Georges

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mardi 10 janvier 2012

Etirer le temps

C'est  joli, entre les bâtiments, les morceaux du ciel de nuit qui cèdent la place à l'autre, plus clair dans le nuancier. 
C'est une huile de Rothko.

Tu suis l'homme au chapeau en t'étourdissant devant la beauté simple d'un quotidien que tu t'appropries. 

Alors que demain, entre deux partiels, il y a révision des pourcentages. Règle de trois... tu ne seras pas de la fête. 

Tu penses avec calme et raison à ce que tu ne peux pas t'offrir. 

Tu t'habitues à cette marche quotidienne et à tous les bienfaits qu'elle t'apporte, tu tires sur tes muscles, étires ta jambe, la lances loin devant. Ton regard jamais dans le vide. 

Tu étires le moment entre ici et là bas. 
Tu étires le mouvement dans l'aube camaïeu. 

Là bas, on utilise des mots obsolètes, on s'amuse à être drôle, on ne l'est pas vraiment, on y a pensé avant, on s'est dit, il faudra que je la fasse, tiens, celle là, au bureau. 

Là bas, ça parle de pourcentages aussi, ça parle de valoir le coup. Ah ben non, 30% ça ne vaut pas le coup. Non, non. 
Tu entends dire : les chinetok... tu ne sais pas comment l'écrire mais tu enregistres. 
Tu souris, tu es leur ange, tu es l'assistante, tu es la jeune fille aux grands sourires et aux grands yeux qui ne dit jamais non, qui va voir, qui va faire son possible. 
Ils n'entendent pas, non, que tu joues dans ta tête de la guitare électrique avec des bris de verre. Que tu satures des amplis et que tu pousses le son à la limite du malsain en souriant dans la rue. 

Ils n'imaginent pas que tu es un peu louve, ils ne savent pas que l'ange est armé jusqu'aux dents. 

Ils ne savent pas que tu es comme le ciel du matin, entre deux couleurs tranchées tu as tendu ton fil. 

En funambule tu veux aujourd'hui célébrer la vie. 

Aimer la pluie, la gadoue, le réchauffement climatique, les coquelicots de Janvier qui n'ont rien à foutre là. 
Mettre de côté le fusil et les balles.
Pour une journée, s'attacher à l'importance, simple, d'être vivante. 
Pas juste de la viande qui pense. Plus encore. 
Animal poétique échappé du zoo. 
Juste, pour une journée, mettre de côté le fusil et les balles. 

Il sera temps, encore, de se bouffer la rate demain....

8 commentaires:

  1. Très joli texte. La photo s'accorde merveilleusement bien. BIses

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  2. Merci. Une huile de Rothko du coup.
    Bises.

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  3. Mieux, c'est aussi reposant

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  4. Ce ne sont pas des coquelicots mais des pavots de chépakoi, pas de panique, ça pousse l'hiver ...
    Juste une mise au point !

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  5. Les Chinetoques (si j'en crois Audiard). Bravo pour ce texte épatant. demain, matin je prends la même résolution et je range #tagueulecon pendant au moins une heure

    (mot d'entrée millity…)

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  6. Comme tu l'as vu cette émerveillement n'a pas été long. Mais il faut s'y attacher. Ne pas se foutre en l'air des minutes possibles de relatifs bonheurs pour des cons.
    Bon courage pour ta paix d'une heure:)

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