Georges

Georges

mercredi 9 mai 2012

Nothing but silence

Je cours après un bus.
Je ressemble à toutes les filles qui vont au bureau avec des carottes râpées sous plastoc pour un pique-nique solitaire.

J'écoute Wilco, je me sens bien, la pluie sur le visage, je me sens bien.

Tout change lorsqu'on prend le parti de ne plus croiser dans les rues des livres ouverts mais des pages blanches.
Des pages blanches qui supplient. Qui veulent de la romance, de la brutalité, qui attendent d'être froissées, lissées, considérées.

J'ai du mal à adhérer à cette réalité proposée. Celle du moment. Je développe un autisme de confort pour éviter l'excès de bile.
Le bus roule, plein d'étudiants avec des casques, le nouveau signe extérieur de richesse.

Chacun dans sa tête, dans ses trucs.
J'écoute Wilco et je regarde une fille qui appelle sa mère, j'écoute un peu moins Wilco pour écouter la fille, j'imagine qu'elle ne va pas tarder à faire des reproches, parce que c'est ce que font les filles à leurs mères bien souvent. Je met la musique plus fort parce que c'est une fille bien et qu'elle lui fout la paix à sa mère.

Sur le mur gris, lavé de pluie, je lis NÏKÏTA en lettres rouges.
Ce mot m'évoque une impératrice sauvage et incomprise.
Je lui dessine un palais où murmure la conspiration.
Elle a des crocs acérés et les vêtements en lambeaux d'une guerrière animale.
J'écris dans ma tête, l'histoire d'une princesse en guerre contre des hologrammes en sapes cyber punk.
Ses lèvres rouge sang qui embrassent l'ennemi, à mort.
Au sol, les cigarettes cerclées de rouge à lèvres cheap me parlent de putes et de voix éraillées.

Dans mon cerveau, des fulgurances, des envolées poétiques, du vide qui côtoie des préoccupations graves recouvertes d'un mouchoir propre.
Et mon imagination qui m'emmène ailleurs, encore. Qui ne veut ni voir, ni entendre ce qu'elle sait déjà.
Les croix gammées mal dessinées et l'ex-président traité de PD ça fait beaucoup trop de stupidités à la fois.

Que la Grèce reste encore celle de la révolte d'Antigone, la digne errance d’œdipe, la colère d'Electre.

L'Espagne est égale aux 3/4 de mon sang ajouté à la totalité du sien.
Les crises sont trop commentées, mal commentées.
Je ne veux pas prendre part à ce que je considère comme un brouhaha vaniteux et stérile.

La gauche inhibée qui ne sait plus s'autoriser l'espoir et la joie me rend triste.

Or, je suis fatiguée d'être triste, incapable d'indifférence, je ne peux que me rabattre sur un monde de pages blanches.

  

6 commentaires:

  1. DArk....
    Wilco, t'as raison, ça tabasse !!

    c'est un beau défi un monde de pages blanches....

    Jacques, lecteur enthousiaste.

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  2. Très beau billet... il y a des résonances en moi en lisant certains mots...

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  3. Merci Jacques! Wilco c'est cool oui.

    Pascaline : Merci à toi. Je suis contente/rassurée de voir qu'on peut se retrouver dans cet état d'esprit.

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  4. "des préoccupations graves recouvertes d'un mouchoir propre"
    oui, oui, oui, ça parle si fort

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  5. J'aime bien cette idée de page blanche. Elle va plus loin que la simple idée de couverture, dans un monde peuplé de fantômes.

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  6. Nicolas DR : C'est tout à fait ce que je vois là où je ne veux pas regarder ;)

    Nicolas R: Moi aussi je l'aime bien parce qu'elle est positive, je crois.

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