Georges

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mardi 6 septembre 2011

Enivrez-vous

Il faut être ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. 
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. 
Et si quelque fois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse!
De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

C. Baudelaire. Le spleen de Paris. XXXIII

3 commentaires:

  1. Et hop, copié-collé, je vais me servir de ça dans mon petit métier que j'ai. Mille mercis pour le travail déjà fait.

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  2. C'est amusant Nicolas, parce que j'ai pensé à vous en copiant ce poème, c'est évident qu'un Bon vivant (et plus!) se reconnaisse dans chacun de ces mots!

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  3. Bonjour Georges... Et bien voilà, je pensais à Omar Khayyâm, et paf (enfin pas "paf" au sens de...je veux dire... bref), en venant de chez Jane, j'atterris chez vous.
    Fabuleux, le ouèbe.

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