mardi 28 février 2012

Etat_s d'esprit.

_ Un nouveau voisin bruyant comme un cheptel de bisons, une attitude un peu trop pote alors qu'à part être jeunes et voisins, rien ne nous rapproche pour l'instant. Allure de scout de France. Au minimum il a des bons restes de ses années de caté et il va penser dans pas longtemps qu'il peut sonner chez nous pour un oui ou pour une bière. 
Peut-être qu'il nous connaîtra un peu plus que la voisine précédente, du coup ses potes nous ferons des sourires cons, nous sommes en passe de devenir : les voisines lesbiennes d'un scout. 

 _  Rêves de tatouage, d'ascenseur, de chaussures têtes de mort dont tu veux te débarrasser, bras noir comme Daniel Darc, appareil dentaire qui modifie beaucoup ton élocution, meurtre à coup de tableaux volés, le tout en une sieste et une nuit. 

_ Hurler dans un interphone ne te pose pas de problème, être la folle de l'immeuble non plus. 

_ Polisse est un film qui génère sanglots et rires, 50/50. C'est bien joué. 

_ Le soleil, la douceur, ça te fait totalement classer l'hiver 2012 dans tes archives et penser positivement au printemps, à ses perspectives... Robes à fleurs, terrasses, siestes dans l'herbe et bicyclette. 

_ Le consensus autour de J.D et le film en noir et blanc dont tu ne préfères pas écrire le titre, est assez chiant. C'est comme s'il n'y avait qu'un acteur dans ce film, c'est comme si J.D devenait un peu plus superficiel à chaque apparition télé. Aucune sympathie pour cette équipe.

_ On peut dire que c'est de la mauvaise foi, du mauvais esprit, une volonté d'être "contre" alors que tout le monde est "pour". Non, c'est juste un ras le bol global de la pensée unique. Et le fait que quelqu'un partage la même nationalité que toi ne suffit pas à faire de cette personne ton "poulain" de l'autre côté de l'Atlantique.

_ Tu aimerais avoir une machine à écrire pour un projet précis.

_ Une machine à écrire ça coute un bras, les rubans de rechange doivent couter un oeil, tu ne te mutileras pas pour l'amour de l'art. 

_ Résolution immédiate du problème "machine à écrire".

_ Il y a très peu de patience dans ton cocktail sanguin. 

_ Il y a très peu de chance que tu en viennes un jour à soutenir quelque chose que tu n'as pas vu, corps et âme, sous des prétextes bleu blanc rouge, cocorico. C'est mort. 

_ Les choses importantes deviennent des anecdotes, les trucs sans intérêt sont étudiés à la loupe. 

_ Ok. Vivons ensemble dans ce monde là. 


mardi 21 février 2012

Ah? ok...

Dans les rues déjà vides, la nuit fraîchement tombée... un son strident. 
Tu sais que tu le connais mais tu ne sais plus d'où, comme un tas de gens que tu croises.
Le tiiiiiit insiste
Il provient d'une cabine téléphonique recouverte d'affiches de concert ska, reggae ou un autre truc qui justifie l'abus du vert, du jaune et du rouge. 
Et ce "tiiiiit" qui "tiiiiit" de nouveau. 
La cabine télé rasta te sonne. 

G: Allo?
I: bonsoir, vous avez essayé de me joindre...
G: C'est le numéro d'une cabine publique
I: ah? ok... 
G: ... à Dijon
I: ah? ok...

C'est pas toi, donc, qui court après les années 90 mais bien elles qui te sollicitent.
C.Q.F.D

dimanche 19 février 2012

I don't wanna be you

On s'installe dans un café qui pue le détergent, le mec qui tient le café, on voit qu'il savait pas trop quoi faire de son argent, il a investi dans la bonbonnière qui fera taire madame.
Il fait le café un peu cher pour qu'elle puisse maintenir le même niveau de vie. 
On se regarde, on hésite entre rire et fuir, mais on n'a pas trouvé de place alors voilà.  

Quand monsieur était junior dans la pub, qu'elle avait la carte gold en feu, peut être vivaient-ils à Paris, il y a beaucoup de couples de parisiens qui viennent s'établir chez les paysans essayer de leur refourguer des appareils lomographiques et des conneries design qui faisaient fureur à Paris, il y a quelques années. 

Un tas de conneries pour pouvoir te vendre un pins à 40 €, alors que n'importe quel enfant t'en fait un mieux, moins cher, plus personnel.

Dans le café bonbec qui chlingue,  pas d'affolement, il attend que vous soyez bien installées, il mange un truc, tranquille. Il a pas quitté son ex-vie imaginée pour se mettre la pression avec deux nanas qui poireautent 10 minutes. 

Leur enfant joue avec son ami, le gosse à des lunettes d'adulte, une chemise d'adulte avec par dessus, un pull d'adulte, il joue à la console dans son coin. Son pote mange des trucs chimiques et fluos. 

Quand les parents de l'invité arrivent, concours de joliesse, deux couples kooples qui se jaugent. 

Les reines du bal : Celle qui est contente d'avoir gagné avec sa robe en dentelle, couleur champagne, cheveux impeccablement défaits, bouquet de fleurs à offrir pour briller davantage encore. La reine perdante qui doit surement dire qu'elle est chef d'entreprise aux réunions de parents, jamais en aucun cas : "Serveuse dans le bar-bonbonnière que nous avons acheté mon mari et moi et qu'on galère à payer parce que vous voyez bien, on boit tout le café et on bouffe tout le tiramisu, ça nous fait tellement de peine de devoir essuyer des verres et servir des trucs".

Constat, toujours le même. pourquoi les enfants, les ados, invitent des amis pour que ceux ci les regardent jouer à la DS.
Tu n'aurais jamais fait ça. tu invitais des copines pour essayer de leur voler un baiser. 
Non, c'est faux. 
Tu n'ajouteras pas ça à la liste de tes petites saloperies.
Ce sont elles qui ont tenté leur chance avec Tom boy Georges de 7 ans.
Tu en as gardé un dégout pour les haleines chewing gum à la fraise combinée à la phrase : c'est dommage que tu ne sois pas un garçon qui t'as piétiné le cœur de zéro à dix ans. 

Avoir dans sa poche un stylo qui écrit sur toutes les surfaces ça donne envie de le sortir à la moindre idée et de pourrir toutes les surfaces avec des mots qui dégoulinent de larmes roses, acryliques. 

Marcher très vite et écouter, les couples pressés, qui vont manger chez machine et machin, le mari tient du vin, madame porte des fleurs coupées. 
Ces couples ressemblent à d'autres que tu as connu, qui jouent au papa et à la maman, cet embourgeoisement te dégoute, les fleurs coupées pour faire bien, les manières et les chichis. 

En marchant, le marqueur bien serré au creux de ta main, tu souris à l'idée que tes amis ne soient pas dans ce délire entrée plat dessert, anecdotes débiles : tu le racontes tellement bien mon amour s'il te plait.

Tu es tellement satisfaite de ne pas être avec les tiens dans une régression "une dinette presque parfaite" et toutes ces conneries de conventions adultariennes. 

Si toutefois des ami(e)s passent par là. RAPPEL :
- Si un jour tu déconnes à demander un verre différent de celui proposé pour révéler les arômes du vin.
- Si tu proposes : euh.. on pourrait pas manger à table?  
- Si tu t'excuses de ne pas avoir de fleurs 
- Si tu dis : on est dans la MMM... Pour ne pas dire merde. 

Alors, ton état nécessite une intervention, au pire des cas, une euthanasie. 
Je voudrais avoir tout ça, vous pouvez vous cotiser, tout n'est pas obligé de m'arriver immédiatement, mais d'avance, merci. Ah.

D'avance merci.

vendredi 17 février 2012

Devenir

_ Lors d'un passage en caisse qui se solde par un refus de ta carte bancaire, tu constates direct que tu viens de passer du statut de cliente "bonjour, carte de fidélité, bonne journée" à celui de crevarde chronophage et fauchée devant qui on ne prend même pas la peine de fermer la bouche pour mâcher du chewing gum. 

Tu t'obstines un peu et elle te répète : ça m'dit "échec".

_ Dans les recherches google qui mènent ici tu vois :  henry david thoreau De la marche. Le jour même où tu as pris, posé, repris, reposé ce livre dans une librairie, te demandant si tu avais ces putains de trois euros et si tu pouvais les mettre dans un livre.
Tu n'as pas les 3 balles, et donc pas le livre.

_ Au sujet de cette précarité, tu ressens une certaine culpabilité à ne pas accepter les choses, à t'en agacer. Ressentir cette frustration te donne une mauvaise image de toi.
Alors c'est ça? Georges? une fille qui tape du pied pour un bouquin qu'elle trouvera bien quelque part ailleurs et gratuit.

_ Il y a des limites à l'humour, pôle emploi en frôle les frontières quotidiennement en te proposant d'être prof de guitare, formatrice frigoriste, neuro-psychologue et agent d'entretien de crématorium.  


_ Tu es la personne la moins "carpe diem" qu'il soit.
  
_ Comme trop souvent tu vas rendre un dvd à la bibliothèque, dont on t'a dit qu'il était super, ou alors tu l'as lu, en tout cas, tu as ce film bien, parait-il, qui a vécu chez toi, qui va être rendu, sans avoir été visionné.



_ Tu ne sais/ne préfères pas savoir d'où vient ce désintérêt machinal. C'est une paresse intellectuelle qui te fait plutôt honte.

_ De nombreux constats, peu flatteurs, pris comme des bonnes vieilles tartes, pouvant se résumer en une phrase simple et efficace: tu perds ton temps.

_ Savoir qu'une personne a eu accès à tes mails, peut être davantage, ton historique etc... te rends coupable. Parce que tu as cette page que tu ne dois pas partager avec les "gens du travail".

_ Tu t'aperçois que tes connaissances qui pourraient peut-être contribuer à ce que ta vie soit moins merdique sur un plan pro ne le font pas. Tu es difficile à défendre. Tu es la fille qui parle mal, qui tient des propos gauchistes et qui trouve la moitié du monde naze, normal qu'on ne te rappelle pas, lorsqu'on le sait.

_ Un black out média serait salutaire, tu en entends trop, tu ne peux rien faire de concret, à part en entendre moins, optimiser ton temps, retourner des vinyles sur ta platine et marcher jusqu'à ce que tes jambes te mènent ailleurs, à défaut d'aller "quelque part".


_ Il faudrait une dispersion progressive de cette masse d'inquiétudes qui obstrue le paysage.

_ L'impression de t'arracher les yeux sur une note qui aurait été gribouillée par son auteur.

_ L'impression de trop miser sur tes impressions.

_ Il faut surement se ressaisir, c'est ce mot là, sans doute.

_ Il faut aussi déconnecter, et vite.

_ Étirer tes possibles.

_ Tu sais, ce mot, tu l'aimais, l'as-tu oublié? 

_ Sortir

_ Respirer

_ Laisser l'angoisse partir en buée ...









mardi 14 février 2012

Vive la neige!

Il a neigé et le sol est blanc. 
Toujours se bousculent des souvenirs de ton enfance dans un village où elle avait le droit de tenir, on la laissait. 
Le bus ne passait pas, on se gardait tout seul avec les autres enfants. 
La neige était partout, et bien avec ça, on ne pouvait pas se souvenir du bitume. 

Sur une grande rue qui descendait près de chez toi, la neige damée par le passage des rares voitures offrait une incroyable piste pour que nous fassions tout ce que font les enfants dans la neige : les cons. 
Tu avais un skate auquel tu as enlevé trucks et roues pour en faire un snowboard du pauvre. 
Des sensations de glisse innocentes et sans forfait. 
On se tire la bourre pour remonter la pente et la redescendre à fond, les adultes qui passent nous lancent des regards plutôt complices, ils ont eu cette enfance, elle les tiraille un peu, devant tout ce blanc, ils se glisseraient bien dans nos luges pour montrer qui est le patron. 
Une année, il y a eu de la neige très tôt, en novembre, et beaucoup. Nous n'avions plus d’électricité, on ne voyait rien à 10 centimètres devant nous. 
Ce jour là, les pas de ton frère et les tiens, sur cette épaisse couche de neige, vos souffles froids, étaient tout ce qu'on pouvait entendre. Les bruits habituels étouffés par la neige partout et cette nuit si particulière, sans éclairage public. 
Un ciel chargé et bas, si lumineux lorsque tu le regardais, le cou tordu, la tête lourde penchée en arrière. 
Peut être cette nuit là, alors que ton frère te tenait la main, et c'était rare, que ton père marchait devant, pour nous rassurer, ta nature peureuse était engourdie par ton amour de la neige. 
L'amour des circonstances exceptionnelles.
Des plans bougies et sacs en plastique dans les après ski.
Le noir n'avait plus d'importance, d'ailleurs, quel noir? Seul existait les flocons gobés à la volée, le manteau épais, les pas qui grincent, la neige. 
Tu associes toujours la neige à ce souvenir, celui des jeux, mais plus précisément le souvenir de cette nuit, de ce silence si précieux et si précis. 
Le silence de la neige, de la nuit sans lumière. 
L'odeur d'anniversaire des bougies soufflées, les repas sur le pouce avec trois fois rien. 
La nuit révélée dans ce qu'elle a de plus beau, surtout pour une gamine facilement effrayée. 
Se relever à heure régulière voir si c'est bon, si ça tient, si demain le spectacle sera complet. 

C'est en arrivant, "en ville", que tu as commencé à entendre les anti-neige la ramener en permanence. Parce que pour conduire, tu ne te rends pas compte, c'est dangereux. 
Tu ne te rends pas compte, oui, c'est certain. Tu t'en fous, c'est un faux problème. 

Tu ne retiendras que ce moment, hier soir, où tu as éteins les lumières pour regarder le ciel rougeoyant et lourd de neige, Les trottoirs vierges, et les voitures, comme des idiotes mal assurées, qui se frayent un passage là où la neige a repris ses droits. 

Peut être qu'il te faudra ralentir ta marche ce matin, sur le chemin du bureau, parce que tu es mal équipée. Mais tu ne risques pas d'avoir froid, avec le souvenir si vif de ton skateboard aux aménagements foireux, de ton enfance sans que la neige manque une seule fois à l'appel. L'hystérie douce de la neige, de la glisse, des nuits sans électricité et des pas qui grincent dans la nuit la plus noire et la plus blanche à la fois. 

Aujourd'hui des conneries vont être dites, tu vas entendre les pro-bagnoles se plaindre d'habiter à la campagne, pauvres petits chats. 

Mais tu resteras bien accrochée au registre imbécile heureuse, aux souvenirs si nombreux et si heureux que tu as de la neige. 

dimanche 12 février 2012

Mauvaise

Facilité déconcertante à créer un climat tendue de violence verbale et de négatif en foudre. 
Avaler des cachetons pour voyager en diazepam.
Dragon aux ailes de plombs qui vole en piqué sur le royaume des cauchemars.
Être tellement fatiguée des groupuscules dijonnais qui pensent avoir la ssecla. L'angoisse des foules, des bandes, des formations de personnes réunies sous le drapeau du mimétisme. 

Il y a de sérieux problèmes concernant les personnes publiques de ton enfance. 
Dimanche dernier, Hélène, cocker AB prod' qui chante des trucs au ralenti et qui s'éclate à sa façon avec "les garçons", ben cette Hélène qui balance à la télé : Je suis extrême. 

Il ne t'en faut pas plus pour l'imaginer en maitresse SM, cuirasse et cravache en train de faire bouffer ses cordes de guitare électrique à son abruti de mec. 

Hélène, ne dis plus jamais ça. 

Hélène, reste dans le registre bonne copine un peu trop empathique qui dit plutôt : mais ne t'inquiète pas, tout va s'arranger, tout s'arrange dans la vie, c'est pour ça que c'est beau...

Ce matin, Whitney Houston, on a carrément un problème. 
Encore ce même truc qu'on va entendre, drogue, excès, sommet de sa gloire et descente aux enfers. 
Lire un journal ça revient vaguement à les lire tous. 

Il y aura forcément un truc "jubilatoire" et une descente aux enfers ou quelqu'un qui "revient de loin". 


1963-2012

vendredi 10 février 2012

Easy Listing #...

_ Longtemps pour te moquer tu as utilisé l'expression "disparue de l'Yonne" comme un adjectif, mais seulement dans l'intimité. Aujourd'hui tu peux le dire, tu t'en fous qu'on te considère comme une connasse.  

_ Les gens qui commencent une phrase par : "tiens c'est rigolo parce que..." sont 1) rarement drôle 2) rarement à propos. 

_ Avoir la grippe est un moyen tout à fait cool d'éviter les bises électriques du grand froid. Quand y a un truc qui fait masse et que tu disjonctes à chaque contact.

_ Garder la souche dans laquelle était planté ton sapin de noël pour en faire un mini tabouret est une idée moisie, d'après ton parquet. 

_ Relire "Sur la route" de Kerouac te donne envie de tout plaquer et de devenir serre-freins pour la Southern Pacific ,rencontrer des dingues un peu partout sur le bord des routes et dans des clubs de be bop.

_ En réalité t'as rien envie de plaquer mais c'est façon de parler. Cette vie sur la route, c'est des kilomètres de rêves, surtout pour une fille qui est de fait interdite de traversée des USA en stop à cause des trucs de mœurs qu'on connait tous. 

_ Tu aimerais maitriser tellement de choses qui sont faites pour glisser entre les doigts de qui veut s'en emparer, c'est une horreur. 

_ Par exemple, maitriser l'art des phrases courtes. 

_ Par exemple.

_ Refiler des textes, paquet de feuilles flippées, à une personne qui ne comprendra surement pas c'est l'angoisse. 

_ Se répéter que cette personne l'a demandé et que par conséquent c'est pas grave, ça ne console pas. 

_ Il y a une animosité décuplée en ce moment. Élections, nianiania.

_ Après avoir vu l'émission sur la Greco dimanche dernier, tu t'es dit que son nez d'origine était carrément mieux que le neuf, et ça lui donnait un chien pas croyable. A son sujet tu es restée perplexe, parce que tu avais dans l'idée qu'elle était une artiste et non un personnage. Avec son ex-nez, elle a perdu son arrogance. 

_  Apprendre qu'il y avait une personne dans R2D2 t'a fichu un coup. Emploi précaire à Hollywood, et ce pour les 6 épisodes de star wars, on achève bien les nains. 

_ La fièvre inspire des délires hallucinés que tu as regardé passer sur le plafond de ta chambre, écran où tu as projeté des éclats de ta folie. 

_ Des morceaux de conversations inventées, qui ne mènent nulle part, qui laissent les mains vides, que tu as déjà oubliées...
_ Quand tu ouvres cette page, le titre du blog apparait en Comic sans MS, la typo la plus pourrie de l'histoire, si ça fait pareil chez vous, pensez à une vilaine ironie du sort. 

_ Tu aimerais partager des extraits de la passionnante relecture de Kerouac dont tu avais tout oublié. 

_ Avec le courage, les mots reviendront. De toute façon, ils reviennent toujours. 

_ Avec les mots, la solitude, celle qui fait partie du pack papier/stylo.



Je n'avais rien d'autre à offrir que ma propre confusion.

jeudi 9 février 2012

Proud to be Pleutre

Il s'est passé un tas de trucs ces jours derniers.
Pour des raisons sociales,tu as vécu ta première séquestration sur ton lieu de travail, peur panique du manifestant qui peut interrompre une réunion décisive.
Une peur que tu n'avais jamais notée auparavant, à part chez les commerçants lors des manif contre le CPE/CNE, on leur a drouillé pas mal de chiffre d'affaires à ce moment là, en gueulant dans les rues que non, pas moyen, ça va pas la tête, et puis quoi encore. 

Note pour toi même : Il y avait alors un culot et un enthousiasme dans la lutte qui a depuis été flingué, on devient à cheval sur une journée de salaire et les étudiants ne font plus tellement de truc quand ils ne sont pas directement concernés. 

Note pour vous même : Discrètement, le CPE a fait place au splendide CUI, qui ne permet aucun agacement social, parce que tu te ramasses un salaire de con à la fin du mois et c'est tout juste si tu réfléchis pas avant de faire une pause pour te retaper la santé quand t'as 39 de fièvre et la voix de Jeanne Moreau.

Enfin, à propos de la séquestration, cette peur a quelque chose de malsain. Vu d'entre les murs, elle a quelque chose de stupide. Tu as eu le temps d'y réfléchir, assourdie par les conneries de lieu commun de tes copains de travail.
Tu étais dans le ventre du vilain monstre, enfermée, avec une seule envie, rejoindre ces personnes si petites vu des fenêtres si grandes sur ton échelle d'estime.
Tu ne t'es jamais autant senti du côté de l'oppresseur, de celui qui nuit à l'autre et qui le fait dans la peur, portes fermées.
"s'il vous plait, n'approchez pas des fenêtres, vous allez les exciter". 
Tout ce spectacle traduit un sérieux problème, si on est sur de soi, pourquoi faire les choses qu'on pense inéluctable dans un tel climat de trouille? 
Et le staff qui se moque des gens qui pestent à -17 degrés de température ressentie... Le staff qui tous les jours ne se fait pas prier pour dévoilée sa Mélenchonnite.

Comme s'il fallait à tout prix être de gôôôche publiquement et se comporter comme un naze quand on a une occasion de l'être vraiment, en tout cas, de montrer une solidarité envers les petits combattants idéalistes. Au lieu de se moquer d'eux, pfff, dans le froid, les cons, et dire qu'en plus, ça ne sert à rien, pfff les cons.  

Là, il est plutôt temps de surjouer sa joie d'être du côté des puissants. Des puissants qui tout de même on puissamment les boules des petites gens en colère.

Là, on se tait, on se moque, on ricane, on n'est pas de droite, pas de gauche, on est à l'intérieur, on a limite chaud et c'est tout ce qui compte. 

Si avec ça on ne finit pas par se manger les uns et les autres. 
Si avec ça on ne finit pas par se haïr en souriant connement. 
Si ça c'est pas une belle réussite du gouvernement actuel. 
On n'a pas fini de se chier sur la gueule. 

Tu n'as pas fini d'être exaspérante de vulgarité. 

lundi 6 février 2012

Le cauchemar de Zelda #Fiction

Nous restons plantées quelques minutes à regarder l’étang impassible. Les eaux stagnantes ça me fout toujours un peu la trouille. Il y a une odeur de feuilles moites, de champignon, de flaques d’eau vaseuse, de forêt quoi. 
Ma mère, les bras croisés, mâchoires serrées. A bloc.
J’ai envie de parler de façon compulsive mais je garde le silence, ouvrant de temps en temps la bouche pour amorcer une phrase qui reste sur mes lèvres. Je me souviens d’être déjà venu ici plus jeune, il y a quinze ans peut être. Le bruissement d’ailes des anges qui passent entre maman et moi me met mal à l’aise. Dans les films romantique, on lance un tube de Damien Rice, les héroïnes se regardent avec une belle tête bien nette made in actor’s studio et ça se termine en ricochets ou je ne sais quelle connerie fédératrice et bien naze. Mais voilà, je ne sais pas faire de ricochet, les miens n’ont qu’un seul et unique point de chute. Au bout d’un moment, je m’entends me racler la gorge. Effet d’annonce.

-        Bon, qu’est ce qu’on fout … ? On y va ?
-        Oui, on va y aller.
-    Tu veux une cigarette?
-    Zelda, je m'en fiche de ta cigarette. 
 
Elle est super bizarre... Ce moment n'est pas vraiment parti pour se finir en finish de Grey's Anatomy.
Ses joues rosies par le froid lui donnent bonne mine mais je remarque à ses yeux bouffis et tristes qu’elle vient de pleurer. Elle est frêle comme un petit oiseau. Je serre sa main, elle est glacée. Son regard dévasté ne semble pas foutu de s’accrocher au mien plus de trois secondes d’affilées. Elle regarde à travers moi. Dans le bleu très clair de ses yeux défaits, je vois une scène de guerre, celle qu’elle se livre à elle-même. Des armes lourdes, des chars d’assaut et des sirènes incessantes. Un chaos qui à peine entrevu disparaît pour laisser la raison reprendre ses droits. 

Dans le silence de ma mère se cache des cris de terreurs, des plaintes enfouies, le hurlement d’une louve. 

Elle s’assied au volant de la voiture de mon grand père, elle démarre en me regardant et tout à coup, la voiture fonce à toute blinde à travers la forêt, des images défilent sans que j’ai le temps d’identifier quoi que ce soit. Le paysage nous avale et ma mère lâche le volant, met ses deux mains devant ses yeux et la vitesse me creuse le ventre, c’est douloureux et d’une violence inouïe. 

Réveillée par mon propre cri, j’ai du mal à me remettre de cette dernière image, je regarde autour de moi, je sens une tension dans mon dos, c’est étrange. Je ne sais plus où je suis pendant quelques secondes. Je me recroqueville dans le lit trempé de sueur et j’écoute le sang cogner mes tempes, le rythme s’emballe malgré mes efforts pour trouver le calme. Avant, le battement du sang, ce bruit sourd étouffé par mon oreiller, me donnait l’impression que quelqu’un montait lentement les marches qui mènent à ma chambre. Là, dans l’appartement d’Elise, il n’y a pas de marche et les battements sont plus denses et plus rapprochés qu’à l’ordinaire. Je suis complètement affolée quand je tombe nez à nez sur mon visage halluciné dans la salle de bain. Je me suis assise dans la baignoire, j’ai laissé l’eau réchauffer mon corps nu jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une seule goutte d’eau chaude. En fumant des cigarettes, assise au bord de la fenêtre, j’ai attendu qu’il fasse jour pour appeler ma mère. 
J’étais sonnée de chez sonnée.
Un cauchemar ça peut être tout et rien, là, c’était juste un truc atroce qui me collait aux basques. L’aube me sauverait de cette crise d’angoisse, tout comme la voix de ma mère, égale, étale.

Ma mère qui devient une image abîmée dans la tête de son père. Je l'imagine, photographie jaune et cornée qui traine dans un coin.
Ma mère qui se fait oublier.
Ma mère qui vit avec ce mauvais délire du père qui part en Alzheimer, et bien en plus.
Méchant et tout. 
Quand je pense à cela, je me chope un cafard à faire peur, des sueurs froides qui me glacent. Ma mère disparaissant au loin, devenant un hologramme, ses contours distendus, son visage flou, sa silhouette comme une tache qui flotte et se dilue dans les eaux troubles de la mémoire de celui qui bientôt ne saura plus rien de nous, d’elle, de lui, de rien.
Pas besoin de lire des Stephen King à la pelle pour flipper comme une merde dans son plumard… Pas besoin de fumer trois barrettes de shit pour se faire un scenario catastrophe quand, de toute façon, la catastrophe est planifiée, attendue. 

C'est parti pour le show des souvenirs qui dégoulinent. C'est parti pour la fin des "tu te souviens, petite". 
Non, je ne me souviens pas. Bientôt, nous ne nous souviendrons plus les uns des autres et ça sera chacun pour sa peau. 
On dit ça, quand on est enfant. 
Chacun pour sa peau.


mercredi 1 février 2012

The kids are not ok

De l'eau très chaude pour calmer le froid de tes veines. 
De l'eau très chaude, tes oreilles immergées écoutent, entendent ton corps qui vit sa vie.
Tes glouglous se mêlent aux voix lointaines de la radio.
La chaleur te prend, par vagues.
Là, déjà, certains sont dégoutés : cette folle qui prend des bains, elle ne pense à rien...
Une nouvelle, une seule, ne tombe pas dans le vide. 
Tu es hébétée, assommée. 
C'est la deuxième fois en 8 jours. Un enfant de huit ans s'est suicidé par pendaison. 
L'enfant a surement croisé des regards aujourd'hui, est-ce qu'il y pensait déjà? 
On ne se pend pas sur un coup de tête. On doit y réfléchir un peu. 
Ses parents, où étaient-ils? Aux clopes? 
Tu te mets à les détester tous. Ils sont écoeurants, parce qu'ils n'ont pas vu. 
Tu le sais, on ne voit pas parce qu'on décide de ne pas voir. 
Les enfants maintenant, se pendent, se jettent sous un train. 
On dit que oui, peut être qu'il était un peu chahuté, peut-être que des camarades n'étaient pas tendres, mais vous voyez... comme le sont les enfants. 
Rien d'alarmant...
Peut être qu'il s'est pendu pour un "ta mère la pute".
Les adultes aiment commenter les actes des enfants, surtout quand ils sont aussi violents, courageux. 
Car c'est courageux de prendre une corde et de faire un putain de noeud. 
C'est courageux de se faire pendre du plafond, on doit bien se douter qu'on se pend et avec soi, tout le monde. Un suicide est souvent interrompu parce qu'on imagine son cercueil et tous les morts vivants autour. On ne va pas leur faire ça, on va vivre pour ne pas leur pourrir la vie. 

Ne pas être un cadavre qui pend, dans la tête des parents. 

Le nez dans leur merde. Vous ne l'avez pas vu venir celle là hein? paf.

Les adultes aiment décréter que, comme il n'y a ni loup, ni tigre, ni crocodile, on ne laissera aucune lumière éclairée dans la nuit de l'enfant. 
Qu'il se demmerde avec son imagination. 
Qu'il s'arrange avec ses angoisses, ça reste un gosse, un foutu gosse... 
On ne va pas payer plus d’électricité pour que ce foutu gosse pionce. 
Là, le gosse, il a tranché net toutes discussions, il a pris sa corde, celle avec laquelle tu t'es étouffée un bon moment hier soir après l'annonce de cette mort, il a mis un terme à tout. 
Le désespoir n'a pas d'âge, le chagrin ne connait pas de hiérarchie. 
Ceux qui pensent que la vie de 0 à 10 ne connait pas de tourment ont vraiment la mémoire courte. 
Une société qui sacrifie ses enfants se prépare un avenir misérable. 

Ce texte est maladroit, parce que son auteur est furieux.
Furieusement peu concerné par le jeu des "adultes". 
Avant de s'inquiéter du nombre de litres d'eau que contient une baignoire, il s'agirait de prendre soin de l'enfance, ne serait-ce que pour rendre un hommage à l'enfant que vous avez été.