du départ dans un Ouibus blindé. Ravaler la nostalgie souveraine. 

**J'accepte tous les cookies proposés par les pages web mais pour autant j'en vois pas la couleur. Monde de merde.

**Vous vous déguisez en quoi pour la fête du lycée ? Comme d'hab, en meuf bourrée.

**Ils pourraient mettre du chauffage, ça pèle
Ouais, ou toi des habits, je sais pas.

**Je ne sais plus vraiment si je lis mon livre ou si c'est lui qui me lit.

**Passant près du chien hargneux des voisins désormais équipé d'une collerette parabolique, j'ai capté toute la mélancolie de sa vie de merde.

**Du tramadol pour apaiser le feu de ma gorge en lambeaux. Ma lucidité se floute et tout devient à chaque seconde un peu plus vivable.

**Je m'aperçois que j'ai la même angoisse de remplir un cerfa qu'une grille d'Euromillions, paye ta peur de devenir riche, grosse.

**Comme si tout l'amour du monde t'avait attendue pour gonfler dans mon ventre. Scintiller comme l'aura dorée de toutes choses. Mettre de la joie dans chaque particule du pauvre monde pour le rendre supportable jusqu'au sublime. Niaiser comme une gosse.   

**La ruralité m'a habituée aux cadavres de renard sur le bord de la route, je me suis toujours imaginé que le désœuvrement pousse à conduire vite et mal.

**La fonte de la banquise est prévue pour 2031. Lorsque d'un seul coup tout le monde manque, on n'est plus que de l'amour qui se repend. Une flaque sentimentale qui se prend pour la banquise, mais avec 14 ans d'avance.

**Beyoncé dans les oreilles, je suis intérieurement bonne en body en train de sourire sous le feu des flashs.

**Je pense au sport et je suis déjà épuisée. J'écoute en alternance Barbara et Joni Mitchell, j'interromps la vie pour voir si je lui manque. J'aurai toujours 12 ans.

**À la gare de Limoges, choper un cafard monstre en regardant suinter le gris comme de la sueur de fièvre. A Châteauroux, le grand vertige. Des villes qui filent le bourdon. On ne sait plus si la mélancolie est dans l'oeil ou dans l'objet.

**Le gosse de 10 ans (grand max) achète du parfum « suddenly » au lidl d'Illkirch. Je ne saurai jamais si c'est pour sa mère ou pour son amoureuse.

**Robert Smith, dans mes oreilles, me promets qu'il m'aimera toujours.

**C'est quand même l'inverse du fun d'écrire sur Howard Barker un dimanche matin ensoleillé. Pourquoi pas un brunch au Struthof, quoi.

**La haine, les concessions automobiles avec des cross over rutilants qui dorment à l'intérieur, sur du carrelage plus blanc que le sourire du vendeur. Pendant ce temps, des personnes de chair et d'os occupent des places de parking par -11°, ça me fout la honte.

** Sur Wikipédia, définition de "pion" : Au sens figuré, quelqu'un qui n'a pas d'importance dans une organisation ou qui peut être déplacé sans son accord. Sans dec?

** J'ai fait la liste des villes où nous avons passé au moins une nuit ensemble, il y en a trente, parmi lesquelles : Berlin, Bruxelles, Pise, Naples et des coins perdus de Haute-Saône.

** J'entend "La France aux Français" s'échapper d'une partie de baby. les gosses qui jouent ont 15 ans. A leur âge j'avais un seum gros comme ça. Je sais pas ce qui s'est passé avec eux... On a raté un truc.

**Les terrorismes combinés et contradictoires du chat noir foncé qui répugne au contact et de la chatte noire claire qui l'a érigé en religion. 

**Les flics, CRS, baqueux et forces armées essaient de faire plier tout ce qui est digne.  Coup de flashball tiré à bout portant, du sang, des os brisés, des hématomes, contusions, commotions cérébrales, des doigts en moins, des coups aveugles. Gaviscon, citron, sérum physiologique, garde à vue, tutoiement, silence des pantoufles. Et l'autre, qui n'en a jamais marre et qui pose ses 49.3.


(...)









vendredi 17 mars 2017

P_INT_MPS


Hirsute lors des transitions, les nerfs bourgeons au bord de l'implosion.
Le verbe plus vert que les feuilles tendres d'Avril.
T'as pas chaud avec ton manteau
T'as pas froid avec ta grande gueule ouverte?
Des flashs intempestifs, torrides et moites comme le futur été.
La paupière droite qui tressaute.
La sieste fantasmée.
Le régime adapté pour avoir un cul homologué par la fédération française des culs.
Le goulag 4 jours sur 7 qui aplanit ton historique avec la tranche de la main.
Comme une carte froissée où l'on observe les mauvais choix , regrettant de ne pas avoir suivi les conseils du GPS.
La vieille histoire des raccourcis qui s'avèrent être des rallongis.
La vieille histoire des transitions, chrysalides éclatées à la force des ailes.
L'impossible repos des muscles
Les punchline involontaires
Les KO technique
Crochet du droit, mâchoire bouillie
La technique ancestrale du chaos

vendredi 17 février 2017

GRANDIR

Il y a 6 ans, le 11/11/11, j'assistais à un concert de Patti Smith précédé d'une discussion au TdB à Dijon. Elle paraissait forte, fière, encore insolente quand quelque chose l'emmerdait. Elle crachait par terre et envoyait chier le monde, à commencer par le plan com du TdB qui avait prévu un concert acoustique / lecture qui s'est transformé en conversation.

Ce jour là, en 2011, elle avait beaucoup évoqué l'esprit du punk rock. 

Le soir même, elle a donné un show calme, sans ampli qui t'arrache la tête. Elle n'a pas défoncé de guitare mais elle a donné deux trois coups d'oeil au rétroviseur, sur ses années folles, les années 70 qu'elle a vécu entre le CBGB et le Chelsea hotel, croisant les figures les plus emblématiques de cette époque. 

Quand elle est arrivé le  14 février de cette année devant l'autel de la chapelle de Ronchamp, elle avait la fébrilité d'une personne de son âge qui aurait, disons, oublié ses lunettes. Aidé d'un roodie, elle enjambe des cables enroulés sans assurance. Elle voit mal, cherche son gant, ses lunettes, remet son gant à l'endroit, perd encore quelque chose. Elle oublie d'allumer l'ampli de sa guitare, elle pouffe, elle rit, parce que c'est la vie. 

A la fin du show, elle fait même tomber sa guitare, elle laisse les autres s'affairer à la ramasser et nous dit : "It's fine". 

Pas une seule fois elle n'évoque le punk, pas une fois elle essaie d'être la Patti Lee Smith des années zinzin. 

Elle a un truc qui irradie, de la sagesse, de l'intelligence, un humour vif...

Dès qu'elle chante, elle redevient solide comme un chêne aux racines puissantes, elle n'a plus d'age et plus rien ne l'entrave. 

Nous étions 200, c'était un concert calme et recueilli, une leçon de maturité, de résilience. Elle n'est pas / plus dans la feinte, Patti. Elle a tout vu, on lui fait pas à l'envers, alors ok, elle fait des trucs chelous, elle serre la pince au Pape François, au Dalaï Lama, elle aime cotoyer les gens qui pèsent. 

C'est très beau de voir une nana comme elle renoncer à correspondre à l'idée qu'on a plaquée sur elle. 
Elle n'a plus l'âge de faire des trucs dingues, de se branler sur sa guitare avant d'en arracher toutes les cordes, une à une, à se faire saigner les doigts. 

Elle a l'âge de donner ce qu'elle a : de l'amour, de l'inspiration, des concerts de poche dans des lieux mystiques où elle lit des bribes de sa vie, où elle parle simplement. C'est comme si elle disait; ça va aller, ayez confiance, on enterre des gens et on s'en remet, on ne les perd pas, ils sont toujours là.


Et quand tu sors de la chapelle, tu te dis que oui, ça ira, c'est sûr.



J'ai écrit ça à ce sujet ; 

lundi 30 janvier 2017

Les 100 balles de la CAF

Deux courriers pour une dette de 100 euros à la CAF. La prochaine étape ce sera sans doute une invitation à se faire arracher les ongles.
Et que ça serve de leçon.
Donc pour 100 € la CAF me fait me sentir mal, hors la loi, crevarde qui déconne à mort avec l'argent public.
Pendant ce temps, les vrais parasites se gavent, ils ont tous leurs ongles, leurs yeux. ils ont juste plus de race mais il n'y a qu'eux qui ne le savent pas.
Ça se paye large, ça embauche la famille, ça explique aux gens comme moi qu'il est temps qu'ils s'habituent à la précarité.
Et ça dort tranquille sur ses deux oreilles. Pas de doute à avoir.
On galère à payer des factures d'électricité et à manger des légumes qui ont vus la lumière du jour. On a des tafs de merde parce que si on s'autorise un peu de temps pour réfléchir à un truc cool, les institutions sont très réactives pour nous faire passer pour des merdes et faire en sorte qu'on se laisse démolir pour de la besogne humiliante juste pour plus les entendre.

On se fait tourner le sang à cause de dettes débiles.

On voit des gens prendre du ferme pour avoir fraudé le métro, volé des pâtes et ce genre de trucs.

M'est avis que Benoît Hamon, quand il se propose de faire battre le coeur de la France, il parle pas des gens qui se font un sang d'encre pour 100 balles et qui fomentent des plans dingues pour assurer leurs subsistances du 15 au 27 du mois.

Pas sûr qu'ils fassent passer la clientèle d'Aldi au Lafayette Gourmet.

Ce sera toujours les mêmes angoisses, les mêmes stratagèmes.

Tout ça avec du shit légal pour qu'on s'engourdisse un peu plus encore. Anesthésie autorisée pour faire passer les disquettes.

J'ai pas hâte.

vendredi 27 janvier 2017

trop fun

L'avenue de Colmar c'est le pire endroit pour marcher. Aucune distraction. On croise la CCI, le lycée couffignal, Euromaster, des gens pressés, des gaz qui daubent et quelques boites d'intérim qui arborent des devantures de fast food.

- Vous maîtrisez le pack office, l'allemand et le silence ?
- Parfaitement madame, je suis une tombe qui parle allemand en faisant des tableaux Excel.
- Autre chose à ajouter ?
- Oui Madame, une sauce andalouse et un supplément oignons.
- Très bien.

Jamais tu verras un pékin se promener dans ce coin de la ville. En même temps, t'habites pas à Strasbourg pour convulser dans la pollution Avenue de Colmar et te taper des slaloms entre des molards congelés et des plaquettes de médocs.
Dans la ville de la petite France, faut être salement inspiré pour profiter du soleil dans ce coin là.

Je pense à ce réflexe contemporain consistant à vouloir faire du fun avec des données tristes. Tu trouveras pas plus chiadé qu'une boutique de pompes funèbres. On pourrait y vendre des déguisements, farces et attrapes sans que ce soit vraiment étonnant.
Et dans les boites d'intérim, t'as tous les refoulés du club Med qui s'acharnent à te faire croire que c'est génial de bosser trois jours tous les deux mois. D'attendre des reliquats et des attestations pendant des semaines en bouffant de la vache enragée.
Tu peux retapisser tes chiottes avec des soldes de tout compte, t'auras pas tout perdu...

lundi 2 janvier 2017

Voeux 2017

Je vous souhaite en vrac :
Des vagues écrasées
Des stylo volés
Une certaine grace, celle des moments où tout est à sa place
Des longues marches essoufflées
Les joues rouges de froid
Puis, les épaules dorées
Quelques morsures
Beaucoup de baisers
Des road trip
Des coeurs battants
Les tempes brulantes
Des frites (beaucoup)
De la bière format pinte bu en terrasse
Des jéroboam d'amour pur
Des chats à caresser
De la paix dès que possible
De l'humour
Des pièges à spleen
Du ravissement
Des résurrections
De la rage aussi, bordel
Du désir et de la concupiscence
Des luttes justes
De la cohérence et des contradictions
Des merdes de chien évitées
Des retards rattrapés
Quelques vanités
Du courage pour les jours sans
De la générosité pour les jours avec
L'humilité sans le dénigrement
De la fantaisie
Beaucoup de curiosité
Des erreurs
Des grandes discussions
Des engueulades têtues
Des amitiés solides
Des adieux rares et de nombreuses retrouvailles
Des jérémiades inoffensives
De l'amour propre
De l'amour sale
De la circonspection
Un avis sur tout
Des colères noires
Des nuits blanches
Aucun renoncement et très peu de regrets