Georges

Georges

mardi 2 juillet 2013

VERTIGO //

Je glisse mes écouteurs dans mes oreilles et m'aperçois qu'ils ne sont pas reliés à mon ipod. J'écoute le monde dans ce ridicule stéthoscope.
Je cligne et retrouve dans le noir éclatant de mes paupières des scènes rêvées qui viennent, par flash, me souhaiter une bonne journée.

Séance diapo, égarement euphorique. 

Clignement, je suis dorée et je file en long board dans le Castro à san francisco. Une fusée à roulettes qui bombarde sur fond de ciel en flammes, un décor de fournaise qui pleure de la lave. 
La glisse clos mes paupières, l'air cogne mes cuisses nues et la vitesse me serre le ventre, jusqu'à ce que ce soit insupportable de vertige.

Clignement, je l'écoute chanter des chansons que je ne connais pas dans une voiture que je conduis. J'avale la route, conquérante et conquise. Je fais les choeurs pour elle et tout ce qui lui plaira. Nous nous arrêtons dans une foret à l'hostilité endormie profiter de l'ombre pour nous manger la bouche et baiser à la fraîche. Ses yeux se voilent et je contemple la petite mort étendue dans un tombeau soyeux.

Clignement, les rues sont vides pour moi et je lutte contre mes jambes qui cherchent un autre bar alors qu'il faudrait rentrer. Dans une vitrine je croise ma mise débraillée, je trouve de la beauté dans mon regard dévasté par les nuits blanches. Mes yeux défoncés cherchent une suite logique, plus rien n'est connecté alors je serre mes paupières pour disparaitre d'ici. 

Clignement, une fille assise sur un ampli Orange Tiny Terror se penche sur une guitare. Elle en sort des hurlements stridents qui me bousillent les oreilles et font trembler mes viscères, je bouche mes oreilles avec mes deux mains et claque mes yeux pour fuir au plus vite. 

Clignement, je bois un thé très épicé qui provoque un début de toux. Un homme allongé chasse le dragon sur un matelas au fond de la fumerie. J'ai devant moi un cahier ouvert, la page de gauche est un alignement de mots que je ne comprends pas. Un bic noir des plus banals est posé sur la page de droite. J'attrape le stylo comme on se saisit d'un gun pour signifier alentour que ça va chier. Ma main écrit dans une langue dont j'entrave que dalle. Et ça me donne la nausée de suivre ce caprice du regard, alors je cligne. 

Les vies irréelles que j'ai dessinées sur l'écran noir de mes paupières se choquent et s'interpénètrent : ma démarche soule te rejoint dans la forêt, tes gémissements comme les riffs d'une guitare dont je saurais parfaitement jouer, s'épaississent, prennent toute la place, ils bousculent la quiétude d'un ciel qui se réveille, san francisco ou je ne sais où. 

Partout, partout, partout et sans autorisation avec ça. 

Clignement, mon train est à l'heure, je cherche à lire quelque chose que je comprenne. 

[Fumer provoque une mort lente et douloureuse.]

Ok, je suis bien revenue, tout est là, le merveilleux et le médiocre. On chasse les mouches et aucun dragon. 
Je retrouve une réalité rendue plus subtile par les balades imaginaires, mon cerveau tourbillonne comme l'eau sale d'un bain qu'on quitte sans y prêter une attention folle, juste avant de passer à autre chose et d'oublier le bain bouillant. 

Du beau comme du moche, j'en ai rien à foutre, parce qu’au pire tu sais, je cligne et je me barre. Je peux très bien aller où je veux puisque le monde n'est autre que les chemins dessinés par la toile de mes veines.


Je suis le capitaine excentrique d'un vaisseau increvable qui voyage l'air de rien.

 

5 commentaires:

  1. Un clic et je rejoins tes clignements.

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  2. "Je retrouve une réalité rendue plus subtile par les balades imaginaires"
    Moi, pareil. Quelle balade.

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  3. Chère Georges,
    vous êtes décidément épatante...
    la dernière phrase est parfaite.
    A seriner comme un mantra.
    Tant de talent d'écriture ne peut en rester là.

    Et merci pour ma chère et oui, délicieuse Barbara
    que j'ai si souvent retrouvée dans ses concerts,
    à attendre à la fin avec le noyau d'irréductibles,
    qu'elle revienne chanter une der
    sublime et intense toujours,
    enveloppée dans son peignoir.
    Très heureuse de visionner ce documentaire
    dans votre post précédent.

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  4. Je suis pas capitaine mais je suis sur un énorme vaisseau sphérique qui vogue dans l'univers. Mon navire spatial, je le partage avec 6 milliards de matelots qui tous veulent aller dans des directions différentes. D'ici qu'il y ait une mutinerie à bord, cela ne m'étonnerait pas !

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