Georges

Georges

lundi 20 juin 2011

Extrait 2/plan cul (un peu)

"Quand j’entre dans le bar, je me sens agressée par le bruit qui rompt avec le silence relatif de ma balade dans les rues de Paris. La pluie me fait ressembler à un rat d’égout. J’essaie de remettre de l’ordre à mes cheveux. Je prends soudain pleinement conscience de la stupidité de ce rendez vous, ici au guess Who avec la chanteuse de Be Wild. 

Je m’installe au bar et allume une cigarette en attendant que quelqu’un vienne me demander si je suis bien la fille du journal On the Rock avec un sourire timide et en dansant maladroitement sur ses jambes. Une idée débile de plus, la chanteuse en question n’est pas du genre à vaciller, j’allais l’apprendre assez vite.
Je commande un mojito, quitte à recevoir mes rendez vous professionnels dans un bar gay, autant faire les choses en grand.

Je patiente avec mon humeur bizarre en tournant le dos au
festivité. Je pose, par habitude, un regard amer sur les gens qui s’amusent trop pendant que moi je ne m’amuse pas assez. Je me dis en virant la paille de mon cocktail avec agacement, que la prochaine fois je devrais demander à mes rendez vous de me rejoindre directement au cœur de la gay pride, au nom de la visibilité.
La fille arrive, elle me serre la main, ça m’amuse, Karen dit-elle (j’aurai parié sur Cynthia), enchantée, je ne me présente pas parce qu’elle me connaît. Elle est très à l’aise, presque trop c’est déstabilisant mais pas désagréable. Je fais les courbettes habituelles et la remercie de m’accorder du temps que j’imagine précieux, déjà que je reçois dans un bar gay, trempée comme une soupe avec mon cocktail à la main , je ne veux pas qu’il soit dit que je manque de savoir vivre. Je lui demande ce qu’elle veut boire. Elle me demande ce que je bois en se levant. 
Un mojito. Elle revient avec une margarita. Bon.
Je sors mon kit journalistique : moleskine/stylo/dictaphone et c’est parti, je lui demande un historique du groupe, pourquoi avoir choisi de l’appeler comme ça, pourquoi elle ne chante pas en français, qui écrit les textes, les influences… Elle répond à mes questions avec une intelligence à laquelle je suis plutôt sensible et j’apprécie son discours qui va clairement me faciliter la tâche lors de la retranscription. Je donne mon avis, je ne peux pas m’en empêcher, sur les chansons que je connais, bien entendu je ne lui dis pas que c’est du sous-rock parce que je devine qu’elle se donne du mal pour être crédible en rock star. Elle est ravie que je lui confirme ma venue lors du prochain concert pour finaliser mon article. Elle a un sourire très charmeur qui me désarme. La conversation retombe un peu après ¾ d’heure de blablas. Elle me regarde en souriant et me dit avec beaucoup de détachement et un aplomb certain : On bouge ? j’en ai marre d’être ici. 
Je m’apprêtais à prendre congés après avoir récolté suffisamment d’informations pour mon article, mais…
Ok. Bougeons. On marche assez longtemps et je me rends compte en sortant du bar qu’elle a un style bidon mais beaucoup de charme par ailleurs. Je suis pas une inconditionnelle du blond Barbie avec racines noires mais elle le porte bien. Pour le reste de ses vêtements, un pantalon en cuir qui lui va très bien (merveilleux cul que le sien), des boots noires, une chemise rouge très ajustée, largement décolletée prête à exploser à tout moment et un perfecto. Total look rockeuse de diamant. C’est désuet, un peu vulgaire mais bien porté. On arrive dans un endroit sombre mais chaleureux, la clientèle a entre 20 et 35 ans et tout le monde est debout avec un verre. Ils se balancent de droite à gauche en écoutant des titres pop rock, certains chantent, certains s’embrassent mais il est difficile d’échanger quelques mots dans le brouhaha. L’ambiance est hypnotique. Sur l’intro de Boys don’t cry Karen attrape ma main et m’entraîne dans un recoin du pub où il y a une table en bois minuscule et deux chaises, on s’installe et elle repart chercher à boire parce que deux mojitos valent mieux qu’un.

Nous avons une conversation agréable à propos de la musique surtout. Nous sommes d’accord sur tout ou presque alors, pourquoi je n’aime pas ce qu’elle fait ? Mystère, mystère…
Elle porte de nombreuses bagues en argent assez volumineuses, ses ongles sont courts et peints en noir. Je suis surprise par la tournure que prend cette soirée qui s’annonçait pénible à souhait, devenue un moment de franche camaraderie entre une blondasse désinvolte et la brunasse sinistre que je suis ce soir.
Elle répond à un texto et je l’abandonne pour aller aux
toilettes. 
 
Il est seulement 22 h et je commence déjà à bailler salement à cause de ma nuit d’insomnie passée à lire. En me lavant les mains je regarde dans le miroir mon œil soul et mon maquillage un peu passé, c’est à ce moment là que je vois le visage de la blonde qui m’accompagne. Elle est là, postée juste derrière moi me regardant intensément avec un sourire lubrique et décidé, ça ne fait aucun doute. 

Je souris en me séchant les mains et là, elle me saute littéralement dessus, elle mord très fort ma nuque en me serrant contre elle. Elle me mord avec férocité en glissant une main dans mon jean, je me retourne et je l’embrasse maladroitement, j’enlève sa chemise, du moins j’essaie de le faire. Je suis empêchée par sa force. Je comprend tout à coup le nom du groupe, « Be wild… ». je comprends ce que le mot sauvage a à voir avec le prénom Karen. On se mange littéralement la bouche, sa main me fait tourner la tête. Le va et vient de sa main est en train de grignoter ce qui me restait de pudeur. Je me sens minuscule dans ses bras, tellement de puissance, de vigueur dans son étreinte, je ne suis plus qu’une faible chose offerte à son désir animal. Elle me baise énergiquement jusqu’à ce que je jouisse le plus silencieusement possible, la tête dans les cheveux peroxydés de ma blonde. Elle porte un parfum pour homme que je reconnais sans parvenir à le nommer. Elle passe sa main dans mes cheveux en m’embrassant, elle caresse ma joue. 

Elle me laisse là. Je me sens conne. Quand elle sort des toilettes, j’ai le souffle court, je reste seule pendant deux minutes, histoire de faire le point, je bois un peu d’eau et j’éclate de rire en voyant mes joues roses dans le miroir et mes cheveux collés à mes tempes par la sueur. En rejoignant notre table je suis agacée d’être mal à l’aise. Elle est assise et fume une cigarette en notant quelque chose sur un petit bloc-note.
Ça ne m’étonnerait pas qu’elle soit en train de noter « Z, journaliste » ainsi que le lieux et l’heure de sa prise. Elle me regarde m’installer avec un grand sourire qui se transforme en un rire de gorge délicieux et profond. Elle semble particulièrement satisfaite de son coup et déçue de me voir mettre ma veste pour partir. Je lui dis qu’on m’attend en sachant qu’elle n’est pas dupe et qu’elle doit savoir que je suis juste très gênée. Avant de partir je griffonne mon numéro sur une page de mon moleskine. Que j'arrache, tremblante. Elle sourit et me fait un clin d'oeil sexy et laissant sortir de la fumée entre ses lèvres.

Après ce charmant guet apen, j’ai un sourire un peu con sur les lèvres. Chez moi je retrouve ce sempiternel silence de plomb, je passe le cd de Karen en caressant Ornicar qui m’offre un spectacle de contorsion dont lui seul a le secret. Pendant trois minutes je suis en plein débat intérieur autour de la question « s’appelle-t-elle vraiment Karen »  Je coupe le son et branche ma guitare pour une petite session Nirvana et pétard avec en toile de fond une réflexion sur la vie et les bonnes surprises qu’elle réserve."

7 commentaires:

  1. J'aime beaucoup. Mais quand même, aller jusqu'à déchirer une page de moleskine...Ça fait cher la blonde !

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  2. Contente que ça te plaise La plume! Des fois tu sais... on n'est pas à une page près. ça fait parti du même texte que l'autre extrait... Même narrateur. Mais... tu l'avais compris j'imagine!?

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  3. et s'appelait-elle vraiment Karen..?

    M(lesse)

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  4. Je te souhaite de lire ce trépidant roman pour le savoir hehe (lesse quoi?)

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  5. Salut Georges, c'est une histoire vraie ???? 'tain !!!



    Juliette

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  6. Hey Juliette! T'étais où?
    C'est un roman...

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  7. J'étais où ? Eh bien un peu débordée par pas grand chose, je l'avoue !
    Mais je te lis tous les jours, et ce, avec beaucoup de plaisir !

    Tiens, la semaine dernière, j'ai fini sur les quais de Seine avec deux collègues blogueurs à toi. C'est grace à l'un d'eux que j'ai le plaisir de me promener ici.

    Bonne journée Georges !



    Juliette

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