Georges

Georges

lundi 30 mai 2011

Extrait de roman (à prendre comme un cadeau)

 TADA!!!


"Se fuir, se perdre. Voilà ce qui est alléchant pendant cette phase transitoire où nous ne sommes pas vraiment des adultes et plus tout à fait des enfants. Enfant ou adulte. Il s’agit uniquement d’échanger un lot de souffrances contre un autre. Sans doute aurais-je aimé rester là, dans ce sas où l’insouciance est permise et où les responsabilités restent relativement gérables. J’ai essayé de me détourner des prises de conscience douloureuses qui pouvaient me miner le moral mais finalement elles m’ont rattrapées et j’ai dû prendre part au débat, me sentir concerner par le sort de la communauté et arrêter de n’être intéressée que par mon nombril piercé.

Avoir vingt ans est compliqué pour ça, découvrir l’ordre des choses et essayer de s’y faire parce que lui ne changera rien pour nous. Eprouver la différence entre ce que le monde pourrait être et ce que l’on en fait en réalité est proprement écœurant.
Après avoir boycotté plusieurs scrutins électoraux par paresse ou ignorance, je me suis finalement décidée à voter, à rejoindre le cortège familial un dimanche matin. Ce jour là, tout devient plus rageant, surtout lorsque l’enthousiasme fait place à une amère déception et qu’il faut encaisser, regarder le triomphe de la connerie en essayant de garder un sourire fair play. Ça sera pour une autre fois… tu te bouffes du bleu-blanc-rouge modéré et tu remballes tes valeurs de prolos. Papy Marx is dead.  

Dur après ça de relever la tête, aller au-delà de la déception et essayer tant bien que mal de s’adapter à tous ces connards qui jubilent, d’avoir de la compassion pour les simples d’esprit et une dose considérable d’adaptation. Dur aussi, le fait de s’apercevoir que la connerie n’a pas d’âge, pas de classe sociale, pas d’origine ethnique, qu’elle est omniprésente, indiscernable à l’œil nu, qu’elle se reproduit sur des générations et des générations. J’ai commencé par avoir un avis, le raisonnement est venu plus tard.

L’enfance nous laisse juste le temps de nous construire un idéal que l’adultariat tente jour après jour de grignoter à grand coup de réalité et d’intérêts financiers primant sur notre confort social.  Il est difficile de maintenir vivants tous ces rêves que nous avions échafaudés mais le pire, c’est sans doute de les regarder crever et ne rien faire pour arrêter le massacre. Ne pas souffler sur les braises incandescentes. Renoncer.

Je ne sais pas faire ça. Pas assez. Je n’arrive pas à transiger avec mon idéal. Je le module, je l’affine, mais je ne le brade pas. Peu m’importe la rage qu’il me faudra déployer pour le tenir vivant.

La colère n’est pas négociable. Elle devient de plus en plus justifiée au fur et à mesure que l'on découvre de vraies raisons de se foutre en rogne parce qu’honnêtement, les sujets qui fâchent, c'est vraiment pas ce qui manque. Il faudrait pouvoir prendre du recul, regarder le monde avec un certain détachement mais j’ai choisi une autre voie, celle où il est hors de question de mettre de l’eau dans mon vin. Ce n’est pas la voie la plus facile mais c’est celle qui s’est très tôt imposée à moi. Dans mon esprit s’alternaient des périodes de lucidité dévastatrices qui ne me laissaient qu’un gout de défaite et « d’à quoi bon » dégueulasse dans la bouche, et des périodes d’idéalisme qui me faisait croire en mon prochain, au soubresaut commun qui renverserait la logique marchande et mettrait enfin le facteur humain au centre des considérations. Je resterai toujours comme ça…. Adolescente dans mes combats. Enfin, adolescente comme on l’était dans les années 90, avant la distribution générale de Formol pour tous les mômes élevés par Pikachu. La génération endormie, consumériste et sans idéal."

16 commentaires:

  1. Émue de lire ça, parce que même si tu situes dans le temps, une "vieille" (euh...c'est moi qu'en ces termes galants je désigne) s'y reconnait fichtrement bien. Et d'une certaine façon c'est rassurant. J'ai un fils de ton âge et ma plus grosse déception serait qu'il me sorte un jour un autre genre de discours. Genre, le mec qui s'adapte à la merde. Ça serait motif de divorce assuré ! Mais bon, pas trop de souci là-dessus, on dirait. Les chats ne font pas des chiens m'a t'il dit il y a peu. Ce qui n'est pas forcément vrai.
    J'aimerai bien lire la suite, ou ce qu'il y a avant...On peut espérer ?

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  2. C'est un roman sur lequel je travaille. En cherchant un texte à partager je me suis aperçue du travail énorme qu'il me reste. Mais je pourrais en publier des extraits, dès que j'en suis un peu contente ;)

    J'imagine que le cas contraire doit être horrible (avoir un enfant qui ne partage pas les mêmes valeurs de base etc...) Merci pour ton commentaire. C'est très encourageant, et j'ai besoin de beaucoup de courage pour reprendre ce travail!!
    à bientôt!

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  3. La vérification des mots me demande te taper "faulty". Oui, il faut, Georges. Une autre façon, sans doute, de sortir du labyrinthe.

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  4. Du courage? Vraiment? Du travail, de la besogne... l'ignorant que je suis litterairement parlant, sans fausse modestie (j'ai ecouté la socitete "tu seras un scientifique mon fils!"... et rien a voir avec le tennisman....), ne se rend pas vraiment compte de tout le travail que ça represente... pour moi, jeune preneur de plume ebahi, j'imagine que tu ecris aussi vite que je lis (et je lis assez vite, merci!)...
    Ce texte c'est toi... et l'opposé de moi.... sans la couardise, l'abandon ou la connerie... juste un autre angle d'attaque... plus individualiste peut etre, plus serein surement.... bref...
    Fonce, on sera là! Au plaisir d'en lire encore... le bécot. G.

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  5. Ecrire n'est pas le plus difficile mais être satisfaite de ce que j'écris ça relève du miracle.
    Ce texte c'est celui de l'adolescence qui ne veut pas se compromettre, le roman (d'apprentissage) tourne autour de ça, renoncement, changement... gamelles... apprentissage quoi!

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  6. c'est très bien, mais si je peux partager mon expérience avec toi, je te déconseille formellement de publier plus que ça avant d'avoir terminé ton travail ? Pourquoi, parce que j'imagine que tu t'attends à ce que tes lecteurs te donnent, t'insuflent la motivation nécessaire à la finition de cette mission impossible qui consiste à placer un point final et être satisfait de tout ce qui est avant.
    Bref, merci pour l'extrait - j'aime - mais n'attend rien de "nous" en échange :/
    crois-moi. Alors, au boulot.

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  7. le texte de la fin d'adolescence, mais qui pourtant interpelle encore. Idéalisme ou naïveté.

    M.

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  8. Je sais que tu vas trouver le courage de reprendre ce travail ..; je ne te lâcherai pas tant que ...une lectrice des premières heures qui aime tant ce partage avec toi et qui est fière de ce travail accompli
    a suivre donc ...
    Bises
    M

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  9. Bon les anonymes, je vous reconnais mais ça devient compliqué.. parfois je galère dans vos "m". Mais là c'est bon, je pense avoir!

    M1: Oui, c'est bizarrement souvent bien vivant cette sensation. Je n'exclus pas la possibilité qu'on reste tour à tour des enfants/ des ados/des adultes... qu'on ne se fixe jamais vraiment. Se fixer n'est ce pas un peu s'encrouter ?! A bientôt!

    M2: HIer soir j'en ai relu une bonne partie ben ya du travail!!! c'est tout un friche! Il faudrait que je me fixe une date butoir pour finir vraiment. Merci pour ton soutien inconditionnel dans ce projet et dans d'autres. Bises!

    Injektileur : Oui, je ne pense plus rien publier pour l'instant. à part quelques extraits achevés. J'ai des lecteurs autour de moi pour les avis.

    J'ai 200 pages word à relire, une fin à finir, je voulais le coup de fouet qui me manquait :) je l'ai eu!! Au travail!

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  10. M2 dit:
    Suis ravie si tu es "booster " pour reprendre ce beau travail ...

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  11. Est-ce que je peux mettre un tout petit bémol au commentaire d'Injektileur ? Oui, allez, je peux.
    Bien sûr nous sommes tous et toutes différent(e)s, mais je ne pense pas qu'il faille craindre de publier des extraits de nos écrits sur le blog. Je le fais à chacun de mes bouquins (il y en a quand même 9 publiés + 1 en partance) et sans attendre rien de particulier des lecteurs bloguiens, et surtout pas la motiv, parce qu'alors cela voudrait dire qu'elle est bien fragile, ça m'aide simplement à envisager que d'autres yeux que les miens se posent sur la "chose", ça préfigure la séparation, la seconde vie du texte. C'est une sorte de mise en scène, il y a de la comédie là-dedans sans doute, mais je me rends compte qu'à relire mes petits bouts de textes une fois blogués, je les lis moi-même différemment, d'un oeil un peu plus distancié.
    De plus, mais ça évidemment je suis dans un cas de figure particulier, comme je n'écris pas en français, je me fais obligatoirement un petit exo de traduction pour le blog, et alors mon oeil de traductrice est un filtre très cruel, et donc très utile.
    Suis pas sûre d'être très claire, l'est bien tôt dans la journée...
    En tout cas moi je dis, vas-y, fonce (et prends ton temps aussi...)

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  12. Je suis d'accord avec toi. La motivation si elle ne tenait qu'à ça serait bien maigre!

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  13. georges > tant mieux si tu te sens motivée à la base, et que t'as pas besoin de nous pour te pousser, tant mieux si t'es bien entourée.


    laplume > tant mieux si tes romans sont publiés.

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  14. Il me semble avoir une version plus maigre de ce texte, je vois donc que tu as bien bossé depuis....

    Ce texte est superbe, on s'y retrouve et tes lecteurs semblent s'en accorder !
    L'avant, l'après, j'ai 2/3 remarques, pas de réelle critique (car je n'en vois pas à faire), et mon oeil cinéma qui se demande comment le voir sous cet angle. J'y ai beaucoup réfléchis aussi, c'est faisable, j'aimerais t'en parler, de vive voix, car par écrit c'est toujours plus difficile, je crois, enfin pas pour tous ;o)

    Je t'embrasse,
    je me "dés-anonyme" cette fois, même s'il me semble laisser assez d'indices par ci, par là (après tout ce n'est pas un blog chasse au trésor, tu as raison).

    Ta cousine, Laure.

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  15. Laure: Je dis 200 pour me donner du courage... J'ai un peu exagéré. J'ai pas fait grand chose depuis... 9a stagne, j'y réfléchis déjà, je me mets dans l'ambiance (genre..)
    il faut qu'on en parle... Dès que je peux claquer trois francs dans un billet de train!
    Merci d'y penser! Bise!

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