Georges

Georges

mardi 1 novembre 2011

cimetière

Hier, bonbecs et citrouille, rires d'enfant aux moustaches dégoulinantes et aux déguisements mal ajustés. 

Aujourd'hui, cimetière, Novembre et chrysanthèmes, mine contrite de rigueur pour qui se prête à l'exercice du fleurissement des tombes. 

Calendrier Schizophrène. 

Tu aimais beaucoup les cimetières, gamine, quand tu n'avais pas de morts.

C'est surement par ennui que tu as mis les pieds dans un cimetière pour la première fois et c'était dans un petit village de haute-Saône que tu as follement aimé le jour où tu l'as quitté. 
Il y avait un tabou autour du cimetière, de la mort, si tu y es entré c'est dans un premier temps parce que tu croyais ça interdit. 

Tu imaginais que c'était comme un hôpital, qu'il fallait avoir la dépouille de quelqu'un à y voir pour y pénétrer. 
Comme, déjà, tu t'emmerdais pas vraiment avec les autorisations, c'est devenu ton endroit préféré. Tu y regardais les photos sur les tombes, les noms, tu faisais des liens entre telle et telle personne. 
Tu racontais des histoire à tes morts préférés, tu leur chantais des chansons.

Lorsque tu rencontrais une personne qui venait là pour autre chose que de l'ennui, tu te sentais mal à l'aise, fin des conversations imaginaires avec les pierres tombales, tu tirais la gueule vite fait et voilà. 

Avec tes parents tu as vendu des chrysanthèmes sur la place de l'église à l'entrée du cimetière, c'était bizarre, il ne fallait pas être de trop bonne humeur. Tu ne comprenais pas pourquoi, parce que tu n'avais pas de morts à chérir,à fleurir. 
Tu es venu passer du temps au cimetière parce que tu t'es lassée d'essayer d'attraper des flocons de neige dans ta bouche,de faire de la soupe à la terre et de cramer des insectes à la loupe. 

Depuis, des cimetières se sont remplis de morts que tu aimais, et tu t'es mise à trouver ça grotesque d'aller au cimetière. Les fleurs, le marbre... C'est tellement des conneries. 
Quand tu penses aux gens qui t'ont quittée, tu ris, parce que tu penses à leurs belles dents blanches qui te sourient, à la vie en eux, tu les entends et tu les vois, ils ne sont pas là, dans des boites rangées par ordre d'arrivée. 

Ils ne sont pas là, dans leurs habits du dimanche, ils sont en toi, ils sont un feu. 

Ton feu sacré. 



17 commentaires:

  1. plus réaliste que la réalité, touchez coulez georgy!
    enfant je n'avais pas peur d'y aller, maintenant je redoute cet instant.
    le moindre rendez vous manqué et c'est la culpabilité.
    un dernier hommage, quelques fleurs, un mouchoir humide et la tete ailleurs entre souvenirs tristes et résignation ...
    le cimetière, l'endroit de toutes les curiosités, enfant ; et celui des regrets une fois adulte!

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  2. Pour fêter les morts, je le tiens d'un consacré (laïc comme il faut), c'est demain.
    Aujourd'hui seuls les saints devraient se célébrer.
    Dans l'attente
    http://www.youtube.com/watch?v=L6GzVCYqoyY
    Question qui n'a rienvoir, mais j'ai aussi une conscience politique: Georges, pourquoi causeurs.com a-t-il disparu de la liste des favs. ?

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  3. causeurs.fr, comme il se doigt

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  4. Lalou, ben moi, adulte, ça ne me plait pas, ça ne me rend pas plus triste non plus, je n'ai pas besoin d'être confrontée à du marbre ou je ne sais quoi pour penser à eux.

    Anonyme: C'est pas aujourd'hui le truc des fleurs?
    Merci pour le morceau, le clip est cool.
    Pour causeur, je n'y suis pas si souvent que ça.
    Toutes mes sources d'actualités sont virées d'ailleurs.

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  5. Moi aussi, ma mère a vendu des fleurs devant les cimetières. Et moi, je portais les pots sur les tombes, quand on voulait bien de moi. Mais j'étais tellement timide que je n'ai jamais gagné grand chose.
    Rien à dire sur les cimetières: tu sais déjà tout ce que j'en ai écrit.

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  6. Le 'clip' est une désolation absolue;
    Pas si souvent sur "causeurs", c'est encore beaucoup.
    Pour le reste, s'y tenir, comme dit l'autre. Les objectifs avant tout.
    Vous écrivez ailleurs que sur un blog, c'est admirable - continuez
    Sinon, le truc des fleurs, c'est quand on veut, pas vrai ?
    http://www.youtube.com/watch?v=GP9BBUK7LvA

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  7. Je n'ai pas de chanson à te proposer, pas de clip à te faire découvrir, je voulais juste te dire que j'aime...
    Malena.

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  8. C'est pour moi un souvenir de pratique presque exclusivement féminine : je faisais la tournée des cimetières avec ma grand-mère et ma mère, le coffre chargé de fleurs dont le choix et la distribution n'excluaient pas un certain calcul... On me parlait de ces gens qui, pour certains, m'avaient connus, s'étaient réjouis de ma naissance, mais qui ne m'évoquaient rien ou si peu : tout le problème des "enfants de vieux"... Ce n'était pas angoissant, non, et certains cimetières étaient très jolis ; j'appréciais les vieilles tombes qui s'enfonçaient dans le sol, qui se fendaient, mais les vraies questions étaient ailleurs : combien de temps étais-je supposé garder sur mon visage cet air inspiré avant de penser à autre chose, avant de me mettre à marcher vite (courir était interdit) pour faire chanter les graviers ?
    J'aime beaucoup ton texte.

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  9. Malena, Le fait que tu me laisses un commentaire me rend tellement heureuse, les chansons et les clips sont sympas, mais tu me fait découvrir tellement plus que ça. LOVE.

    Christophe: J'ai également eu droit à ce genre de commentaire, ma grand mère me disant "c'est mon papa" en me montrant une tombe, que dire... surtout quand on ne comprends pas ce qu'est vraiment la mort.

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  10. Calyste: Ce jour là, les gens ont un budget "morts" ils ne pensent pas à donner une pièce à un sympathique petit garçon, même timide :)

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  11. Georges, j'ai toujours penser que le souvenir de nos morts préférés était joyeux, et pas triste. La tristesse, parfois, c'est qu'il n'est plus possible d'ajouter de nouveaux souvenirs.

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  12. Ton texte me fait penser que lundi matin j'ai vu un intéressant reportage sur les européens et la mort (oui, je suis comme ça, au réveil je regarde des reportages sur la mort...). C'était sur arte dans une émission qui s'appelle "le blogueur" et (comme son nom l'indique) l'émission à un blog qui te plairait je pense. Bisous Miss.

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  13. Toujours du mal à comprendre et réaliser ce que cela implique

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  14. Nicolas, c'est vrai, ce que l'on pleure c'est tout ça... Les pages restées blanches.

    An'So: Peut être que je peux le voir sur le site d'arte ce reportage, ça m’intéresse. Je vais aller faire un tour sur le blog:)
    Bisous!

    anonyme: ce que quoi implique..?

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  15. To G. : La mort, la maladie, les cimetières, un nom gravé sur du marbre, ces histoires oubliées, ces vies passées, ne plus les revoir.

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  16. La maladie peut donner envie de les laisser partir enfin.
    Les histoires ne s'oublient pas si on continue à les raconter. Mais, ne plus les revoir, c'est flippant.

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  17. Je n'aime ni les cimetières, ni les enterrements, ni les églises que je ne serais obligé de fréquenter à ces seules occasions... mais, même pour ces évènements, je reste dehors... à me rappeler de la personnes "célébrée" par des bouffons (dans le vrai sens du terme!) en "habits de lumière" avec des mots insipides, des souvenirs volés à des gens meurtris dont ils se contrefoutent....
    Cette mascarade sera bannie de mon inhumation, les seuls mots prononcés à cet évènement devront l'être par des gens que j’apprécie et qui me connaissent vraiment.... et j'exige qu'ils boivent des canons dans le cimetière lors cette "cérémonie"....

    Une pensée pour mon grand-père en passant.... et le plus beau cadeau qu'il ai pu me faire et qui me permet de me rappeler de lui à chaque fois que je bois de cette boisson artisanale familiale dont il m'a transmis la recette et la méthode de fabrication avant de partir....

    Le bécot georges... et merci....

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