Georges

Georges

mercredi 1 février 2012

The kids are not ok

De l'eau très chaude pour calmer le froid de tes veines. 
De l'eau très chaude, tes oreilles immergées écoutent, entendent ton corps qui vit sa vie.
Tes glouglous se mêlent aux voix lointaines de la radio.
La chaleur te prend, par vagues.
Là, déjà, certains sont dégoutés : cette folle qui prend des bains, elle ne pense à rien...
Une nouvelle, une seule, ne tombe pas dans le vide. 
Tu es hébétée, assommée. 
C'est la deuxième fois en 8 jours. Un enfant de huit ans s'est suicidé par pendaison. 
L'enfant a surement croisé des regards aujourd'hui, est-ce qu'il y pensait déjà? 
On ne se pend pas sur un coup de tête. On doit y réfléchir un peu. 
Ses parents, où étaient-ils? Aux clopes? 
Tu te mets à les détester tous. Ils sont écoeurants, parce qu'ils n'ont pas vu. 
Tu le sais, on ne voit pas parce qu'on décide de ne pas voir. 
Les enfants maintenant, se pendent, se jettent sous un train. 
On dit que oui, peut être qu'il était un peu chahuté, peut-être que des camarades n'étaient pas tendres, mais vous voyez... comme le sont les enfants. 
Rien d'alarmant...
Peut être qu'il s'est pendu pour un "ta mère la pute".
Les adultes aiment commenter les actes des enfants, surtout quand ils sont aussi violents, courageux. 
Car c'est courageux de prendre une corde et de faire un putain de noeud. 
C'est courageux de se faire pendre du plafond, on doit bien se douter qu'on se pend et avec soi, tout le monde. Un suicide est souvent interrompu parce qu'on imagine son cercueil et tous les morts vivants autour. On ne va pas leur faire ça, on va vivre pour ne pas leur pourrir la vie. 

Ne pas être un cadavre qui pend, dans la tête des parents. 

Le nez dans leur merde. Vous ne l'avez pas vu venir celle là hein? paf.

Les adultes aiment décréter que, comme il n'y a ni loup, ni tigre, ni crocodile, on ne laissera aucune lumière éclairée dans la nuit de l'enfant. 
Qu'il se demmerde avec son imagination. 
Qu'il s'arrange avec ses angoisses, ça reste un gosse, un foutu gosse... 
On ne va pas payer plus d’électricité pour que ce foutu gosse pionce. 
Là, le gosse, il a tranché net toutes discussions, il a pris sa corde, celle avec laquelle tu t'es étouffée un bon moment hier soir après l'annonce de cette mort, il a mis un terme à tout. 
Le désespoir n'a pas d'âge, le chagrin ne connait pas de hiérarchie. 
Ceux qui pensent que la vie de 0 à 10 ne connait pas de tourment ont vraiment la mémoire courte. 
Une société qui sacrifie ses enfants se prépare un avenir misérable. 

Ce texte est maladroit, parce que son auteur est furieux.
Furieusement peu concerné par le jeu des "adultes". 
Avant de s'inquiéter du nombre de litres d'eau que contient une baignoire, il s'agirait de prendre soin de l'enfance, ne serait-ce que pour rendre un hommage à l'enfant que vous avez été. 


7 commentaires:

  1. Salut Georges,

    Ce texte n'est pas maladroit, crois moi !!! Ce texte c'est la vie, et malheureusement dans ce cas, c'est la fin de la vie. Ce texte est furieux !!! Ce texte il est beau car pour ma part il est vrai, malheureusement il y a eu trois pendus de trop dans ma vie, enfin dans la vie de famille ...
    Georges, tu as quelque chose en toi de fragile qui fait naitre ces textes, ce texte, qui m'a tiré quelques larmes, qui m'ont rappelées que j'étais bel et bien en vie comme les de gens que j'aime et qu'il faut se battre pour ça continue.
    Je permet un "je t'embrasse" sincère et affectueux.
    -Eus

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  2. Mon ami-frère d'enfance s'est pendu, nous avions 23 ans. Je l'ai trouvé derrière sa porte. Lui n'avait jamais su entrer dans le monde adulte. Par son geste, il m'a sauvé et j'ai refusé à jamais ce monde adulte.

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  3. +1 "je t'embrasse".
    Et vlan, dans la gueule.
    J'ai lu ce texte deux fois, la deuxième à voix haute pour voir comment ça ferait si c'était ça que j'entendais sur France-Inter le matin. Putain, ça les vaut.
    Pendu à huit ans, tu le crois pas…
    À quarante, non plus, remarque, mais bon.

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  4. TAAS : La semaine dernière une petite de 10 ans, puis, un gosse de 12 ans... Bref, on bat tous les records de suicide d'enfants. ça me chavire, pas uniquement parce que ce sont des enfants, mais parce que je comprends ou crois comprendre et ça me fout hors de moi. Je te remercie pour ton commentaire et toutes tes contributions sympathiques sur FB. Et hop, je t'embrasse :)

    Calyste : Familièrement, je dirais que nous nous sommes "reniflés" l'un et l'autre comme des récalcitrants au monde adulte avec tout ce qu'il comporte de mocheté.
    Ce qui ne veut pas dire aimer Disneyland, mais je sais que tu comprends ce que je veux dire. Je t'embrasse.

    Nicolas : C'est vrai que c'est un geste invraisemblable, peu importe l'âge. Mais là, cet enchainement malheureux, 11 gosses en un mois, c'est vraiment la gerbe, parce que ça passe après le froid sibérien, ça passe après les coups de pute de campagne.
    Et je suis certaine que je lirai bientôt ici ou là qu'il était pas tranquille, qu'il a copié une autre gamine à la télé. On ne dira jamais que l'enfance est tout simplement seule et que tout le monde foire avec les mômes.
    Bien entendu, toi aussi, je t'embrasse.

    Je ne relis pas ... excusez moi tous les trois si j'ai écris de la merde. Retenez que je vous embrasse :)

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  5. Moi aussi je suis bouleversée par ce désespoir , cette jeunesse, petite enfance mal au point d'en finir ...Ce texte m'a encore une fois émue aux larmes mais je sais que derrière ses larmes se cachent aussi une maman.
    Certainement un des parents que tu décris ... Je souhaite à tous du fond du coeur le bonheur et la difficulté d'être parents, c'est je pense le seul moyen de pardonner un peu...
    Cela n'apaisera pas cette violence, ce chagrin devant ces enfants qui souffrent mais je ne peux m'empêcher ne connaissant pas les parents d'être respectueuse de leur chagrin et de la culpabilité qui ne sont pas prêt de voir s'apaiser si il arrive à vivre après...
    Je t'embrasse tendrement en me disant que j'ai surement encore dit des bêtises mais avec tout mon amour maladroit...

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  6. Je pense que je perds la raison quand il s'agit de nouvelles de ce style, les parents, je suis bien navrée pour eux, c'est sur, mais on ne laisse pas un enfant de 8 ans seul aussi longtemps qu'il faut pour se pendre.
    Mais je ne suis pas mère, donc sans doute que je ne comprends pas. Je t'embrasse.

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