Georges

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mercredi 9 mars 2011

R.M.Rilke/ Entrez en vous-même

"Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment contraint d'écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : «  Je dois  », alors construisez votre vie selon cette nécessité.


(...)Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble. Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Pour le créateur rien n'est pauvre, il n'est pas de lieux pauvres, indifférents. Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor de souvenirs ? Tournez là votre esprit. Tentez de remettre à flot de ce vaste passé les impressions coulées. Votre personnalité se fortifiera, votre solitude se peuplera et vous deviendra comme une demeure aux heures incertaines du jour, fermée aux bruits du dehors. Et si de ce retour en vous-même, de cette plongée dans votre propre monde, des vers vous viennent, alors vous ne songerez pas à demander si ces vers sont bons. Vous n'essaierez pas d'intéresser des revues à ces travaux, car vous en jouirez comme d'une possession naturelle, qui vous sera chère, comme d'un de vos modes de vie et d'expression. Une œuvre d'art est bonne quand elle est née d'une nécessité. C'est la nature de son origine qui la juge." (...)


Extrait d'une des lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke





4 commentaires:

  1. J'ai toujours quelque par la cassette de Barbara lisant ces lettres ...tu t'en souviens ? Merci de ce texte et de ce souvenir
    Bises

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  2. Bien sûr que je m'en souviens, je l'écoutais pour m'endormir en intermittence avec "Allo Macha".
    D'ailleurs quand je lis ces mots c'est la voix de Barbara que j'entends. C'est rassurant/
    Merci à toi, de m'avoir ouvert cette porte. Bises.

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  3. merci beaucoup pour la citation, c'est vrai que c'est un résumé essentiel de ce qui devrait pousser n'importe qui à se mettre à son clavier.

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  4. Oui, et ça rappelle que le fait d'écrire par nécessité, parce que ça s'impose à soi, que c'est comme marcher, respirer et se nourrir... ça veut dire être écrivain. Peu importe les publications et la reconnaissance de qui que ce soit.

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