mardi 12 juin 2012

Salir du papier, sauver des minutes

J'ai ouvert de vieux cahiers, lorsque l'écriture était sacrée. 
Je prenais le papier beaucoup trop au sérieux.
Maintenant le naturel s'étale, Les lignes irrégulières se courent après, auto-satisfaites d'un tracé fiévreux.
Je ne sais pas si ce sont mes yeux qui ne se souviennent plus, ou si vraiment nous avons toujours eu cette appétence pour les futilités. 
Montage de rien du tout en épingle, sans cesse. 
Des couvertures entières aux mailles serrées d'ennui que l'on échange contre des précieuses minutes. 
Payer en temps, le goût du vide, la peur de mettre la mécanique au repos et de devenir une âme qui pense. 
Mon cerveau empêtré est las de son empêtrement, il veut stopper le déclin des idées cannibales qui se bouffent entre elles. 
Crues et sans sel.
J'ai ouvert de vieux cahiers. 
Je prenais le papier beaucoup trop au sérieux. 
Au point de ne pas rayer, barrer, effacer. 
Le Tipp-Ex, les effaceurs qui réécrivent sur de la chimie qui fait oublier les erreurs, c'est de la merde. 
Le mieux, c'est de barrer, pour ne pas oublier. 
L'effacement, c'est de la merde. 
Les effaceurs ont inventé la sarbacane à air comprimé, ça s'arrête là.

Mes torchons actuels sont tellement plus authentiques, aucune recherche d'esthétique. 
Aucune.
Oublier jusqu'au respect que je dois aux mots, les laisser sortir comme un tirage de loterie, dans un ordre aléatoire et disgracieux.  
Je distribue une boue, une vase, dans laquelle les crocodiles eux même n'osent pas se perdre. 
Je me fous que ces mots fassent sens. 
La boue, dans ma gorge, qui me fait grimacer, dont tu n'as pas idée. 
Elle est là puis disparaît et je sors de la noyade et je ferme les yeux, je plonge dans ce noir de paupières closes pour capturer la perfection. 
Écran enneigé, le cerveau qui s'épuise en hypothèse d'avenir. 
Les plans sur la comète se substituent les uns aux autres. 
J'ai transformé des mots trop bavards en un bouquet de certitudes. 
La chaleur de son cou, le crissement d'un feutre, les syncopes éblouies des nuits blanches...  

Gâcher du papier, c'est objectivement plus cool que de gâcher des minutes. 
On peut être un piètre vivant et un parfait cadavre. 
Tu sais, ce que j'aimerais, c'est exactement le contraire. 


http://www.flickr.com/photos/rudat/2295338581/

12 commentaires:

  1. Mais tu es exactement le contraire

    RépondreSupprimer
  2. Je m'étais m^me inventé une calligraphie pour que ça fasse plus beau, plus grand siècle! Aujourd'hui, je ne peux plus écrire sur du papier (peut-être à cause du boulot). Comment fais-tu?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis dépendante au geste, comme on dit avec la clope. tu vois, j'écris parfois des pages et des pages de merde, juste pour le geste, l'attachement aussi à la musique de l'écriture sur le papier. Enfin, des conneries de Vieille! :D Même dans un cadre pro, j'écris. J'ai toujours besoin de dessiner, schématiser, colorier... Ce qui revient pour le coup à des habitudes de gamine!

      Supprimer
  3. "j'écris des pages et des pages de merde"
    Oui je confirme !!!
    Ellian

    RépondreSupprimer
  4. Tant que l'encre ne refuse pas le papier

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. tout ça se dompte assez bien.

      Supprimer
    2. http://www.youtube.com/watch?v=BU-vNpmjfsI

      Supprimer
  5. récemment, de mon côté, je me rends compte que je n'arrive plus à écrire ailleurs que sur du papier...
    et donc, je me mets en retard sur mes plans D:
    j'aime beaucoup ce texte, il y a beaucoup de ta vérité là-dedans, et pour une fois, ça me dérange pas
    :p :p :p

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais... il ne peut vraiment pas s'en empêcher... :D
      Merci beaucoup.

      Supprimer
    2. yé fé un poquito exprés aussi
      :p :p

      Supprimer