Georges

Georges

mardi 14 février 2012

Vive la neige!

Il a neigé et le sol est blanc. 
Toujours se bousculent des souvenirs de ton enfance dans un village où elle avait le droit de tenir, on la laissait. 
Le bus ne passait pas, on se gardait tout seul avec les autres enfants. 
La neige était partout, et bien avec ça, on ne pouvait pas se souvenir du bitume. 

Sur une grande rue qui descendait près de chez toi, la neige damée par le passage des rares voitures offrait une incroyable piste pour que nous fassions tout ce que font les enfants dans la neige : les cons. 
Tu avais un skate auquel tu as enlevé trucks et roues pour en faire un snowboard du pauvre. 
Des sensations de glisse innocentes et sans forfait. 
On se tire la bourre pour remonter la pente et la redescendre à fond, les adultes qui passent nous lancent des regards plutôt complices, ils ont eu cette enfance, elle les tiraille un peu, devant tout ce blanc, ils se glisseraient bien dans nos luges pour montrer qui est le patron. 
Une année, il y a eu de la neige très tôt, en novembre, et beaucoup. Nous n'avions plus d’électricité, on ne voyait rien à 10 centimètres devant nous. 
Ce jour là, les pas de ton frère et les tiens, sur cette épaisse couche de neige, vos souffles froids, étaient tout ce qu'on pouvait entendre. Les bruits habituels étouffés par la neige partout et cette nuit si particulière, sans éclairage public. 
Un ciel chargé et bas, si lumineux lorsque tu le regardais, le cou tordu, la tête lourde penchée en arrière. 
Peut être cette nuit là, alors que ton frère te tenait la main, et c'était rare, que ton père marchait devant, pour nous rassurer, ta nature peureuse était engourdie par ton amour de la neige. 
L'amour des circonstances exceptionnelles.
Des plans bougies et sacs en plastique dans les après ski.
Le noir n'avait plus d'importance, d'ailleurs, quel noir? Seul existait les flocons gobés à la volée, le manteau épais, les pas qui grincent, la neige. 
Tu associes toujours la neige à ce souvenir, celui des jeux, mais plus précisément le souvenir de cette nuit, de ce silence si précieux et si précis. 
Le silence de la neige, de la nuit sans lumière. 
L'odeur d'anniversaire des bougies soufflées, les repas sur le pouce avec trois fois rien. 
La nuit révélée dans ce qu'elle a de plus beau, surtout pour une gamine facilement effrayée. 
Se relever à heure régulière voir si c'est bon, si ça tient, si demain le spectacle sera complet. 

C'est en arrivant, "en ville", que tu as commencé à entendre les anti-neige la ramener en permanence. Parce que pour conduire, tu ne te rends pas compte, c'est dangereux. 
Tu ne te rends pas compte, oui, c'est certain. Tu t'en fous, c'est un faux problème. 

Tu ne retiendras que ce moment, hier soir, où tu as éteins les lumières pour regarder le ciel rougeoyant et lourd de neige, Les trottoirs vierges, et les voitures, comme des idiotes mal assurées, qui se frayent un passage là où la neige a repris ses droits. 

Peut être qu'il te faudra ralentir ta marche ce matin, sur le chemin du bureau, parce que tu es mal équipée. Mais tu ne risques pas d'avoir froid, avec le souvenir si vif de ton skateboard aux aménagements foireux, de ton enfance sans que la neige manque une seule fois à l'appel. L'hystérie douce de la neige, de la glisse, des nuits sans électricité et des pas qui grincent dans la nuit la plus noire et la plus blanche à la fois. 

Aujourd'hui des conneries vont être dites, tu vas entendre les pro-bagnoles se plaindre d'habiter à la campagne, pauvres petits chats. 

Mais tu resteras bien accrochée au registre imbécile heureuse, aux souvenirs si nombreux et si heureux que tu as de la neige. 

12 commentaires:

  1. Mais tu sais, il n'y a pas que les adultes pour être rabat-joie. J'ai souvenir d'une gamine de mon âge qui m'avait dit, alors que j'étais heureux de toute cette neige qui tombait : "Comment peux-tu te réjouir alors qu'il y a des gens dehors !"
    Comme si c'était la neige le problème !
    Bref. J'aime toujours autant ça, même si à Paris c'est plutôt rare.

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  2. Magnifique! J'adhère! Ce matin, quand j'ai ouvert mes volets, elle était là. Ça suffit pour me mettre de bonne humeur.

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  3. On les repère assez bien, je trouve, ces faux enfants, suppôts des adultes. A Dijon aussi c'est rare, alors, il faut battre la neige lorsqu'elle est fraiche, et c'est magnifique! Comme tu le sais, bien sur.

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  4. Calyste: C'était une surprise pour moi, j'ai regardé par la fenêtre en ayant raté le début, c'était tellement beau, la neige intacte et le reste autour tellement gauche.
    C'est évident, Calyste, que tu fasses partie du camp "pro neige" ;)

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  5. Je me suis toujours demandée pourquoi la neige, les premiers flocons, ça nous excite tellement. Pas un flocon ici cette année, mes années de Centre-Bretagne sous 40 cm me manquent !
    Les sacs à gravats aussi ça fait des super luges.

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  6. La plume : Tout le monde ne ressent pas cela, je trouve d'ailleurs que c'est une excellente question pour un premier rendez vous :
    tu aimes la neige??
    NON.
    Aïe...

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  7. Elle a bien vite fondu, la neige. Aussi, ça m'arrange à cause du scoot. L'année dernière, suis tombé tout cabossé (moi cabossé, le scoot on s'en fout) alors, bon. Sinon, oui, la neige, oui.

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  8. Ah oui, la luge à Paris c'est surement pas pratique, tu dois mettre longtemps pour aller du point A au point B.
    Bon, l'essentiel c'est que tu sois entier, bien sûr!

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  9. ça, c'est de l'hommage à la neige.
    8) la classe, j'aime beaucoup

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