Georges

Georges

lundi 9 avril 2012

Deuil

Il y a eu cette messe glacée, avant le jour de pâques, pour dire adieu. 
La journée à 700 km. 
Réchauffée par des sourires et des bras, des yeux qui se plissent et qui aiment comme on s'aime après une messe glacée, pour dire adieu. 
Envier ceux qui croient, ceux qui savent qu'après, on se retrouve, que c'est prévu, que la maison du seigneur a une place pour nous. Les envier, parce qu'on ne sent que le froid, et une envie de rire des battements d'ailes d'un pigeon pris au piège de l'église. 

Un recueillement difficile sur fond de psaume 102 chanté auquel je ne comprends pas un mot. 

Émue par la voix des vivants qui disent tout et plus. Des témoignages, des voix qui tremblent, la gorge chargée de souvenirs en rafale. C'est ce que je m'imagine.

le bonheur passé qui étouffe. Le bonheur futur dont on n'a pas idée. Pas encore. Assommé par le manque.  
Une envie de rire parce qu'aimer c'est aussi rire. 
Rire pour ceux qui n'arrivent qu'à pleurer, et je les comprends, et je sais tellement ce qu'ils ont dans le ventre. 

Vivre avec puissance et dignité pour rendre hommage à nos morts.

Vivre avec fureur, riche de nos morts.

Nous leur devons des gloussements qu'ils ne peuvent plus se permettre. Et les colères et les photos pleines de dents. L'amour.
Aimer pour eux, et avec une ferveur immense, les couleurs de la vie, de la nature et des sentiments. 

Road trip, le temps devant soi pour s'étaler positivement sur nos vies. Se souvenir que nous sommes si proches, la route qui défile comme un film nostalgique et l'éclat de nos voix qui aimeraient tout se dire pendant ce laps de temps.
Il en reste encore et c'est bien. Des choses à dire à faire, le monde au bulldozer et les idéalismes qui se rencontrent.

Et les yeux qui ne peuvent pas se taire, qui parlent, et qui parlent.
La nostalgie qui se décline en perspectives d'avenir. Ensemble.
L'enfance, cette enfance là en particulier, celle des querelles bidons et de l'amour vrai que je reçois comme un shoot de tendresse pure, pas coupée à l'eau. 

Les yeux savent mieux que nous ce que nous ressentons.Quand on est tous un peu las des discours et des chichis, on peut les laisser conduire, ils savent. Les yeux. 

A force de se perdre et de se retrouver.

On s'aime comme des perdus, on ne leurre personne.


13 commentaires:

  1. Très touchée par ces lignes.
    Bises de réconfort (si réconfort possible) à toi.

    RépondreSupprimer
  2. Merci la plume.
    Réconfort possible, parce que bien sûr c'est la vie qui l'emporte.

    RépondreSupprimer
  3. Voir maintenant la vie avec les yeux de ceux qui ne sont plus...Est une manière d'avoir plusieurs vies en soi.
    (Attention au surplus d’énergie quand les expériences se multiplient :)

    RépondreSupprimer
  4. ObiwineJJ : oui, c'est comme ça que je le vois et c'est vrai que pour quelques instants, tous les soucis deviennent totalement futiles.
    Seule compte la vie.
    Merci pour ce commentaire!

    RépondreSupprimer
  5. C'est toujours banal de dire que c'est un beau texte, mais c'en est un. Et plus encore les émotions que tu laisses transparaître. Tu as raison: il faut vivre, pour eux aussi. J'ai autour de moi plusieurs personnes handicapées. Je n'ai jamais couru sans, à un moment, penser à eux.

    RépondreSupprimer
  6. C'est peut être comme ça qu'on se console de ne pas croire à un "après" ouaté et indolore. Ou alors on mélange les deux. Merci Calyste. C'est un texte comme d'habitude très spontané, j'ai hésité à le partager et je ne regrette pas.

    RépondreSupprimer
  7. Difficile......
    Tellement de circonstance...
    le lendemain de la publication de ton texte, je mangeais 300 bornes pour la même raison...

    Sentiments partagés...

    Un putain de malaise...

    Vouloir faire bouffer la soutane à cet étranger qui singe la compassion en glorifiant une personne qu'il n'a pas connu... et Vouloir gueuler que c'est bon maintenant, on arrête de jouer, on sort de sa cachette en sapin et on boit un verre ensemble...

    Difficile, tout seul dans la voiture, de ne pas mettre le pieds dedans sur l'autoroute et rouler comme un perdu pour rattraper quoi? rien! avec DevilDriver ( nom de groupe de circonstance!) qui gueule dans l'habitacle...

    merci pour ce texte...

    pensée à mon héros... mon grand père... même si ça fait 8 ans 1/2, l'enterrement de mardi est un de plus qui me rappelle ce jour de fin novembre...

    la bise...

    RépondreSupprimer
  8. Isabelle Courbet21 avril 2012 à 14:17

    Encore un sublime texte plein de vrai.
    Merci Georges !
    Bises tokoïtes pleines de dents.

    RépondreSupprimer
  9. Merci à toi Isabelle :) Hello de Dijon (c'est moins exotique)

    RépondreSupprimer