Georges

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mercredi 17 octobre 2012

ANTIGONE // Update

Antigone : Que sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra t-elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu’elle fasse elle aussi, jour pour jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? Qui devra t-elle laisser mourir en détournant le regard ? Non, je ne me tairai pas ! Je veux savoir comment je m’y prendrai, moi aussi, pour être heureuse. Tout de suite, puisque c’est tout de suite qu’il faut choisir. Vous dites que c’est si beau la vie. Je veux savoir comment je m’y prendrai pour vivre. Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n’est pas trop exigeant. Moi je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d’un petit morceau si j’ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd’hui, et que cela soit aussi beau que quand j’était petite, ou mourir. 

Jean Anouilh - Antigone

J'avais écrit un texte ce matin, il a disparu.Plus précisement, j'ai merdé en faisant une mauvaise manip'.
Je repense à Antigone parce que je suis dans la relecture de la merveille d'Henri Bauchau Oedipe sur la route
Le texte d'Anouilh est important, exalté, adolescent aussi, peut-être trop, il y a sans doute une limite d'âge pour apprécier ce texte.
Je l'ai lu à 13/14 ans, j'étais pro Antigone et detestais toutes les petites pétasses Ismène. Parce que le temps nous attendrit tous, j'ai mis de l'eau dans mon vin concernant la passivité sage, la tiédeur de la blonde Ismène quand il fût question de donner à ses frères la sépulture qu'on leur interdisait. Créon, l'hybris.
Antigone contre Créon, j'ai longtemps pensé que c'était la relation logique de toutes les jeunesses face à leurs oppresseurs.
C'est certainement un tort, maintenant, il me semble que c'est devenu plus important de se perfectionner en nail art que d'expulser sa colère brute, brutale.

Qu'est ce qu'on devient mièvre, non?

Cette relecture interroge mon rapport à la colère et à l'action, la passivité comme constante
Il manque des Antigone, des personnes qui lèvent le poings, qui se sauvent la nuit pour contredire les ordres iniques.

Le texte d'Anouilh ne vaut pas celui de Sophocle dont la profondeur politique le place à un autre niveau. Pour autant, il compte...
Bon, J. Anouilh est un auteur controversé. Je n'ai pas d'avis sur ses prétendues activités de collabos, retenons Antigone.

Et donc, dans mon article qui a disparu, j'évoquais Bauchau, mort il y a peu, bordel, lis ça : Oedipe sur la route // Antigone  

Et Sophocle. Tout. 











La vie n’est pas ce que tu crois. C’est une eau que les jeunes gens laissent couler sans savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-là. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu’on grignote assis au soleil. la vie c’est un livre qu’on aime, c’est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu’on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison.

Antigone de Jean Anouilh

12 commentaires:

  1. Lire Henri Bauchau de toute urgence. "Oedipe sur la route", "Diotime et les lions", et le délicieux "Les vallées du bonheur profond".

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  2. Tout n'est-il pas déjà contenu chez Sophocle ?

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    1. Bauchau va plus loin... C'est différent. Et ses attributions de psychanalyste donne à son interprétation du mythe quelque chose de supplémentaire.

      Mais oui, s'il ne fallait lire qu'un Antigone, c'est celui de Sophocle qui a ma préférence.
      Anouilh, c'est une lecture adolescente que j'avais trouvé importante alors.

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    2. Et que penser de celle de Brecht ?

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    3. Je ne l'ai pas lue... C'est un conseil?

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    4. Une demande d'avis

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  3. Je susi en train de relire Oedipe sur la route, je pense que je vais enchaî,ner avec les autres.
    J'en parlais ce matin, avant de tout effacer par accident.
    Les grands esprits ...

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  4. Antigone, Bauchau, Sophocle (et même Anouilh), et les loups! Tu me gâtes trop! Tu verras qu'un jour, on se rencontrera dans l'ombre d'une des allées de nos jardins secrets qui se ressemblent tant...

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  5. Que d'implications les oublis supposés de Sophocle n'induisent-ils pas ... Bonne nuitée la cie

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  6. je suis pas sûr de partager ta fascination pour tout ça (mythologie, psychanalyse) mais je la comprends

    je suis bien désolé pour ton texte, peut-être plus que toi ? (^^")


    Personnellement, par exemple, au lycée j'avais eu droit, au bac, à la machine infernale de Cocteau et Electre de Giraudoux. Moi qui aime pas vraiment le théâtre j'ai eu de la chance, parce que j'ai beaucoup aimé travailler ces deux pièces. C'est des bons souvenirs. Et j'aimais bien mes profs, pour une fois...

    À part ça, je t'avoue que quand je lis aujourd'hui, je me restreins un peu (trop ?) aux romans.

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    1. Non, je l'étais vraiment sur le coup, désolée pour mon texte.
      Et puis, il y a des trucs plus importants qui m'échappent actuellement. On a dû passer le bac de Français en même temps, j'ai étudié à cette occasion la machine infernale.
      Une Adaptation de mythe que je trouve fabuleuse : Les mouches, de Sartre.
      je ne sais pas si tu aimes Sartre, il me semble que ça peut te plaire : Les mots, la nausée, les mouches...
      Enfin, je ne sais pas. Fais ce que tu veux.

      Je n'ai pas vraiment de fascination pour la mythologie, juste de l'intérêt pour quelques atrides et quelques labdacides.

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    2. oui, on a du passer notre bac en même temps (j'ai redoublé ma première, en fait...)
      La nausée de Sartre m'a quand même vraiment bien emmerdé, je dois avouer, désolé :/
      je sais pas pourquoi. Je m'attendais à plus euh... d'aphorismes puissants comme chez Céline ? Plus de sincérité, moins de blabla, moins de prétention ? Je sais pas, en tout cas j'en ai pas un bon souvenir, et c'est pour ça que j'ai zappé "les mots" ou "les mouches". Encore une fois, je comprends que ça te plaise

      donc, je suis vraiment désolé pour toi, et compatis. Le peu que j'écris, ça me ferait un très gros mal au cul de le perdre.

      c'est vrai que le mot fascination est un peu fort, je crois que je l'utilise trop...

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