Georges

Georges

lundi 22 avril 2013

Poèmes morts // A celle qui a eu plus d'encre qu'elle n'en méritait.

1//


Démarrage en trombe, le manque est une place aride, torride, où l'on cherche de l'ombre.
Sous nos roues, le sol brûle, la boule de glaise palpite, l'impatience effrite nos nerfs.
Ne pas céder au charme des projections, ne pas revenir au souvenir béat de ce que fut l'Arizona avec toi.
Tu rends les clefs de la voiture et moi celle de la chambre, ta démarche impeccable me séduit, tu attrapes ma ceinture et t'empares de tout le reste.
[And that's the way it is ]
Je m'applique [à l'envers] à fuir le double pervers de la vitesse, la précipitation. Les pieds dans le tapis, j'éparpille mes maladresses comme des cartes honteuses d'un jeu dont je connais pas les règles.
Il faut que je ramasse mes trucs, d'avant les emballements, et revenir au confort des jours vides.
La chaleur des trottoirs me promène ailleurs, sur mes épaules s'écrase le soleil.
Je somnole sur 500 mètres, pâle sous des lunettes noires, pour trouver des cigarettes indispensables.

Les gens ne se souviennent pas qu'en avril on garde son pull, ils sont en terrasse, sans manche, devant des coca rouge.
Ils veulent dorer vite et bien.
Je marche dans l'espoir de me perdre.
Je marche pour semer l'abattement à mes trousses.
Je marche, parce que tu as rendu les clefs de la bagnole.
Je marche,
Au bord de la route.

Démarrage en trombe, le manque est une place aride, torride, où l'on cherche de l'ombre.


2//


Il est bientôt l'heure que je parte à Tabula Rasa, oublier les vagues, l'écume, le torrent et tout ce que tu sais.
Que j'aille me défaire d'une imagination qui persécute ma raison.
Mes efforts, tous, nombreux, sont fauchés par les caprices de ma persistance rétinienne.
Peut être me croiseras-tu, dans ce rêve devenu exigu que je ne sais pas fuir.
Alors, je te donnerais ma main avec une égale confiance pour que tu me reconduises de l'autre côté de la berge.
J'avais commencé à remplir ta silhouette de pensées, d'intentions, de certitudes, des doutes légitimes et relatifs, des envies invasives, évidentes, simples.

Ne connaitre de tes contours que la découpe onirique dont je me suis éprise.
Avant que tout soit bouleversé.
Que le réel fasse un grand feu avec les miettes de ma raison...
Il est bientôt l'heure, que je parte à Tabula Rasa, oublier les vagues, l'écume, le torrent et tout ce que tu sais.
Je redoute le départ, je le crains définitif.
Que tout reste intact,
Dans mes souhaits
Que tout reste à faire, en pointillés.
J'ai du mal à décamper.

3 //

La musique d'Autechre, le long du canal de Bourgogne m'évoque l'inverse exact du paysage qui me surplombe. 
Je pense à Bristol, UK, quelque chose de terne sans être cradingue, avec ses minutes captivantes qu'il ne faut pas rater.  

Tu les attrapes et tentes de les allonger, qu'elles durent encore après que tu aies cligné plusieurs fois des yeux, tu ajoutes des secondes entre chaque seconde, pour voir. 
Ok, rien ne se passe. 
Ok, le temps passe et vouloir lutter contre ça est une arnaque doublée d'une bonne couche de stupidité. 
La musique d'Autechre me rappelle les virages, les à coups, le moteur que tu domptais alors que je m'obstinais à retenir tes larmes en faisant semblant d'être de bonne humeur. 
de trouver tout ça normal, ben oui, tout ça est normal...

Regarde comme nous sommes normales, éventrées et souriantes... 

Devant un clip épileptique qui me laisse nauséeuse, qui me serre le crâne, j'évite de respirer, je joue à retenir ma respiration, comme quand j'étais gamine. 

De 22h22 à 22h23, retenir mon souffle, devenir rose, et après exploser... rien ne s'est passé, c'est normal, c'est normal. 

Je ne sais pas ce que je fous là, pourquoi je suis venue si près de toi, je me sens piégée par ton odeur, je joue avec un élastique à cheveux et je me regarde jouer avec un élastique à cheveux, je pense que c'est insupportable, le poids de ton ennui et de ta tristesse nerveuse sur le siège à côté. 

Je pense que c'est insupportable, ma fièvre, la vraie, celle des infections.  
Affalée et lasse de ne savoir quoi faire, quoi dire, normal, normal... 

Tout est normal, limite banal. 
On se fait des montagnes avec des éboulis, on se fait des Everest avec un trois marches de chez IKEA. 

Tu pars et je pense à Bristol UK, à la musique sans parole.  
Au down massif qui t'écroule de l'intérieur. 
Je me casse, je vais marcher trop vite pour fuir l'horizontalité paresseuse. 
Toujours Autechre dans les oreilles, dans les jambes. la gorge en feu, enroulée dans du cachemire, enroulée dans une odeur de violette qui te débecte. 

Je suis sortie à l'heure des minutes captivantes taper le bitume, penser à la putrification qui découle d'un excès d'espoir. 

Entre deux angles de toitures, un incendie de lumière tranche net avec le soir qui dépose ses ombres sur les visages, les arbres nus, les rayons du vélo de ce type. 

Je serre mes paupières et je bloque mon souffle comme à l'époque de mes conneries de 22h22, je serre les poings aussi, et je m'extrais de l'attente anxieuse, je sors du ravin pour défricher une voie qui reste à découvrir.

Sortie de l'expectative, prête pour toutes perspectives. 
  


2 commentaires:

  1. Hola Gioia ! Vous avez fait du ménage dans le secteur ..
    Tabula rasa point trop quand même ...

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