Georges

Georges

mardi 30 juillet 2013

Hail to the Thief



Dans un supermarché, une dame genre 80 piges, en porcelaine, est attendue par deux videurs à la caisse. Elle a mangé des cerises et se fait conduire dans le local de sécurité pour qu'on lui explique bien ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. 

T'as cru que t'allais kiffer gratos sur les cerises du capital mamie nova? 

Que dalle. Elle fend la foule sur le qui-vive entre deux videurs shérifs à la merde. 
Genre, elle a volé une télé-plate. 
Genre, elle a foiré le chiffre d'affaires annuel d'intermarché en bouffant trois cerises. 
Les deux pit-bulls qui n'ont rien eu à se mettre sous la dent de toute la journée s'en prenne à la faiblesse old fashionned d'une mamie qui sent la soupline. 

 
Calme comme une grenade dégoupillée, tu penses à attacher ces deux types avec du chatterton et leur faire des cocktails au destop servi à l'entonnoir.

Tu balances une colère froide et maîtrisée à la caissière qui essaie de te convaincre qu'elle est d'accord avec toi. 

La meuf à côté, la quarantaine ralph lauren, te soutient en acquiesçant comme un teckel de plage arrière. 

Qu'est ce qui se passe après? 

Elle se défend d’être une voleuse et on lui dit que : c'est c'qu'on va voir. 

On va la coller devant une vidéo d'elle en train de bouffer des cerises, vu que le ridicule ne tue pas.
 "Et ça? C'est quoi? C'est pas une vieille voleuse de cerises madame?"

Tu sens ton insubordination adolescente te dicter de faire de la merde. Taxer la plus grosse des pastèques et la foutre sous ton tee shirt, comme un ventre de femme enceinte. 
De toute façon, il n'y a pas de videur, ils sont trop occupés à coller la honte à une vieille dame. 

[Quoi? On a pas le droit d’être enceinte? Tu veux voir ma dernière échographie, connard?]

Je suis un soldat vaillant de la natalité, pas une vieille improductive. 
J'enfante dans la douleur et je contribue à l'effort national. Je suis peut être une catho no capote qui a oublié son rang de perle à la messe.
Je suis donc totalement irréprochable, à une pastèque près. 

Agacée comme tout, tu te réfugies dans des visions d'ailleurs. la chaleur t'écrase, un mec t'appelle, tu te retournes et il te fait signe en continuant de pisser sur un arbrisseau fraîchement planté. 

Tu montes dans la nacelle qui t'envoie loin, visions d'higher.  
Tu prends de la hauteur, rêvant de devenir l'Ange connasse.
L'eau qui dort en rêvant de la foudre.
Une Madone déglinguée qui fume des fleurs de Valium et s'arrachant les nerfs avec des ongles trop courts.

[Vas y, fais pas ta glauque. Putain, fais nous marrer.]

Mais non, je déconne, tu sais bien, c'est juste pour l'écriture, je m'arrache que dalle et je n'ai pas de cafards dans la bouche, mais je ne suis pas non plus ton amie ricoré.
  

 

L'illustration bien cool a été réalisée par Tibo Garcia, un grafistador marseillais qui ne manque pas de talent. 
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mardi 2 juillet 2013

VERTIGO //

Je glisse mes écouteurs dans mes oreilles et m'aperçois qu'ils ne sont pas reliés à mon ipod. J'écoute le monde dans ce ridicule stéthoscope.
Je cligne et retrouve dans le noir éclatant de mes paupières des scènes rêvées qui viennent, par flash, me souhaiter une bonne journée.

Séance diapo, égarement euphorique. 

Clignement, je suis dorée et je file en long board dans le Castro à san francisco. Une fusée à roulettes qui bombarde sur fond de ciel en flammes, un décor de fournaise qui pleure de la lave. 
La glisse clos mes paupières, l'air cogne mes cuisses nues et la vitesse me serre le ventre, jusqu'à ce que ce soit insupportable de vertige.

Clignement, je l'écoute chanter des chansons que je ne connais pas dans une voiture que je conduis. J'avale la route, conquérante et conquise. Je fais les choeurs pour elle et tout ce qui lui plaira. Nous nous arrêtons dans une foret à l'hostilité endormie profiter de l'ombre pour nous manger la bouche et baiser à la fraîche. Ses yeux se voilent et je contemple la petite mort étendue dans un tombeau soyeux.

Clignement, les rues sont vides pour moi et je lutte contre mes jambes qui cherchent un autre bar alors qu'il faudrait rentrer. Dans une vitrine je croise ma mise débraillée, je trouve de la beauté dans mon regard dévasté par les nuits blanches. Mes yeux défoncés cherchent une suite logique, plus rien n'est connecté alors je serre mes paupières pour disparaitre d'ici. 

Clignement, une fille assise sur un ampli Orange Tiny Terror se penche sur une guitare. Elle en sort des hurlements stridents qui me bousillent les oreilles et font trembler mes viscères, je bouche mes oreilles avec mes deux mains et claque mes yeux pour fuir au plus vite. 

Clignement, je bois un thé très épicé qui provoque un début de toux. Un homme allongé chasse le dragon sur un matelas au fond de la fumerie. J'ai devant moi un cahier ouvert, la page de gauche est un alignement de mots que je ne comprends pas. Un bic noir des plus banals est posé sur la page de droite. J'attrape le stylo comme on se saisit d'un gun pour signifier alentour que ça va chier. Ma main écrit dans une langue dont j'entrave que dalle. Et ça me donne la nausée de suivre ce caprice du regard, alors je cligne. 

Les vies irréelles que j'ai dessinées sur l'écran noir de mes paupières se choquent et s'interpénètrent : ma démarche soule te rejoint dans la forêt, tes gémissements comme les riffs d'une guitare dont je saurais parfaitement jouer, s'épaississent, prennent toute la place, ils bousculent la quiétude d'un ciel qui se réveille, san francisco ou je ne sais où. 

Partout, partout, partout et sans autorisation avec ça. 

Clignement, mon train est à l'heure, je cherche à lire quelque chose que je comprenne. 

[Fumer provoque une mort lente et douloureuse.]

Ok, je suis bien revenue, tout est là, le merveilleux et le médiocre. On chasse les mouches et aucun dragon. 
Je retrouve une réalité rendue plus subtile par les balades imaginaires, mon cerveau tourbillonne comme l'eau sale d'un bain qu'on quitte sans y prêter une attention folle, juste avant de passer à autre chose et d'oublier le bain bouillant. 

Du beau comme du moche, j'en ai rien à foutre, parce qu’au pire tu sais, je cligne et je me barre. Je peux très bien aller où je veux puisque le monde n'est autre que les chemins dessinés par la toile de mes veines.


Je suis le capitaine excentrique d'un vaisseau increvable qui voyage l'air de rien.