Georges

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dimanche 27 mars 2011

Sur le vote et l'enthousiasme

Tu te saisis de ton matos républicain : pièce d'identité en cours de validité, carte d'électeur et gueule enfarinée de la fille qui sait très bien qu'elle file tout droit faire ses besoins dans un instrument à cordes frottées. 
Tu choisis de voter pour une personne que tu penses incompétente afin de contrer une autre personne que tu juges tout à fait compétente pour faire de ton canton un lieu ultra vidéo surveillé et malsain selon tes propres critères sanitaires. 

En chemin tu croises une vieille dame qui porte sur le visage plus de fond de teint que tu ne pourrais en réunir en faisant tous tes fonds de pot. Sous la tartine craquelée, tu devines un rictus de satisfaction parce qu'elle sait bien, elle, qu'elle ne vient pas pour rien, elle sait bien, elle, que la bienséance en costard et les caméras partout ça va le faire. Elle en rêve de cette vie de télé réalité, enfin, on va pouvoir pécho les voyous qui écrivent sur les murs et qui font du bruit après 22h.

Quand tu tends ta carte d'électeur, on te fait remarquer, à juste titre, que tiens, Ah, votre carte n'est pas signée...
On te conseille de le faire quand tu en auras l'occasion, tu dis oui, puis on décrète que finalement C'EST l'occasion, on te file un stylo pour que tu t'exécutes.

Comme si la pièce d'identité ne suffisait pas.

Tu improvises un gribouillis et dans tes yeux, surement que ça se voit que tu n'aimes pas trop les ordres.

Tu partages un texte que tu trouves intéressant sur le vote. Tu la trouves bien minable cette démocratie.Tu te sens bien minable d'avoir voté pour une connasse juste dans le but de ne pas te taper un connard... et depuis que tu t'es décidée à voter : même scénario et même arnaque. 

Un peu de lecture : 


"On tergiverse, on déplore et quelque fois on pétitionne, mais on n'entreprend rien de sérieux ni d'effectif. On attend, avec bienveillance que d'autres remédient au mal, afin de n'avoir plus à le déplorer. tout au plus offre-t-on un vote bon marché, un maigre encouragement, un "Dieu vous assiste" à la justice quand elle passe. Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux. Mais il est plus facile de traiter avec le légitime possesseur d'une chose qu'avec son gardien provisoire. 


Tout vote est une sorte de jeu, comme les échecs et le trictrac, avec en plus une légère nuance morale où le bien et le mal sont l'enjeu ; les problèmes moraux et les paris, naturellement l'accompagnent. Le caractère des votants est hors jeu. Je donne mon vote, c'est possible, à ce que j'estime juste ; mais il ne m'est pas d'une importance vitale que ce  juste l'emporte. J veux bien l'abandonner à la majorité. (...) Même voter pour ce qui est juste, ce n'est rien faire pour la justice. Cela revient à exprimer mollement votre désir qu'elle l'emporte. Un sage n'abandonne pas la justice aux caprices du hasard ; il ne souhaite pas non plus qu'elle l'emporte par le pouvoir d'une majorité. Il y a peu de vertu dans l'action des masses humaines. "

Henry David Thoreau in "La désobéissance civile" 1849

4 commentaires:

  1. bravo de rappeler ce genre de choses ^^ et tes citations sont toujours aussi chouettes

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  2. Merci!
    Ce livre est très bon. Et là je lis Walden du même Thoreau, plus difficile à lire mais passionnant.

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  3. Un jour je te donnerai une bouteille de Walden (named after etc)

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