jeudi 31 mai 2012

My generation

Regard abruti par des illusions qui défilent, cintre anorexique déguisé en fantasme. 
J'ai l'air dubitatif d'Anna Wintour à la fashion week. 
Mouais, bof. Next. 
La paix se dérobe. je la retiens avec les dents, que j'ai fortes, acérées. 
Les muscles de ma mâchoire sont ma fierté.
Des filles me demandent en anglais le chemin du McDo. 
Je leur réponds un truc en chewing-gum qui semble leur faire plaisir. 
Pendant une minute, je me demande si les Mcdo sont partout devenus vert et jaune ou s'ils restent rouges dans le pays de ces jeunes filles. 
Je me demande si je n'ai pas été trop approximative. 
Simplement leur dire : c'est là bas, tu sais, où ça pue le beignet et la mort.
Faire simple. 
Après la croix verte qui veut dire pharmacie. 
Ne pas parler de Caducée à des filles en chien de Mc Flurry.
Ne pas parler de poésie en écrasant des fleurs sauvages 
Sur les murs, j'écris des slogans définitifs et abrupts
Je les écris en passant, un regard, je les grave, je me barre. 
Surjouez la foi et vous la perdrez!
Acheter la paix ne la garantit pas...
Je duplique mes idées prémâchées
Génération régurgitation
J'ai entendu la petite de l'étage inférieur expliquer à son père : nous c'est pas comme vous, on ne va pas dans un magasin demander s'ils ont besoin d'une vendeuse. 
Nous, c'est pas comme vous. 
On trie nos déchets, on vit le chômage, le sida et la culpabilité
C'est vrai quoi
Nous, c'est pas comme vous... 
Et sa bouche métallisée qui bredouille des trucs pour se défendre et essayer d'expliquer...
Et son père, ce con, va au casino, en bas, il cherche peut-être quelqu'un. 
oui, mais nous c'est pas comme vous
Et lui, papa sur le tard, qui plane sur le marché du travail parce que sans doute qu'il n' a pas de diplôme et une bonne place et qu'il s'est fait tout seul et que c'est le truc chez lui qui le fait vraiment bander
Et la belle-mère qui en rajoute une couche, qui fait sa sympa, à l'écoute...
La petite et sa voix brisée par des sanglots retenus
Mais nous, c'est pas comme vous. 
On se fait pas tout seul
Vous êtes les pollueurs et nous sommes les payeurs
Nous, c'est pas comme vous
On écoute Bob Dylan et Patti Smith, mais c'est tout 
La génération régurgitation à qui on refile un amour de coccinelle à la téloche
La génération du nivellement par le bas
La génération qui ne sait plus écrire et qui parle en anglais et qui cherche le mcDo dès qu'elle arrive dans une ville et qui se traine les mêmes meubles Ikea que tout le monde.
La mondialisation ne s'est pas faite seule...Vous l'avez un peu aidée, non? 
Vous avez un peu aidé les petits français a devenir des américains? Avouez? 
Ou alors c'était pendant que vous étiez en train de divorcer 50 fois et de découvrir votre cul... 

Au lieu de constater la faillite intellectuelle de cette jeunesse qui vote FN et qui s'écrit des textos bourrés de fautes... Qui avance avec son avenir flou.
Il serait raisonnable de prendre la mesure de votre implication.
Vous avez enfanté la génération régurgitation au cerveau lavé par trop de télé mais acheter la paix ne la garantit pas, non.
Il faudrait que tout ça tremble une bonne fois, parce qu'acheter la paix, ne la garantit pas.
Prends ça pour une éruption d'acné verbale, 
Prends ça comme tu veux, 

Mais nous, c'est franchement pas comme vous...











mardi 29 mai 2012

J'ai eu tort, je suis revenu



Mes yeux d’enfants en avait fait tour à tour un palais et une maison hantée. Cela dépendait de la lumière du jour et de ma prédisposition au drame.
Contre ses murs se cognaient mes rires et mes larmes alors que mon père m’attrapait finalement après une course par le jardin, pour me corriger d’avoir ouvert volontairement le clapier des lapins.
Aujourd’hui, cette maison me semble être le tombeau de mes rires d’enfants, il me semble que gisent quelque part dans ce jardin à l’abandon les tresses blondes de ma sœur et les colères de mon père.
Je la trouve minuscule, minuscule alors qu’elle était un palais, une maison hantée.
Elle est désormais trop étroite pour contenir les courses poursuites de mon enfance. 
Elle est désormais le bazooka dans ma plaie.
Assis sur ses marches, j’aimerais qu’elle soit déjà détruite.
Et endormi le chagrin de ne plus avoir près de moi les cheveux tressés de ma sœur et son rire comme un torrent.
Et je souille ce souvenir de mes larmes adultes, démesurées.
D’un torrent, l’autre, mon regard est devenu tellement plus étroit.
Ma prédisposition au drame, intacte. 

droit réservé François Bon
To be continued

dimanche 27 mai 2012

Easy Listing #Summer

Hier j'ai : 
Parlé à mon amoureux du collège après une semaine de ratages téléphoniques 
Acheté un live de 89 de Depeche mode
Alternatives économiques et rock and folk
Le canard enchaîné, closer politique 
J'ai ri de pas mal de gens
Fumé des clopes mais pas si tant que ça finalement
Vu un essaim d'abeilles. 
Appelé les pompiers
Pique niqué. 
Vu un essaim d'abeilles s'envoler
Pas eu trop peur
Rappel des pompiers
Bu un café frappé dégueulasse au bord du lac
Où d'ailleurs, il y a des ploucs en pagaille. 
Genre les lourds qui enchainent les demis sous le nez de leurs gosses qui rechignent à terminer un jus d'abricots. 
Enfant, tu me filais un jus d'abricot, je pense que je transformais rapidement tout ça en vomi
Back to bassine
Une femme avait un tatouage tigre sur la poitrine
J'ai du coup pas mal maté, je ne distinguais pas si c'était son chat mort ou quoi. 
Globalement, les robes étaient des tee shirts longs
Vulgos, tu vois. 
Une jeune fille parlait mal à sa mère
Elle lui apprenait la life des jeunes. Normal.
Ma copine Liv' est magnifique quand elle a un fou rire lié aux femmes de son cours de Yoga qui pètent comme elles respirent.
Malena a bu un milk-shake que personne n'a osé gouter tant il n'avait pas l'air de ce que l'on sait des milk- shake
Notre voisin sosie de Tim burton a déménagé
Je reste le seul sosie de l'immeuble
Ozzy Osbourne, je te représente mec
J'ai eu des pulsions eugénistes
Des personnes se reproduisent à tort. 
Stérilisation? 
Vu un documentaire extra sur Vivienne Westwood. 
Folle selon mon coeur, 
c'est sur Arte +7 si tu veux. 
J'ai entendu des bribes de conversations en passant par le marché. 
Une dame disait "en dehors" au lieu de "sinon"
En dehors, j'ai aussi des colliers si vous n'aimez pas les bracelets.
ça m'a fait 10 minutes : est-elle du nord? De Troyes? de Haute-Saône....
ça a été mon questionnement le plus intense. 
Mon papier sur minorités.org était en ligne hier en fin d'après midi
je le trouve prétentieux et maladroit 
vous devez dire que je vais à la pèche aux compliments
Dites vous tout ce que vous voulez. 
Peace. Love. Unity
T'as vu, R'n'Folk a mis Bob Marley en couv'?
J'ai écouté : Jeffrey Lewis, Siouxsie and the Banshees, thee Vicars et d'autres trucs sans intérêt. 
Jeffrey Lewis je pense que c'est le type qui va m'obséder un moment.
J'ai pris des coups de soleil
Aujourd'hui j'ai écouté des conversations à la terrasse d'un café en lisant alter éco
La mega crâneuse 
Patti Smith me fait peur a avoir intitulé son prochain album Banga. 
Nesquick aussi si tu veux. Ptain, j'ai peur qu'elle ait fait de la merde. 
Un homme m'a fait beaucoup rire en demandant à Rock And Folk si Manu Chao se faisait appeler dans la vie Emmanuel au revoir pour rester incognito.
Réponse souhaitée. Merci
C'était ça le plus marrant
Réponse souhaitée. Merci


Voilà, 
si avec ça t'as pas pigé que j'ai une vie géniale, je ne sais pas c'qu'il te faut. 

Ah Ah 











samedi 26 mai 2012

Teen Story #fiction


La petite a la tête entre les genoux, cette posture de rues que l’on observe souvent les nuits de fêtes de la musique, quand les kids se sont arraché les neurones avec des trucs sirupeux. Les bouteilles fluos que le marketing a mis sur le marché pour qu’ils bibinent le plus tôt possible et dépensent leur thunes en liquide suspect.

Concentrée sur sa petite gueule de bois qui lui brouille et les yeux et le foie, elle sent qu'elle pourrait laisser choir un bout de pain dans son estomac, il serait rapidement déchiqueté par la faim qui grouille.  
Absolue comme on est certaine de l’être à 15 ans elle voit les adultes comme des blasés qui ont perdu l’étincelle et qui la matent comme si elle était une petite fleur au milieu d’un chaos dont ils ne veulent pas assumer la paternité.
Elle ne sait plus vraiment quand tout cela a commencé. Le grand n’importe quoi. Les claquements de portes, Les cris et Les « ça me saoule grave putain ». Cette masse de petits trucs qui l’ont conduite à se barrer de chez elle cette nuit, avec de l’alcool pour cuisiner piqué dans les placards de sa mère et un mp3 à la batterie vide.
Autant dire qu’elle a eu le temps de cogiter au calme.                                                                                             
Elle se met alors à rédiger des lettres fictives, des lettres pansements. Ainsi, elle se distrait de sa faim et relève la tête pour offrir au monde matinal un visage gris qui raconte plus ou moins cette sale nuit.

Après avoir fixée son attention sur les pieds des passants, elle rit pour elle-même.
Ils ne se rendent pas compte, ils sont devenus des soldats sans s’en apercevoir et maintenant, au premier coup de clairon c’est parti.  On se lève, on se lave, on s’arrange le visage devant une glace qui ne nous voit plus, on avale un truc et on se casse avec tout le régiment pour le défilé des souliers cirés.


Les soldats avancent et au mieux de leur fantaisie, réfléchissent à une blague à faire au bureau.

Dans sa poche, des feuilles et du tabac dont elle ne peut rien faire, elle ne sait pas se rouler de clope. Demander à un passant de lui en rouler une, avec comme circonstances aggravantes, sa gueule en kit et un paquet de feuilles destroy, ça serait la fin immédiate de sa dignité.

Le lycée est à 300 m, elle arrive et se prend de la flotte chaude au distributeur, un truc qui puisse ressembler à un petit dej. Arrivée en cours, elle se fait engueuler. Pas de billet de retard, pas d’excuse valable, pas d’allure. Bref, ça a le mérite de lui couper la faim. Elle s’installe à côté d’Alix qui sent les cheveux propres.

-          Qu’est ce tu foutais ? Il est la demie ?
-          Rien, je me roulais une clope. 



lundi 21 mai 2012

Back to paper - Sparse (spoiler)

Quand j'ai appris la sortie d'un numéro papier de Sparse, je me suis dit que c'était une vraiment bonne nouvelle. Ensuite, j'ai regretté de ne pas en être, du numéro papier. 
Après m'être pris les pieds dans mon Ego d'idiote, je suis devenue impatiente. 
Je savais que ce mag, il serait beau ou il ne serait pas. Impossible selon moi dans l'esprit de Sparse de balancer un gratuit ni fait ni a faire dans tous les rades cools de Dijon. 
Sparse, c'est du lol qui bosse bien. 
Je l'ai chopé le jour de son arrivée en ville, après la fête anniversaire des deux ans de Sparse. Je me pointe dans le gros truc noir vers les halles. J'ai siroté du coca light  beaucoup trop glacé avec de la musique de merde en fond, et j'ai dévoré le papier à la paille. 
J'avais un a priori positif, sympathique.
Je chope le truc en petit tas vers la fenêtre du pub. 
La couv' est de toute beauté, un jeune homme s'allume une clope dans un vaisseau bleu, qui tranche avec l'eau noire du canal. Son pote rame, happy face. Super cliché.
Je retrouve les classiques que j'espérais : La tournée des gros ducs, ce bon vieux Fred François, les chroniques ciné...
Agréablement surprise par les interview de Shackleton et Ivan Smagghe, ce sont deux personnes totalement inconnues pour moi et elles m'ont fait envie. Parce que les mecs sont cools, et l'affaire rondement menée.
T'as envie de dire, vas y, mets du son!
Sparse, qui fait l'inventaire des machines à café du campus, c'est inutile donc indispensable.
Lorsque ça ressemble à du n'importe quoi, ça reste maitrisé, drôle et finalement crucial!
Un beau travail de team ce number One de Sparse qui transpire la volonté de te faire kiffer Dijon et ses nuits. 
Tout est propre. Réussi. 

En slogan ça donnerait : Le gratuit que tu as envie d'acheter... 

N'oublie pas de te dégoter un exemplaire. 
Comme une chacal, j'en ai pris deux. 
Bravo!


http://www.sparse.fr/2012/05/07/sparse-magazine/

dimanche 20 mai 2012

Television rules the nation

_Spotify c'est bien mais le truc chiant c'est que lorsque tu secoues tes cheveux sur de la musique et que t'es coupée dans ton élan par une voix de fille sympa et un jingle bidon qui t'envoie chez Darty, ça te casse en plein headbang et bang!

_ ça fait comme dans une boum, quand t'as un bourré qui se prend les pieds dans la sono et que tout le monde fait : OOooooh. Le gars tout dégouté, chuis pas bourré pourtant. 

_Mouais mouais.

_ C'est Cannes, Cannes, Cannes. Je m'en fous, fous fous. Difficile de se soustraire aux images de robes à chier glamour et importable ailleurs que sur un tapis rouge et toutes ces faces de cokés à la gloire qui viennent faire le taf et se cramer des neurones entre "artistes".

_ Ok, le festival de Cannes me rend communiste. J'ai envie d'y aller pour piquer un collier qui sauvera la Grèce. 

_ C'est terroriste plutôt? je sais pas, choisis... 

_ J'ai de la peine pour le pékin qui pose des jours pour photographier des stars. Les personnes avec leur matos pas terrible qui gueulent le prénom des monteurs de marche et se prennent des vents, toute la journée à se cramer sur des chaises en plastiques et toutes les images d’Épinal que j'associe à ce genre de personnes avides de "riches". 

_Il pensent que ça va les éclabousser?

_ Je n'ai rien contre les riches, je n'aime pas les publicité sur pieds que deviennent les actrices pendant Cannes, je trouve que tout ça ne les élève pas, et c'est tout ce que je n'aime pas dans le cinéma. 

_ Je pense à cette communauté de personnes qui en ce moment crèche au camping et ne voit pas de film, ils viennent juste "mater" et hurler après des smoking et des robes sardines pour un sourire ou un gribouillis. J'imagine que ce sont les mêmes pauvres qui ne voient pas la vie sans télé plate comme ça (j'étends mes bras au maximum pour montrer la GRANDE télé plate).

_ On les voit mieux dans la télé plate les gens qui se font du fric en brassant de l'air. (bisous Ariane Massenet).

_ Tu penses peut-être : c'est bien, enfin, si ça leur fait plaisir...

_ Je pense : Allez en vacances pour de bon, prenez vous en photos entre vous, ne vous prenez pas pour des sous merde parce que des gens sont bien sapés. Les paysages, c'est pas qu'un fond d'écran pendant le tour de France alors prends le train, ta bagnole, tes baskets lâche la téloche et fais ta valise. 

_ Terroriste?

_ Cette semaine j'ai fait une formation dans le cadre de mon contrat cas soc'. Constat : les gens qui sont en bout de course, dans la misère intellectuelle, sociale etc... décrochent totalement. Pas tous, mais une partie oui, genre : On s'occupe plus de ses dents, de ses fringues, de son hygiène, de son agressivité généralisée, de ses cheveux, de son français etc...
ça gueule : Putain, où qu'est ce qu'il est mon bordel (c'est un curseur le bordel, sur un écran) et on trouve ça normal. 

_ Je le redis?  La société avec ces petits trucs à la con, contrat cas soc' etc... Agenouille les gens et fait d"eux des personnes sans dignité. Le truc des sous merdes, tu sais... ça me blesse. Et je me déteste d'être dans cette ambiance et d'avoir envie de gueuler : mais va te laver putain! Cette résignation m'atteint, je suis impuissante. Mais il y a un problème sérieux à ce niveau là.  A force d'être tous les jours une merde pour les autres, tu finis  par le croire et ce jour là, tout est foutu. 

_ Mon contrat est bientôt terminé. Il aura eu le mérite de me faire comprendre les gens qu'on voit dans confessions intimes etc... 

_ Se laver pour qui? Se laver pour aller se faire chier sur la gueule? Autant être sale, et blindé, et bourré... C'est triste que ça n'en peut plus. Je ne pense pas savoir l'expliquer. C'est un désespoir social. 

_ Mais avec leur prime pour l'emploi, ils vont à ... CANNES! Mate le raccourci. 

_Bon sinon, tu as surement vu que j'écris 1) pas 2) mal 

_ On appelle ça "une phase". Le principe c'est que ça ne dure pas. 

_ Prends soin de toi. 

 





samedi 12 mai 2012

Anonyme

La roulette de ma souris glisse sur des photos de chat, et voilà mes 8 ans, qui tortillent du cul.
Dans mon ventre résonne un rire haut perché, une cascade glacée.
La fraicheur m'éclabousse et je plisse mes paupières, comme pour me souvenir un peu mieux. 

Dans la rue, la comédie de vie se joue gratos et j'ai le champ large pour me raconter des trucs. 
Je la regarde de haut, au sens propre, je snaïpe depuis un perchoir improvisé.
Lui, Elle, Eux, Tous, je les écris. Fascinants de virginité, de vide à remplir. 
Des pages de toutes les couleurs. Tu sais. 

Le passant, le poseur, le flamant rose qui cherche dans son sac, des confidences de copines, des brochettes de quatre.
La jeune fille qui attend, trop habillée pour cette chaleur, le vieil homme à la couche qui m'attriste, l'enfant qui veut grandir trop vite, les pigeons qui pigeonnent à mort, une frite, une miette. 
Un festin de restes.

Des looks inspirés, réussis et foirés. Imprimés dégueulasses, jupes trop courtes, trop longues ou parfaites.
Les cheveux des filles qui roulent sur les nuques dégagées, l'air qui remet des mèches dans un savant bordel. 
Toutes ces vies qui se croisent dans un désordre "terrible, cruel, captivant".

Un vieil homme, un autre, s'appuie sur le mur, s'arrête un instant et respire, se reprend, avant de continuer sa marche. 
ça me chavire, je reçois sa fatigue comme une gifle, je l'attrape, ça y est,  j'ai la vieillesse, la nostalgie.
Mais il repart et l'espoir aussi. 
Les fragilités s'accrochent à moi, virales, je les chope.

Je deviens les clochards qui puent, les obèses qui suent, les femmes qui pleurent derrière des lunettes noires et les vieilles dames qui chutent en riant qu'elles n'ont rien, que ça ira, en riant qu'elles sont bêtes, qu'elles n'ont pas fait gaffe, en riant pour ne pas pleurer. 

Je suis les gens aux perruques de travers, aux haleines de chiens, je suis des bas filés et des racines blanches, du noir sous les ongles qu'on veut absolument cacher.
La dent unique d'une bouche qui sent l'alcool. 

L'impression d'attraper la honte, le malaise et la peur en quelques secondes, m'en débarrasser plus tard, auprès des miens. 
Redevenir perméable et si possible forte. 

Parce que je n'ai rien de tout ça, je suis juste une mateuse qui se raconte trop d'histoire.
Juste une fille sans drame qui s'approprie des plaies avant de les reposer là où elle les a prises.

La personne insignifiante assise et impassible à la terrasse d'un café qui capture des moments pour plus tard, un jour. Cette fille dont tu ne te méfies pas. Je suis celle là.

Cette fille qui écrit, avec ou sans arme.  










mercredi 9 mai 2012

Nothing but silence

Je cours après un bus.
Je ressemble à toutes les filles qui vont au bureau avec des carottes râpées sous plastoc pour un pique-nique solitaire.

J'écoute Wilco, je me sens bien, la pluie sur le visage, je me sens bien.

Tout change lorsqu'on prend le parti de ne plus croiser dans les rues des livres ouverts mais des pages blanches.
Des pages blanches qui supplient. Qui veulent de la romance, de la brutalité, qui attendent d'être froissées, lissées, considérées.

J'ai du mal à adhérer à cette réalité proposée. Celle du moment. Je développe un autisme de confort pour éviter l'excès de bile.
Le bus roule, plein d'étudiants avec des casques, le nouveau signe extérieur de richesse.

Chacun dans sa tête, dans ses trucs.
J'écoute Wilco et je regarde une fille qui appelle sa mère, j'écoute un peu moins Wilco pour écouter la fille, j'imagine qu'elle ne va pas tarder à faire des reproches, parce que c'est ce que font les filles à leurs mères bien souvent. Je met la musique plus fort parce que c'est une fille bien et qu'elle lui fout la paix à sa mère.

Sur le mur gris, lavé de pluie, je lis NÏKÏTA en lettres rouges.
Ce mot m'évoque une impératrice sauvage et incomprise.
Je lui dessine un palais où murmure la conspiration.
Elle a des crocs acérés et les vêtements en lambeaux d'une guerrière animale.
J'écris dans ma tête, l'histoire d'une princesse en guerre contre des hologrammes en sapes cyber punk.
Ses lèvres rouge sang qui embrassent l'ennemi, à mort.
Au sol, les cigarettes cerclées de rouge à lèvres cheap me parlent de putes et de voix éraillées.

Dans mon cerveau, des fulgurances, des envolées poétiques, du vide qui côtoie des préoccupations graves recouvertes d'un mouchoir propre.
Et mon imagination qui m'emmène ailleurs, encore. Qui ne veut ni voir, ni entendre ce qu'elle sait déjà.
Les croix gammées mal dessinées et l'ex-président traité de PD ça fait beaucoup trop de stupidités à la fois.

Que la Grèce reste encore celle de la révolte d'Antigone, la digne errance d’œdipe, la colère d'Electre.

L'Espagne est égale aux 3/4 de mon sang ajouté à la totalité du sien.
Les crises sont trop commentées, mal commentées.
Je ne veux pas prendre part à ce que je considère comme un brouhaha vaniteux et stérile.

La gauche inhibée qui ne sait plus s'autoriser l'espoir et la joie me rend triste.

Or, je suis fatiguée d'être triste, incapable d'indifférence, je ne peux que me rabattre sur un monde de pages blanches.

  

lundi 7 mai 2012

Chialing in the street

_ Un matin comme les autres avec un air plus léger, tu sais, la Gauchie tout ça...

_ Arrivée au taf, je vois ces mines déconfites. Joie. Des malades qui viennent quand même parce que le travail ne va pas se faire tout seul. je m'agace, je m'énerve. Mais toi? Ta santé? Ta vie? Tu la brades pour un boulot de con, mal payé, qui te tue à petit feu...

_Je n'arrive pas à me souvenir du moment où tout cela a commencé, la conviction d'être merdique au point de ne pas prendre soin de sa santé. Je n'arrive pas à admettre qu'on foute à la corbeille un arrêt maladie d'un mois après une intervention chirurgicale parce qu'on a peur de perdre sa place. 

_Laquelle est précaire, ingrate, difficile et bien entendu perdue d'avance.

_ Si on se comporte comme des sous-merdes avec les administrations telles que l'éducation nationale, si on se met à fournir la vaseline, ça déconne sérieusement. 

_ Quand est-ce que les gens vont piger que le plus important c'est EUX, pas le bon fonctionnement de l'éducation nationale qui leur chie sur la gueule dès que l'occasion se présente.

_ J'ouvre mes mails et tombe sur un truc de gauchiste contre lequel je n'ai absolument rien, mais qui vient d'un mec qui m'a plus parlé depuis longtemps. Je sais pas si tu le fais, le truc d'envoyer des messages communs pour prouver que t'es pas con, que tu citoyennes à mort et que "tu ne lâches rien"? Mais franchement, envoyer ça à des personnes à qui tu tournerais la tête dans la rue, c'est juste de la merde.

_ Mais va chier avec tes leçons de morale. J'ai des amis pour m'envoyer les liens cools, retourne dans ton passé, retourne dans ta vie et n’interagis plus jamais avec la mienne.

_ Un autre mal contemporain: cet entretien d'une nostalgie nauséabonde. Aidé par les réseaux sociaux, les copains d'avant essaient de devenir les copains de maintenant. Comparaison de réussite sociale.

_On n'a rien à se dire. Les réunions d'anciens combattants c'est bon pour les combattants. Nous, on a juste fumé des joints et ricané à l'adolescence, quand je ne savais pas encore tout à fait ce que voulais dire l'amitié. 

_ Je crois que je me trompe de délire, à me cacher, à ne pas vouloir être reconnue. C'est totalement à côté de ce qui se fait en ce moment. Alors que tu deviens une star parce que t'as pissé dans une bouteille de kro et que t'as foutu ça sur youtube, moi je fais ma mystérieuse. 

_ Du romantisme qui ne fait rien avancer. 

_ Et pas ma vie littéraire qui reste ce truc entre toi et moi. Ici. 

_ Oui, tu l'apprends, j'ai des velléités d'écriture.

_ C'est bien quand tu vis dans une petite ville tu croises les stars locales et les petites personnes locales, ébahies, se soumettant, à la limite de tendre leurs culs.

_ Faux style Gavroche avec des way farer rouges (signifier sa fantaisie par le choix de ses lunettes nianiania) et des sapes de papa du désert, camaïeu camel, dégradé de bruns et d'ocres. Faux cool de merde. 

_ Et vas-y que ça tape des sourires à tout ce qui bouge, des fois qu'on sache pas que t'es bien le mec qui a fait le duo avec cette ouaouache de Zaz. 

_ Le combo Chèche/Casquette, qu'il fallait à la variet'.

_Transpiration houblonnée pour public conquis.

_Je pourrais vomir des heures sur cette journée merdique, mais tu vois, je vais plutôt aller mater The Wire et jeter ça à qui veut bien le lire. 






samedi 5 mai 2012

Light

Les cigarettes machinales des soirs orageux me rappellent la joie immature de se cramer un peu de santé.
Le vin, les joints, la désinvolture.
Les deux bouts de la chandelle avant de retourner à des relatives responsabilités. 
Respirer, inspirer, avoir faim, soif, envie d'elle. 
Lire des lignes, les poser, les reprendre. Les jeter, loin.
Tracer des mots mécaniquement, parce que le stylo est un danseur, discipliné et avide de discipline. 
A la terrasse d'un café, croiser des fantômes, des hologrammes d'un passé aux frontières de l'ennui. Se souvenir des relations tièdes et convenues. 

A un moment, quand tu te sens plus proche d'un kleenex souillé que du cerveau de tes potes, autant s'oublier chacun chez soi et se pourrir à distance.
C'est bon pour moi, les pages sont tournées. 
On peut se regarder dans les yeux et se croiser, et même insister, mon pouls s'en fout des fantômes, il s'emballe pour les voyages en train, les inconnus, les conversations volées. 
Pour des moments simples qui reposent du reste. 
Des apéros improvisés, blagues à la con et pipeletteries de terrasses.

Cette semaine, j'ai été formée aux premiers secours civiques. Un truc qui veut tout et rien dire. On t'explique quoi faire pour une piqûre de guêpe et un AVC. 
Coq à l'âne, tranquille. 
Le plus impressionnant pour moi a été d'être allongée au sol, de jouer la victime, d'être approchée de si près, manipulée, l'oreille d'une inconnue qui écoute mon souffle en comptant jusqu'à 10, des mains inconnues qui m'enlèvent ma ceinture et déboutonnent mon fute.
J'ai bien moité des mains parce qu'inconnu + contact = Angoisse contemporaine.
Alors que la boulangère est à point pour te jeter la monnaie dans la gueule plutôt que de t'effleurer les doigts, c'est troublant de devoir pendant deux jours mettre son corps à la disposition de personnes dont on sait juste qu'elles veulent faire bien. En tout cas, un peu mieux. 

Ce texte juste pour te dire que je prends soin de moi, je te souhaite d'en faire autant.