Georges

Georges

mercredi 28 août 2013

Mislead your audience


Tu te tiens sur le bord d'une chaise, tes genoux relevés sous ton visage, prédatrice implacable qui attend le doute pour en faire un drame bas de gamme. 
Avec ta main gauche, tu maintiens un filtre et ton index droit tasse une ligne de tabac frais sur une feuille OCB.
Zip zap zip zap.

Tu penses au cloisonnement induit par cette obsession d’écrire, cet exil très peu compris, même par toi, que tu te refuses par manque d'audace.

Tu te vois pas dire : 

*Écoute, non, pas ce soir, je dois écrire. 
*Écoute, non, pas ce soir, je voudrais cribler de fautes et de hiéroglyphes un tas de pages qui n'a rien demandé. 
*Écoute, non, tu vois, j'ai prévu de passer les prochaines heures à écrire/effacer/écrire/effacer ad libitum...


Le peintre peint, ses mains en parlent, les taches sur ses vêtements aussi. 
Le photographe arpente les rues avec ses armes autour du cou, ostentatoires, précieuses, lustrées. 
La fille qui écrit, non. Elle mate, elle thésaurise et elle attend la solitude. Elle ne sort pas son stylo au milieu d'un apéro pour choper au lasso l'idée prétendument brillante qui lui a secoué le caisson. 
Elle rit avec les autres en serrant les poings pour pas perdre son flash, le truc qu'elle ne note pas, pour pas passer pour la crâneuse exaltée qu'elle n'est pas tant que ça.
Elle espère que ça tienne, que ça revienne.
Que ça devienne quelque chose d'autre qu'un tas de lettres mortes postées sur la toile. 
Que ça ne se perde pas avec le reste, dans des limbes de mot qui n'ont pas eu de chance, apparus en fulgurance alors que c'était pas le moment. 

La frustration te dévore : Sans discipline, sans acharnement et sans l'audace d'imposer ton obsession comme un mode de vie, tu ne verras jamais la moindre ligne prendre le pas sur ta peur de passer pour une conne. 

Tu resteras cette fille qui dit qu'elle écrit comme on avoue qu'on a pissé au lit. 
*TOUT          CELA         DOIT         CHANGER* 


12 commentaires:

  1. Navré pour l'intro sirupeuse : http://www.youtube.com/watch?v=gbO2_077ixs

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    1. Merci pour l'intention qui se fout bien du sirop.

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  2. C'est tout à fait ça, cette image de "crâneuse exaltée" que l'écrivain(e) se trimballe aux yeux du monde ! Et superbement écrit.

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    1. Merci beaucoup. J'ai reçu pas mal de réactions suite à ce texte, la teneur du propos étant : c'est vrai pour toutes les disciplines. Je continue à penser le contraire.
      Sans doute faut -il le vivre et l'éprouver...

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  3. Ce texte est bouleversant pour quiconque connait cette frustration, a entrevu la solitude que signifierait une vie de vérité et vit dans la peur de se jetter dans le vide, de "s'exiler". Il tombe mal pour moi, qui suis tenaillé plus que jamais par ce désir un peu masochiste en ce moment !

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    1. Merci pour ton commentaire. Peux tu me donner ton adresse mail à agirlcalledgeorges@gmail.com ?
      J'aimerais bien t'écrire...
      -G

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    2. CherMathieu et
      chère Georges.
      Si je puis me permettre deux ou trois mots.
      Pourquoi masochiste ?
      Drôle d'étiquetage.
      Le désir, le Haut Désir,a partie liée avec la douleur.
      L'exil est la condition humaine.
      L'agrégation et la norme sont des symptômes.
      Juste accepter la séparation, la singularité et le vide, oui. C'est un chemin difficile.
      Mais qui a dit que vivre était facile ?
      Lire Pascal Quignard me aider ceux en
      qui résonne l'appel de l'écriture.
      Répondez à cet appel
      et laissez tomber le troupeau.

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  4. Vis, vis, vis, c'est le fond qui manque le moins...

    http://littinerairesviniques.fr/

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  5. Vis, vis, vis, c'est le fond qui manque le moins.

    http://littinerairesviniques.fr/

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