Georges

Georges

mardi 21 janvier 2014

Retour à la citadelle

Je suis à 5 jours de faire mes adieux à la vie dijonnaise, 10 ans après y avoir vécu mes premiers mois avec réticence. 
Lorsque je suis arrivée à Dijon, je rentrais de Marseille. j'ai vite trouvé la dame trop propre sur elle, trop calme et puis, j'ai appris à l'aimer jusqu'à l'adoration, je la défendais bec et ongles contre tous ses détracteurs qui lui reprochaient d'être froide et guindée.  
Je suis tombée dingue de la pimbêche moutarde, toile de fond des atrocités mentales que j'ai trimbalées dans ses rues crâneuses et sur les terrasses des cafés où s'est si souvent produit le miracle de la transformation de caféine en torrent de mots.

L'époque des fulgurances, des convulsions de stylo, des hoquets d'un chagrin porté comme un uniforme dans lequel je ne rentre plus désormais.  

L'époque du malaise verbale qui pousse les jeunes filles qui ne savent plus ce qu'est le confort moral à s'épancher sur des kilomètres de cahiers, machinalement. 

Formant des mots comme des voeux, des prières silencieuses baignant dans un jus anxieux. 
Après les terrasses, il y a eu la terrasse. 
Celle de l'industrie, le meilleur profil de la pimbêche pré-citée. 
J'imagine que c'est là bas que j'ai commencé à vider le bouillon merdeux où flottait des idées noires, recollant un peu au monde, à la bonne volonté, retrouvant une foi naïve. Le monde n'est pas si pourri quand on peut se sentir chez soi dans un café avec des gens à la bien qui accompagnent pudiquement les renaissances discrètes. 

Ce blog est irrémédiablement lié à Dijon. 

Je l'emporte avec moi en Franche Comté où je m'apprête à débouler, vide du jus noir des noyades passées. Simplement disposée à dévorer la suite de mon histoire en me faisant la paix, en me faisant l'amour, en respectant les colères viscérales qui creusent toujours les mêmes sillons en portant une attention précieuse à la vitalité qui n'a cessé de croître, mois après mois, page après page. 

Alors ici, vous en aurez lu de toutes les couleurs, c'était pas toujours facile de lire vos avis, vos prérogatives, parfois des jugements définitifs qui blessent, des diagnostics acérés et brutaux. 

Mettre le désœuvrement, pervers polymorphe, au service d'un vague projet d'écriture est un risque. 
Celui d'être encartée "dépressive" et pourquoi pas suicidaire. 
Celui de se mettre soi même dans une situation qui encourage le malaise, une posture complaisante, une posture tout court. 

La fille qui tire la gueule, la peine à jouir, le sac de noeud qui se donne en pâture et qui chiale sa race sur une page publique. 

J'ai tendance à croire que c'est dans la nature humaine de se chercher des causes perdues, aussi, je suis au regret de piétiner certaines projections cauchemardesques et de jeter aux orties le désespoir supposé. 

Au moment de renouveler toutes les imageries, les playlist, les lieux d'errance, les terrasses et les coins de verdure, je jette un coup d'oeil au rétroviseur et je sais ce que je dois à ces années à Dijon. 

Si vous le voulez bien, on continue ailleurs. 

Love 


Photo: Eric Dorchain