dimanche 12 mai 2013

I always remember you like a child, Girl

Notre caisse joyeuse lancée sur les routes, défiant le vertige, avançant ses billes contre l'hostilité d'une nature toute puissante. 
Une hostilité qu'on intègre, qu'on dompte, qui devient rassurante et indispensable. 


Les roches qui se découpent avec netteté pourraient se détacher mais elles nous tiennent, nous portent, nous bercent comme les enfants que nous sommes redevenus, chavirant à chaque virage au plus près d'une confiance aveugle offerte à l'éther. 

Nos visages dans les nuages, où l'air se raréfie et où le ventre tremble, les organes se cabrent, les muscles s'échauffent mais le courage ne s'érode pas et nous souffrons le corps en joie, les yeux gavés de grandeur. 

On est venu vivre plus fort encore que sur du plat, profiter de l'euphorie de l'épuisement, marcher sur la lune grise, dans un brouillard qui effraie comme un feu, qui attise les remous de vide dans nos corps minuscules et avalés par les sommets. 

Tu serres cette pierre dans ta main droite, ton sang bat plus fort, ton attention est tournée vers l'oubli, tu travailles ta fatigue sereinement, essoufflée mais vaillante, pas après pas, tu laisses derrière toi la poudre d'escampette, tu montes ta caillasse, tu montes t'alléger de sentiments viciés qui prennent trop de place. 

Des chemins dans un sens, et dans l'autre, à rebours, sous toutes les lumières. 

Et les nuances de vert qui se déclinent au fil des minutes. 
Et les silences qu'on partage dans le plus élémentaire des conforts. 

La nostalgie mélancolique qu'on étrangle en s'agrippant aux regards vifs de ceux qu'on chérit précieusement, qu'on aimerait remercier d'exister sans arrêt. 

Tu emportes avec toi la vie lente et l'étourdissement des hauteurs. les côtes sauvages et les plantes sans noms, des ruines et le maquis, toujours lui. 

Douze heures de paquebot et ton regard qui cherche l'aventure et l'oubli. 

Les étreintes éreintées, brûlure d'amour sororal, fraternel, filial... 

L'amour. 





Photo // Vincent Verde









Corse - mai 2013 - photo AGCG

mardi 23 avril 2013

One way, Or Another

La musique d'Autechre, le long du canal de Bourgogne m'évoque l'inverse exact du paysage qui me surplombe. 
Je pense à Bristol, UK, quelque chose de terne sans être cradingue, avec ses minutes captivantes qu'il ne faut pas rater. 

Tu les attrapes et tentes de les allonger, qu'elles durent encore après que tu aies cligné plusieurs fois des yeux, tu ajoutes des secondes entre chaque seconde, pour voir. 
Ok, rien ne se passe. 
Ok, le temps passe et vouloir lutter contre ça est une arnaque doublée d'une bonne couche de stupidité. 
La musique d'Autechre me rappelle les virages, les à coups, le moteur que tu domptais alors que je m'obstinais à retenir tes larmes en faisant semblant d'être de bonne humeur. 
de trouver tout ça normal, ben oui, tout ça est normal...

Regarde comme nous sommes normales, éventrées et souriantes... 

Devant un clip épileptique qui me laisse nauséeuse, qui me serre le crâne, j'évite de respirer, je joue à retenir ma respiration, comme quand j'étais gamine. 

De 22h22 à 22h23, retenir mon souffle, devenir rose, et après exploser... rien ne s'est passé, c'est normal, c'est normal. 

Je ne sais pas ce que je fous là, pourquoi je suis venue si près de toi, je me sens piégée par ton odeur, je joue avec un élastique à cheveux et je me regarde jouer avec un élastique à cheveux, je pense que c'est insupportable, le poids de ton ennui et de ta tristesse nerveuse sur le siège à côté. 

Je pense que c'est insupportable, ma fièvre, la vraie, celle des infections.  
Affalée et lasse de ne savoir quoi faire, quoi dire, normal, normal... 

Tout est normal, limite banal. 
On se fait des montagnes avec des éboulis, on se fait des Everest avec un trois marches de chez IKEA. 

Tu pars et je pense à Bristol UK, à la musique sans parole. 
Au down massif qui t'écroule de l'intérieur.
Je me casse, je vais marcher trop vite pour fuir l'horizontalité paresseuse. 
Toujours Autechre dans les oreilles, dans les jambes. la gorge en feu, enroulée dans du cachemire, enroulée dans une odeur de violette qui te débecte. 

Je suis sortie à l'heure des minutes captivantes taper le bitume, penser à la putrification qui découle d'un excès d'espoir. 

Entre deux angles de toitures, un incendie de lumière tranche net avec le soir qui dépose ses ombres sur les visages, les arbres nus, les rayons du vélo de ce type. 

Je serre mes paupières et je bloque mon souffle comme à l'époque de mes conneries de 22h22, je serre les poings aussi, et je m'extrais de l'attente anxieuse, je sors du ravin pour défricher une voie qui reste à découvrir.

Sortie de l'expectative, prête pour toutes perspectives. 
 






 






lundi 22 avril 2013

poème - never ending noise

No gun dans mes poches
j'avance en civil mes dernières cartouches d’esbroufe
aucune guerre dont je sois capable
pas de stratégie
je ne vais pas pisser autour de toi
j'ai remis cette odeur que t'aimes pas
je mets le feu
Je m'obstine à devenir sauvage,
jusqu'à l'épuisement

les pas, les pas, les pas
on m'interrompt en anglais, je suis sympa en charabia
je finis par refuser de donner l'euro que je n'ai pas

J'ai pas de force pour une guerre
j'échange de la fatigue contre des missions

Je paye la paix en monnaie de singe
dehors des travaux clignotent dans la nuit tombante
Bip Bip Bip 
Klaxon
20h56

Sur le bitume des signes fluo, qui ne me parlent pas
Il est prévu que je dorme là

Avec aucune force à consacrer à aucune guerre
je vais dormir dans cette ambiance Panzer




Poèmes morts // A celle qui a eu plus d'encre qu'elle n'en méritait.

1//


Démarrage en trombe, le manque est une place aride, torride, où l'on cherche de l'ombre.
Sous nos roues, le sol brûle, la boule de glaise palpite, l'impatience effrite nos nerfs.
Ne pas céder au charme des projections, ne pas revenir au souvenir béat de ce que fut l'Arizona avec toi.
Tu rends les clefs de la voiture et moi celle de la chambre, ta démarche impeccable me séduit, tu attrapes ma ceinture et t'empares de tout le reste.
[And that's the way it is ]
Je m'applique [à l'envers] à fuir le double pervers de la vitesse, la précipitation. Les pieds dans le tapis, j'éparpille mes maladresses comme des cartes honteuses d'un jeu dont je connais pas les règles.
Il faut que je ramasse mes trucs, d'avant les emballements, et revenir au confort des jours vides.
La chaleur des trottoirs me promène ailleurs, sur mes épaules s'écrase le soleil.
Je somnole sur 500 mètres, pâle sous des lunettes noires, pour trouver des cigarettes indispensables.

Les gens ne se souviennent pas qu'en avril on garde son pull, ils sont en terrasse, sans manche, devant des coca rouge.
Ils veulent dorer vite et bien.
Je marche dans l'espoir de me perdre.
Je marche pour semer l'abattement à mes trousses.
Je marche, parce que tu as rendu les clefs de la bagnole.
Je marche,
Au bord de la route.

Démarrage en trombe, le manque est une place aride, torride, où l'on cherche de l'ombre.


2//


Il est bientôt l'heure que je parte à Tabula Rasa, oublier les vagues, l'écume, le torrent et tout ce que tu sais.
Que j'aille me défaire d'une imagination qui persécute ma raison.
Mes efforts, tous, nombreux, sont fauchés par les caprices de ma persistance rétinienne.
Peut être me croiseras-tu, dans ce rêve devenu exigu que je ne sais pas fuir.
Alors, je te donnerais ma main avec une égale confiance pour que tu me reconduises de l'autre côté de la berge.
J'avais commencé à remplir ta silhouette de pensées, d'intentions, de certitudes, des doutes légitimes et relatifs, des envies invasives, évidentes, simples.

Ne connaitre de tes contours que la découpe onirique dont je me suis éprise.
Avant que tout soit bouleversé.
Que le réel fasse un grand feu avec les miettes de ma raison...
Il est bientôt l'heure, que je parte à Tabula Rasa, oublier les vagues, l'écume, le torrent et tout ce que tu sais.
Je redoute le départ, je le crains définitif.
Que tout reste intact,
Dans mes souhaits
Que tout reste à faire, en pointillés.
J'ai du mal à décamper.

3 //

La musique d'Autechre, le long du canal de Bourgogne m'évoque l'inverse exact du paysage qui me surplombe. 
Je pense à Bristol, UK, quelque chose de terne sans être cradingue, avec ses minutes captivantes qu'il ne faut pas rater.  

Tu les attrapes et tentes de les allonger, qu'elles durent encore après que tu aies cligné plusieurs fois des yeux, tu ajoutes des secondes entre chaque seconde, pour voir. 
Ok, rien ne se passe. 
Ok, le temps passe et vouloir lutter contre ça est une arnaque doublée d'une bonne couche de stupidité. 
La musique d'Autechre me rappelle les virages, les à coups, le moteur que tu domptais alors que je m'obstinais à retenir tes larmes en faisant semblant d'être de bonne humeur. 
de trouver tout ça normal, ben oui, tout ça est normal...

Regarde comme nous sommes normales, éventrées et souriantes... 

Devant un clip épileptique qui me laisse nauséeuse, qui me serre le crâne, j'évite de respirer, je joue à retenir ma respiration, comme quand j'étais gamine. 

De 22h22 à 22h23, retenir mon souffle, devenir rose, et après exploser... rien ne s'est passé, c'est normal, c'est normal. 

Je ne sais pas ce que je fous là, pourquoi je suis venue si près de toi, je me sens piégée par ton odeur, je joue avec un élastique à cheveux et je me regarde jouer avec un élastique à cheveux, je pense que c'est insupportable, le poids de ton ennui et de ta tristesse nerveuse sur le siège à côté. 

Je pense que c'est insupportable, ma fièvre, la vraie, celle des infections.  
Affalée et lasse de ne savoir quoi faire, quoi dire, normal, normal... 

Tout est normal, limite banal. 
On se fait des montagnes avec des éboulis, on se fait des Everest avec un trois marches de chez IKEA. 

Tu pars et je pense à Bristol UK, à la musique sans parole.  
Au down massif qui t'écroule de l'intérieur. 
Je me casse, je vais marcher trop vite pour fuir l'horizontalité paresseuse. 
Toujours Autechre dans les oreilles, dans les jambes. la gorge en feu, enroulée dans du cachemire, enroulée dans une odeur de violette qui te débecte. 

Je suis sortie à l'heure des minutes captivantes taper le bitume, penser à la putrification qui découle d'un excès d'espoir. 

Entre deux angles de toitures, un incendie de lumière tranche net avec le soir qui dépose ses ombres sur les visages, les arbres nus, les rayons du vélo de ce type. 

Je serre mes paupières et je bloque mon souffle comme à l'époque de mes conneries de 22h22, je serre les poings aussi, et je m'extrais de l'attente anxieuse, je sors du ravin pour défricher une voie qui reste à découvrir.

Sortie de l'expectative, prête pour toutes perspectives. 
  


mercredi 27 mars 2013

Easy Listing // TALISMAN

_ Partie sans mes bagues,dépourvue d'amulette. Les bagues que je recharge régulièrement en pensées magiques, en pouvoir mystique. Les conneries inoffensives et rassurantes d'un esprit qui cultive l'oisiveté comme une fleur compliquée, genre passiflore, sophistiquée et imbus d'elle même. Qui n'en peut plus de se trouver belle. Mon oisiveté est posturale et travaillée.

_[Les passiflores sont vraiment des crâneuses, pire encore que les orchidées]

_ Il y a peu, mon amour d'enfance m'a adressé un texto dans lequel j'étais "sa teigne, son amulette".  Cette phrase est le mantra que je me répète lorsque je me traine une humeur de méduse acariâtre.
Je suis sa teigne et son amulette, et toi? t'es l'amulette de qui? 

_ En public je gère des quintes de toux qui me donnent l'air d'être au bord de la mort, je prends toutes les précautions nécessaires pour ne pas brusquer la foule hygiéniste, tout est très digne, cependant, les gens me regardent et leurs yeux ne se gênent pas pour faire passer un rhume pour une tuberculose.  Ils incarnent le dégout mais aussi un peu la joie de ne pas être moi, de ne pas s'arracher des lambeaux d'intérieur en public. 

_ Mais sérieux, les mecs, vous êtes l'amulette de qui? Parce que telle que vous me voyez, glaireuse et écœurante, je suis sa teigne et son amulette.

_ Dans le compartiment que je rejoins, je salue un homme, une armoire, rassurant, super baraque. C'est le genre de mec que tu aimerais avoir avec toi quand tu rentres à l'aube te coucher dans des vapeurs d'alcool, quand tu traverses la ville comme une biche qui oublie d'être farouche alors que partout, il n'y a que des chasseurs ardents, sur les dents. Il a posé sa tête doucement contre la vitre du train et j'ai regardé la puissance se reposer.

_ Par la fenêtre, la paix est en train d'avoir lieu dans les campagnes grises et embrumées. 

_ J'expliquais hier soir à un ami que je déteste certains artistes jusqu'au jour où je les adore. C'est arrivé avec Joy Division. Il y a dans ce phénomène un cas particulier, le cas BIOLAY : J'ai détesté, adoré et je n'aime plus. Hier, après avoir longtemps dénigré et raillé ce type il y a 3 ans lors de la sortie de son album "la reproduction", voilà que je me suis émerveillée devant le talent d'écriture d'Arnaud Fleurent Didier. 

_ [Dire que je l'adore semble à cette heure prématuré, je préfère minorer mon enthousiasme parce que certains morceaux me crispent et me font chercher vite vite ma télécommande pour passer au suivant]

_ C'est peut-être seulement une période, ça parle de filles et de lose... D'histoires qui se terminent, qui ont parfois à peine le temps d'exister. 

_ Je cherche la compagnie narcissique d'un écho, j'ai cherché  de la compagnie, tout court, et quand on a du chagrin, on est moins difficile que d'habitude. c'est dommage, parce que c'est pourtant là qu'il faudrait ne faire aucune concession. 

_ Je fête aujourd'hui ma réconciliation avec l'exigence et j'embrasse ma dignité que je porte comme un talisman. 

_ Je suis une putain d'amulette et la reine des teignes.










mercredi 27 février 2013

d'Ingres


Tu alternes la lidocaine et la nicotine sans aucun questionnement sanitaire.

Tu t'attaches à respecter à la lettre les préceptes dictés par ta religion du mouvement.
Etre sur le départ…
Etre cette personne dont on se demande où diable a-t-elle pu laisser son cheval...

Que la lucidité devienne une compagne attentionnée qui apprend à dire la même chose qu'avant, mais avec des fleurs dans la voix.
Des bouquets de fleurs,  comme des gazes imbibées d'une liqueur doucereuse qui change le fiel en or.
Les maux se cabrent, pris au lasso d'une bonne volonté intacte.
Jusqu'à ce qu'elle ne le soit plus...
Jusqu'à ce que son souvenir, lui non plus, ne soit plus.

Tu regardes, avales et craches avec la même frénésie, les matins vacarme d'une armée de bonshommes prêts à tout dezinguer, qui se le promettent en silence, qui font vœu de dépassement de soi, dans une chambre vide, grisée de silence.
Dans ce lieu de ton intimité où tu es seul à promettre, jurer, cracher...
Le même lieu où tu te retrouves pour pleurer un chien mort, penser à l'odeur de ta mère, adorer des idoles désuètes, supplier le matin de durer toute la vie, remercier on ne sait pas vraiment qui pour on ne sait pas vraiment quoi...


Dans ce creux de ton ventre, froid comme une église où les sornettes deviennent vérités quand personne ne te regarde. tout est mouvant, vibrant et se réchauffe, imperceptiblement.

Où ton chant est faux, où tes mains cherchent des corps que tu ne peux atteindre...

La peau rêche de tes mains qui  étreignent, des culs rêvés, des bouches à baiser vite et bien... dans cette cathédrale déserte et éphémère.

Tout ce que tu voudras, TOUT ce que tu pourras extraire du champ de tes frustrations, c'est là bas qu'il faut t'en départir...

Au cœur de ce que tu as de plus sombre et de plus lumineux,  balancer tes ordures et tes désirs salaces avec la tendresse étouffante des souvenirs de soupline et de riz au lait ou que sais-je...

Les cordes sensibles ne sont pas celles qui décident de se nouer autour d'une nuque lasse.

Elles sont ce qu'il y a de beau après une épuisante ascension, quand l'air manque et que les larmes se précipitent sur ta gueule arrachée par l'effort.

Elles sont ce qui te donne envie de danser seul chez toi avec une brosse à cheveux.

Elles sont le mi le la le ré le sol le si et à nouveau le mi de la guitare que tu as là,  branchée au bide, et qui envoie des salves métalliques quand tes nerfs ne répondent plus de rien.

Elles sont l’humanité que tu dois taire la plupart du temps mais qui ne cesse de bouillir, que tu surveilles comme le lait sur le feu.

Elles sont la paire de gants que tu ramasses sur une banquette de bar et que tu remets à son propriétaire, le chien qui te regarde au bout de sa longe trop courte et la dame un peu folle qui sourit à ses souvenirs distordus, devant un café qu'elle ne se souvient pas, non plus, avoir commandé.

Les cordes sensibles sont celles que tu tends, de clocher à clocher, pour être funambule.
Les cordes sensibles sont les branches qui frissonnent et dansent par tous les vents, quand le caillou s'emmerde ferme à être immuable et solide.
Tu sais quoi, on s’en fout si ça déborde et si t’en fous partout et si les promesses que tu te fais dans le noir de ta chambre secrète ricochent contre l’âpreté d’une réalité qui te dépasse.
On n'est pas des cailloux, merde.