Georges

Georges

lundi 4 avril 2016

Sunday Mourning Cat

Une lumière crue m'oblige à porter mes persol, et même avec les lunettes de soleil mes yeux sont éprouvés par l'éclat  blanc de ce dimanche matin.
 Malgré un temps gris et de brèves averses, je reste aveuglée par la lueur froide du jeune avril. Je rentre du centre ville par le pont de Montrapon. À l'angle de la rue Fontaine Écu et de la rue des artisans je vois un chat allongé sur le trottoir. 

Son repos tranquille me surprend, je m'approche en le pensant blessé. C'est un chat a la robe grise, d'un gris intense qui frôle le bleu, c'est un chat dont on doit toujours dire qu'il est beau. Sa beauté est consensuelle, indiscutable. 

Je cherche des signes de vie autour de son corps. Il n'a plus de souffle. Quelques insectes volent près de lui,  de ses oreilles assourdies.
Je comprends qu'en fait de chat je veille une dépouille. 
Je m'éloigne brusquement, je retiens mon souffle et je fuis sa mort pour ne pas qu'elle me saute dessus. Un cycliste me regarde par dessus son épaule. Mon recul spectaculaire attire son attention. Il suit mon regard jusqu'au chat encore beau, déposé là par le conducteur de la voiture qui l'a tapé, par quelqu'un d'autre. Qui? 

Je m'attarde sur lui, sa tête posée sur une de ses pattes, son corps étendu, trop las pour n'être qu'endormi. Je m'en rends compte après. Je me rends compte que je me suis raconté que le chat était blessé pour fuir l'idée de la mort. Pour protéger ce dimanche d'un mauvais présage. Quelques échanges à son sujet. Des appels à la police, à la mairie. Tout ce qui confirme la réalité de la trouvaille....

On passera le chercher madame, soyez en sûre. Je prends votre numéro pour m'assurer que vous n'êtes pas une mytho qui fait chier pour faire chier. 

Dans la journée, à plusieurs reprises, je repense au corps tranquille de ce chat, à sa famille qui peut être le cherche, au silence qui l'entourait. Par sentimentalisme, par ennui ou encore par amour. Je me suis sentie hantée, submergée, et,  la gorge serrée,j'ai enfoui mon visage dans le pelage chaud et le ronronnement vibrant des deux chats chez qui je vis. 

Je n'aurai eu de cesse, ce premier dimanche d'avril, de chercher la vie en toutes choses, avec un succès mitigé.



dimanche 3 avril 2016

Fin mars / Début Avril

Penser aux loutres qui dérivent en se tenant la patte pour ne pas s'éloigner l'une de l'autre pendant leur sommeil //
Imaginer les eaux glacées qui les portent et ce minuscule espace de chaleur entre leur chair qui s'étreint //
Une surface très mince mais brûlante //
Choisir de voir dans des gestes pratiques des actes d'amour // 
Peut-être que la dérive n'est qu'une excuse et qu'on s'entrecroise sous le prétexte secret de l'amour pur //
Se réfugier dans l'inoffensif petit espace entre deux pattes de deux loutres comme on se réfugie dans le souvenir d'un grain de beauté //
Chercher une forme de tendresse dans l'âpreté ambiante //
On dit âpreté presque pour être poli.e.s, pour être encore bien sympa avec la merde//
Tous les jours on se mange les nouvelles les plus dégueulasses possibles, des accords indignes signés entre connards déconnectés, des déploiements toujours plus grands de flics toujours plus cons, des salaires doublés, triplés à la sueur de nos fronts//
Des larmes me font honte, venues d'une empathie profonde qui me pousse à attraper tous les maux contemporains //
Oublier les gaz lacrymogènes qui font pleurer nos yeux qui savent pleurer tout seuls, qui n'ont besoin de rien pour se répandre//
Penser aux loutres qui dérivent en se tenant la patte//
Penser à la chair qui n'a pas peur de la chair //
Penser à la chaleur précise des peaux entre elles //
Se mettre en PLS avec un chat vibrant, bouillant, qui ronronne contre notre ventre//
Soigner les purulences d'un romantisme hors d'age //
S.T.O.P


mardi 19 janvier 2016

Dead by Death

J'imagine qu'on se dira plus tard: Tu te souviens de cet hiver 2016, des célébrités mouraient à la chaine...
On attendait chaque jour des nouvelles de la mort en serrant les fesses. 
Je priais pour Patti Smith, Debbie Harry, Joan Jett et Joni Mitchell. 
La mort paraissait être une femme bourrée jusqu'aux yeux qui garde sa faulx sur le dancefloor. Je la vois tournoyer dans une cape sombre de mangemort, s'enjailler sur nos gueules de flippés en faisant des trucs de majorette avec son matos tout bien aiguisé. 
On attend, on n'a rien d'autre à faire. 
On gère les stocks de larmes et de bons sentiments. 
On la regarde jouer avec nos nerfs comme un chat joue avec le cadavre encore tiède d'une souris. 


dimanche 8 mars 2015

Easy Listing / 08/03/2015

La vulnérabilité des rez-de-chaussée

Le si triste sort des banquises

La voix de Nina Simone et la boucle d'oreille magique de Billie Holiday

Le vertige d'écrire malgré les idées qui s'imposent

Les lieux impersonnels où chacun vient être seul en parallèle des autres

Les idées qui s'échappent des têtes, qui s'infusent dans le vide des lieux sans personnalité

Le mensonge du détachement à l'écoute des conversations des autres

Feindre l'indifférence sans en perdre une miette

Espionnage niveau expert / docteur Ninja

Se reconnaître des talents dramaturgiques en fuyant la dramaturgie

Oublier un peu tous les jours cette cover des Kooks à l'ocarina

Travailler le mystère comme on apprendrait dans le secret d'une salle de bains à se faire un trait d'eye liner potable

Et les manchots qui trouvent encore la force d'être sympathiques

Les ours polaires et le repli sur soi

La sérénité gagnée à force de solitariat

La fantaisie au service des astuces mises en place pour me détourner du manque

Me distraire de ton absence, trouver des parades

Etirer les souvenirs en touchant du bois

Serrer si fort la chance, faire craquer ses petits os

Faire des projets et céder au ravissement

Rire à tue tête, un peu comme on chante

Chanter comme on éclate de rire, comme on a déjà éclaté en sanglot

Avec la belle impudeur des oiseaux

[...]











lundi 2 mars 2015

We Need To Talk About K.

_Un ado qui doit avoir 18 ans au maximum appelle le 17 police secours depuis la boutique Bouygues. Il raconte que des types qui veulent sa peau attendent qu'il sorte pour le choper.
Il est avec sa petite sœur et sa mère, une femme frêle aux yeux rincés, visiblement mal à l'aise de vivre ça, excédée par toutes ces conneries.
Elle secoue la tête, fébrile, et répète : "J'en ai marre, Kevin"
Une quinzaine de minutes plus tard, une voiture de la BAC se gare en trombe sur une place réservée aux piétons. Totale discrétion.
Un flic en civil débarque, je remarque qu'il a deux flingues à sa ceinture, un pour chaque main. Il part avec le gosse qu'il fait monter à l'arrière de la caisse, entre deux autres types.
La mère chiale tout ce qu'elle sait dès que la voiture s'éloigne.
La sœur la prend dans ses bras. 
Je baisse la tête prise d'un début de honte.
Elles en ont bien marre là, Kevin. 



lundi 23 février 2015

Easy Listing / 20/02

Les gens qui baillent avec la bouche fermée mais le nez grand ouvert
Les crises de rire solitaires et l'auto-satisfaction
Le clope sur clope des non-fumeuses occasionnelles
La posture lasse face aux conflits
Le catch dans les fleurs
Les frites sur les quais
Le timbre "foire du trône" dans la voix de la caissière du casino rue de Pontarlier
Les conflits d'imaginaires en milieu professionnel
Les intentions qui comptent
La réhabilitation de la gentillesse trop longtemps méprisée
Le ciel barge des soirs roses
Les chemises à carreaux et les slips à rayures
Le café robusta qui soulève le coeur sans toucher aux nerfs
Le gâteau au yaourt canal historique
La suite
[...]

Easy Listing / 14/02

La voix du matin après des bières, des clopes et des courants d'air.
Vas-y, remballe Léonard Cohen.
Revival disco discret.
L'éveil des soupçons.
Le regain d'amour pour les listes.
Le chat neurasthénique aux jolis cils.
Les larbins qui lambinent par esprit de revanche.
Les bonbons qui piquent Vs Les glandes salivaires.
La voix du soir après les simili éclats autoritaires.
Vas-y, remballe Anna Mouglalis.
Les commentaires sur le physique.
T'as fait un truc à tes cheveux?
Les commentaires sur le psychique.
Jamais tu te calmes?
Le regard sociologique et la logique du raccourci.
Les feutres posca qui servent le vertige de l'amour.
La voisine échappée d'un Stephen King.
Meilleur espoir féminin catégorie folle à lier.
Les chansons d'amour intempestives.
La peur du ridicule qui n'évite pas le ridicule.
La victoire du sublime renouvelée plusieurs fois par jour.
[...]



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