Georges

Georges

lundi 9 mai 2016

Tu f'ras la vaisselle demain

Article écrit pour le fanzine participatif "la gazette des sagars"


Depuis 1977 le 8 mars est la journée consacrée aux droits des femmes. Oui, à l'instar des moineaux, du Nutella et des astéroïdes, les droits des femmes ont leur journée dédiée, la chance.
Dans un monde idéal, les Nations Unies n'auraient pas eu à choisir cette journée pour rendre hommage au courage des femmes qui ont luttés pour l'accès au droit de vote, au droit de travailler, et pour encourager l'égalité entre les sexes, ce serait une évidence.

Depuis que nous sommes devenues des consommateurs avant tout, on redoute le 8 mars parce que chaque année on découvre des offres promotionnelles rabaissantes et sexistes, les responsables marketing redoublent de génie pour confiner les femmes dans le rôle d'écervelée inoffensive qu'on leur attribue. Entre les fleurs gratuites offertes dans la rue parce que t'as des seins et que c'est TA journée et les réductions sur les produits de beauté et autres appareils ménagers, on a de quoi regretter d'avoir eu ce toupet monstre de demander à être traitées comme l'égale des hommes.
En 1977, on a cru bon de rendre hommage aux luttes des femmes, désormais, c'est devenu la journée internationale du sexisme et du cliché. Le jour choisit par les grandes enseignes pour nous réduire à une vision des femmes qui se dispute la futilité et le ménage.

Pour exemple, en 2016 on a notamment eu la chance de voir la marque d'équipement de sport Umbro offrir deux places pour un match au mec qui expliquait le mieux la règle du hors jeu à une meuf (Benzema et Ribery ont compris, ça devrait aller).
Sur facebook l'opération METTEZ DU ROUGE a connu un certain succès, invitant des hommes à s'engager à prendre la défense d'une femme s'ils étaient témoin d'une agression et valider cet engagement en envoyant une photo d'eux portant du rouge à lèvres.
Une belle brochette de nazes s'est prêtée à ce jeu paternaliste et réducteur, n'hésitez pas à aller voir l'ampleur de leur engagement sur la page.


Chaque 8 mars est l'occasion de faire le constat des inégalités de traitement des femmes par rapport aux hommes: Leur sous représentation dans les débats d'experts et les grandes instances de gouvernance, l'inégalités des salaires, la double journée entre travail rémunéré et obligations domestiques, les violences conjugales, les violences sexuelles, le harcélement de rue, le sexisme permanent et intégré induit par une société patriarcale.
Bien que des voix différentes commencent à se faire entendre, le message dominant est fait des mêmes injonctions à être belle selon des critères masculins, lisse, apprêtée et dévouée...

Le prochain 8 mars comme les précédents, on espère ne pas avoir à se confronter à cette vision dégradante, on compte sur une attitude masculine neutre, des mecs qui ne se prennent ni pour des super-héros, ni pour nos darons, et sur les filles pour qu'elles rejetent le script écrit pour elles et sortent du cliché commercial qui nous veut bonne, bonniche et si possible les deux.


RAPPEL :
En France une femme décède tous les 2,7 jours sous les coups de son conjoint
223 000 femmesvictimes de violences physiques / sexuelles chaque année
84 000 femmes victimes de viols chaque année

le salaire moyen d'une femme est 10% inférieur à celui d'un homme pour un poste équivalent en 2015


lundi 4 avril 2016

Sunday Mourning Cat

Une lumière crue m'oblige à porter mes persol, et même avec les lunettes de soleil mes yeux sont éprouvés par l'éclat  blanc de ce dimanche matin.
 Malgré un temps gris et de brèves averses, je reste aveuglée par la lueur froide du jeune avril. Je rentre du centre ville par le pont de Montrapon. À l'angle de la rue Fontaine Écu et de la rue des artisans je vois un chat allongé sur le trottoir. 

Son repos tranquille me surprend, je m'approche en le pensant blessé. C'est un chat a la robe grise, d'un gris intense qui frôle le bleu, c'est un chat dont on doit toujours dire qu'il est beau. Sa beauté est consensuelle, indiscutable. 

Je cherche des signes de vie autour de son corps. Il n'a plus de souffle. Quelques insectes volent près de lui,  de ses oreilles assourdies.
Je comprends qu'en fait de chat je veille une dépouille. 
Je m'éloigne brusquement, je retiens mon souffle et je fuis sa mort pour ne pas qu'elle me saute dessus. Un cycliste me regarde par dessus son épaule. Mon recul spectaculaire attire son attention. Il suit mon regard jusqu'au chat encore beau, déposé là par le conducteur de la voiture qui l'a tapé, par quelqu'un d'autre. Qui? 

Je m'attarde sur lui, sa tête posée sur une de ses pattes, son corps étendu, trop las pour n'être qu'endormi. Je m'en rends compte après. Je me rends compte que je me suis raconté que le chat était blessé pour fuir l'idée de la mort. Pour protéger ce dimanche d'un mauvais présage. Quelques échanges à son sujet. Des appels à la police, à la mairie. Tout ce qui confirme la réalité de la trouvaille....

On passera le chercher madame, soyez en sûre. Je prends votre numéro pour m'assurer que vous n'êtes pas une mytho qui fait chier pour faire chier. 

Dans la journée, à plusieurs reprises, je repense au corps tranquille de ce chat, à sa famille qui peut être le cherche, au silence qui l'entourait. Par sentimentalisme, par ennui ou encore par amour. Je me suis sentie hantée, submergée, et,  la gorge serrée,j'ai enfoui mon visage dans le pelage chaud et le ronronnement vibrant des deux chats chez qui je vis. 

Je n'aurai eu de cesse, ce premier dimanche d'avril, de chercher la vie en toutes choses, avec un succès mitigé.



dimanche 3 avril 2016

Fin mars / Début Avril

Penser aux loutres qui dérivent en se tenant la patte pour ne pas s'éloigner l'une de l'autre pendant leur sommeil //
Imaginer les eaux glacées qui les portent et ce minuscule espace de chaleur entre leur chair qui s'étreint //
Une surface très mince mais brûlante //
Choisir de voir dans des gestes pratiques des actes d'amour // 
Peut-être que la dérive n'est qu'une excuse et qu'on s'entrecroise sous le prétexte secret de l'amour pur //
Se réfugier dans l'inoffensif petit espace entre deux pattes de deux loutres comme on se réfugie dans le souvenir d'un grain de beauté //
Chercher une forme de tendresse dans l'âpreté ambiante //
On dit âpreté presque pour être poli.e.s, pour être encore bien sympa avec la merde//
Tous les jours on se mange les nouvelles les plus dégueulasses possibles, des accords indignes signés entre connards déconnectés, des déploiements toujours plus grands de flics toujours plus cons, des salaires doublés, triplés à la sueur de nos fronts//
Des larmes me font honte, venues d'une empathie profonde qui me pousse à attraper tous les maux contemporains //
Oublier les gaz lacrymogènes qui font pleurer nos yeux qui savent pleurer tout seuls, qui n'ont besoin de rien pour se répandre//
Penser aux loutres qui dérivent en se tenant la patte//
Penser à la chair qui n'a pas peur de la chair //
Penser à la chaleur précise des peaux entre elles //
Se mettre en PLS avec un chat vibrant, bouillant, qui ronronne contre notre ventre//
Soigner les purulences d'un romantisme hors d'age //
S.T.O.P


mardi 19 janvier 2016

Dead by Death

J'imagine qu'on se dira plus tard: Tu te souviens de cet hiver 2016, des célébrités mouraient à la chaine...
On attendait chaque jour des nouvelles de la mort en serrant les fesses. 
Je priais pour Patti Smith, Debbie Harry, Joan Jett et Joni Mitchell. 
La mort paraissait être une femme bourrée jusqu'aux yeux qui garde sa faulx sur le dancefloor. Je la vois tournoyer dans une cape sombre de mangemort, s'enjailler sur nos gueules de flippés en faisant des trucs de majorette avec son matos tout bien aiguisé. 
On attend, on n'a rien d'autre à faire. 
On gère les stocks de larmes et de bons sentiments. 
On la regarde jouer avec nos nerfs comme un chat joue avec le cadavre encore tiède d'une souris. 


dimanche 8 mars 2015

Easy Listing / 08/03/2015

La vulnérabilité des rez-de-chaussée

Le si triste sort des banquises

La voix de Nina Simone et la boucle d'oreille magique de Billie Holiday

Le vertige d'écrire malgré les idées qui s'imposent

Les lieux impersonnels où chacun vient être seul en parallèle des autres

Les idées qui s'échappent des têtes, qui s'infusent dans le vide des lieux sans personnalité

Le mensonge du détachement à l'écoute des conversations des autres

Feindre l'indifférence sans en perdre une miette

Espionnage niveau expert / docteur Ninja

Se reconnaître des talents dramaturgiques en fuyant la dramaturgie

Oublier un peu tous les jours cette cover des Kooks à l'ocarina

Travailler le mystère comme on apprendrait dans le secret d'une salle de bains à se faire un trait d'eye liner potable

Et les manchots qui trouvent encore la force d'être sympathiques

Les ours polaires et le repli sur soi

La sérénité gagnée à force de solitariat

La fantaisie au service des astuces mises en place pour me détourner du manque

Me distraire de ton absence, trouver des parades

Etirer les souvenirs en touchant du bois

Serrer si fort la chance, faire craquer ses petits os

Faire des projets et céder au ravissement

Rire à tue tête, un peu comme on chante

Chanter comme on éclate de rire, comme on a déjà éclaté en sanglot

Avec la belle impudeur des oiseaux

[...]











lundi 2 mars 2015

We Need To Talk About K.

_Un ado qui doit avoir 18 ans au maximum appelle le 17 police secours depuis la boutique Bouygues. Il raconte que des types qui veulent sa peau attendent qu'il sorte pour le choper.
Il est avec sa petite sœur et sa mère, une femme frêle aux yeux rincés, visiblement mal à l'aise de vivre ça, excédée par toutes ces conneries.
Elle secoue la tête, fébrile, et répète : "J'en ai marre, Kevin"
Une quinzaine de minutes plus tard, une voiture de la BAC se gare en trombe sur une place réservée aux piétons. Totale discrétion.
Un flic en civil débarque, je remarque qu'il a deux flingues à sa ceinture, un pour chaque main. Il part avec le gosse qu'il fait monter à l'arrière de la caisse, entre deux autres types.
La mère chiale tout ce qu'elle sait dès que la voiture s'éloigne.
La sœur la prend dans ses bras. 
Je baisse la tête prise d'un début de honte.
Elles en ont bien marre là, Kevin. 



lundi 23 février 2015

Easy Listing / 20/02

Les gens qui baillent avec la bouche fermée mais le nez grand ouvert
Les crises de rire solitaires et l'auto-satisfaction
Le clope sur clope des non-fumeuses occasionnelles
La posture lasse face aux conflits
Le catch dans les fleurs
Les frites sur les quais
Le timbre "foire du trône" dans la voix de la caissière du casino rue de Pontarlier
Les conflits d'imaginaires en milieu professionnel
Les intentions qui comptent
La réhabilitation de la gentillesse trop longtemps méprisée
Le ciel barge des soirs roses
Les chemises à carreaux et les slips à rayures
Le café robusta qui soulève le coeur sans toucher aux nerfs
Le gâteau au yaourt canal historique
La suite
[...]