Georges

Georges

samedi 12 mai 2012

Anonyme

La roulette de ma souris glisse sur des photos de chat, et voilà mes 8 ans, qui tortillent du cul.
Dans mon ventre résonne un rire haut perché, une cascade glacée.
La fraicheur m'éclabousse et je plisse mes paupières, comme pour me souvenir un peu mieux. 

Dans la rue, la comédie de vie se joue gratos et j'ai le champ large pour me raconter des trucs. 
Je la regarde de haut, au sens propre, je snaïpe depuis un perchoir improvisé.
Lui, Elle, Eux, Tous, je les écris. Fascinants de virginité, de vide à remplir. 
Des pages de toutes les couleurs. Tu sais. 

Le passant, le poseur, le flamant rose qui cherche dans son sac, des confidences de copines, des brochettes de quatre.
La jeune fille qui attend, trop habillée pour cette chaleur, le vieil homme à la couche qui m'attriste, l'enfant qui veut grandir trop vite, les pigeons qui pigeonnent à mort, une frite, une miette. 
Un festin de restes.

Des looks inspirés, réussis et foirés. Imprimés dégueulasses, jupes trop courtes, trop longues ou parfaites.
Les cheveux des filles qui roulent sur les nuques dégagées, l'air qui remet des mèches dans un savant bordel. 
Toutes ces vies qui se croisent dans un désordre "terrible, cruel, captivant".

Un vieil homme, un autre, s'appuie sur le mur, s'arrête un instant et respire, se reprend, avant de continuer sa marche. 
ça me chavire, je reçois sa fatigue comme une gifle, je l'attrape, ça y est,  j'ai la vieillesse, la nostalgie.
Mais il repart et l'espoir aussi. 
Les fragilités s'accrochent à moi, virales, je les chope.

Je deviens les clochards qui puent, les obèses qui suent, les femmes qui pleurent derrière des lunettes noires et les vieilles dames qui chutent en riant qu'elles n'ont rien, que ça ira, en riant qu'elles sont bêtes, qu'elles n'ont pas fait gaffe, en riant pour ne pas pleurer. 

Je suis les gens aux perruques de travers, aux haleines de chiens, je suis des bas filés et des racines blanches, du noir sous les ongles qu'on veut absolument cacher.
La dent unique d'une bouche qui sent l'alcool. 

L'impression d'attraper la honte, le malaise et la peur en quelques secondes, m'en débarrasser plus tard, auprès des miens. 
Redevenir perméable et si possible forte. 

Parce que je n'ai rien de tout ça, je suis juste une mateuse qui se raconte trop d'histoire.
Juste une fille sans drame qui s'approprie des plaies avant de les reposer là où elle les a prises.

La personne insignifiante assise et impassible à la terrasse d'un café qui capture des moments pour plus tard, un jour. Cette fille dont tu ne te méfies pas. Je suis celle là.

Cette fille qui écrit, avec ou sans arme.  










8 commentaires:

  1. Tu les aimes vraiment, ces pages blanches ! elles aussi sont anonymes. Elles forment par l'écriture un univers concret et finalement, tu es comme le témoin d'une époque, vue sous le prisme d'un regard. C'est grand.

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  2. J'aime.
    Ouvre l'oeil : c'est la vie qui passe.

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  3. Le spectacle de ton monde ressemble étrangement au mien.

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  4. L'un des plus beaux poèmes que j'ai lu sur ce blog, empreint de fragilité et de sincérité. Des mots simples pour décrire les maux d'une humanité.
    Je ne sais comment l'expliquer, mais ton texte m'a fait quelque chose, un truc indescriptible comme tous les sentiments d'ailleurs...

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  5. Nicolas : Ben oui.. tu vois, c'est ma période.

    Anne : Merci, contente que ce texte te plaise. J'ouvre l'oeil, pas de doute.

    Calyste : je m'en étais aperçue... :)

    Pass : Merci pour le son.

    Anonyme (éponyme !) : Merci de me lire et de ton commentaire sur ce texte. Fragilité et sincérité : ça me va!

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  6. j'adore ton texte Georges !

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  7. S'approprier des plaies avant de les reposer là où on les a prises, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres ; le drame

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