Georges

Georges

lundi 2 juillet 2018

Plus peur du noir

Il me dit, fais gaffe dans la rue, méfies toi de la nuit
va plutôt dire à ta rue de faire attention à moi 
J'ai plus peur du noir
plus peur des silhouettes courbes et des pas qui s'allongent dans mon dos
j'accélère plus, je ralentis, je souris
je me retourne
poings serrés, mâchoires acérées, bave de rage
Je te raconte l'histoire de la furie et du connard à grand renfort de coups de pompe
ça te surprend qu'on se dresse devant toi, t'es glacé par mon rire de cinglée
J'ai peur ni de ton schlass ni de ta queue raide
ça te désole que j'en ai plus rien à foutre de me prendre des tartes dans la gueule
trauma cranien, viol, commotion cérébrale
Toutes les patates je les ai rendues
Ils ont pas vu à l'IRM la patience délogée de son habitacle
La croissance exponentielle d'une haine viscérale
c'est qui la bête maintenant ?
dis lui bien, à ta rue
La vengeance, l'histoire de ces agneaux qui pètent les plombs, qui dévorent le boucher et foutent le feu à l'abattoir
dis lui qu'on se relève,
on boite et on se remet
on n'a pas que ça à foutre
dis leur à ceux qui ont voulu t'annuler
cadavres édentés qui squattent les oubliettes
des lambeaux qui chlinguent dans un coin de ton cerveau, qui pourrissent dans leur foutre, hantés par la violence frénétique des monstres qu'ils ont engendrés
T'as beau chercher partout, tu trouveras pas plus violent qu'une femme piétinée



mardi 26 juin 2018

17 jours // PDF

Le pdf de mon texte pour celles et ceux que ça intéresse. A défaut d'avoir pu mettre la main sur sa version papier et avant une possible réédition un jour ou l'autre !
à lire, relire, partager, imprimer, diffuser, oublier quelque part... 
Comme tu veux... 


C'était il y a un an, c'était une sale histoire, je suis heureuse qu'elle ne m'appartienne plus vraiment et qu'elle soit désormais entre vos mains. 

C'est par ici : 17 jours, le fanzine en Pdf 



dimanche 24 juin 2018

La place au soleil

Je repère de loin la seule place au soleil. J'allonge le pas en mode prédatrice. Au moment où je m'assieds, mon regard croise celui d'une meuf qui visiblement visait la même place. Ses épaules s'affaissent en même temps que son souffle mais elle va chercher dans sa bienséance la politesse d'un sourire. Un rictus chelou qui semble dire dans le même temps "tu fais chier" et "c'est pas grave". Je choisis de la classer dans la catégorie bonne joueuse. Et vu la gueule de son chien on devine sa mansuétude. Elle promène un truc pas possible qui se situe entre le ratier et la serpillière. 
La serveuse vient m'encaisser elle a des ongles d'une longueur impressionnante. Je suis sûre que ses potes en parlent entre eux. C'est une caractéristique que tu peux pas rater. Comme tu identifies des potes en disant, tu sais, celle qui a des cheveux bleus, mais si, tu le connais, il a un tatouage de loup garou sur l'épaule... Ben elle, c'est celle des ongles. Obligé.
Agencement ongulaire de compèt. 
Hier à la même terrasse j'écoutais la conversation de deux mecs, 70 ans. Ils parlaient comme un JT de TF1 et c'était plutôt drôle avant qu'ils se mettent à donner leurs petits avis de merde sur les migrants. 
À un moment, t'en as un des deux qui se penche au dessus de la table pour murmurer des horreurs.
De toute façon, le problème, c'est que ce sont des animaux. On ne peut pas vivre ensemble. Tu vois leurs regards noirs et tu comprends qu'on est trop différent et même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas cohabiter. 
Ok les mecs... L'autre en face est partagé, il remue sa tête de con de haut en bas sans dire un mot. 
Mais bon, pas besoin d'etre medium pour comprendre que ce qu'il veut dire c'est : reçu 5 sur 5. 
Je les fixe, j'attends, j'ai les nerfs qui vrillent et je tire sur ma clope comme si c'était mon respirateur. J'ai envie qu'ils croisent mon regard noir et qu'ils se sentent mal à l'aise, qu'ils sentent que même avec la meilleure volonté du monde, on pourra jamais cohabiter et on sera jamais câblé pareil. 

PS: j'ai pas d'ami avec un tatouage loup garou sur l'épaule et c'est bien dommage.

retrait(e)

Pouce au repos. À la recherche d'une nouvelle optimisation du temps de cerveau disponible.
Je prends congés.
J'écris comme un porc. C'est pas sympa pour les porcs. 
Dans le cadre de ma thérapie on m'a conseillé de lâcher un peu l'action de dire pour essayer de "faire". Par exemple, halluciner devant les tomates qui se gorgent de flotte au jardin, des trucs verts informes qui seront bientôt opérationnels pour rencontrer de l'huile d'olive et de la mozza. Expérimenter une forme d'ennui que j'avais oubliée. 
Parfois, il n'y a rien, juste des heures creuses, pourquoi lutter. 
J'ai pris le pli de passer d'un sentiment à l'autre sans jamais m'attacher à essayer de comprendre ce qu'on trouve entre les deux. C'est l'idée que je me fais de l'intensité. 
Toujours obsédée à combler par du bruit d'une qualité aléatoire le silence des interstices.
Sur le bras gauche, tatouage puéril qui donne à lire : Never Ending Noise. Quand t'as dit ça t'as tout dit. T'en as même déjà trop dit. 
Il n'y a rien à dire, et c'est sur ce rien que je travaille. C'est ce rien là que je veux comprendre. Comme on essaie de comprendre l'air qu'on respire. Les trucs à la con auxquels on fait plus gaffe. 
J'ai des courbatures après m'être excitée sur des mauvaises herbes. Des coups de soleil agricoles.
Je me programme de belles rides. Je creuse mes traits. Je préfère faire ça qu'essayer d'aplanir un cerveau froissé comme on le fait avec une carte routière pour chercher son chemin. 
Je sais pas lire une carte, je dois compter sur mon instinct mais je comprends plus sa langue. 
Parfois, il vaut mieux jouer aux cons que se chercher des noises.
Never ending noises. Fatiguée d'essayer de réhabiliter la merde en matière noble. 
Je préfère laisser tomber. Elle trouvera le chemin toute seule comme une grande quand ce sera le moment. 
Je préfère essayer d'écouter les interstices au stéthoscope. Le chant des baleines et tout un tas de conneries qui se fracassent contre le vide. 
Je regarde pousser des trucs, je regarde pousser mes cheveux. Je passe de la scène au strapontin. J'ai perdu le sens de la dramaturgie mais lui aussi, il oublie pas mon adresse et reviendra bien assez tôt. T'inquiète.

mercredi 6 juin 2018

Antoine + Puceau = Faux

À la terrasse du salon de thé ouvert 7 jours sur 7, j'écoute la conversation en allemand de deux femmes, sans doute une mère et sa fille. Je pane rien. Un chien s'agite à leurs pieds, elles essaient d'apaiser son impatience en lui parlant en français.
Comme moi, il ne comprend pas l'allemand et ça nous fait un deuxième point commun qui s'ajoute à l'écho de nos pelages hirsutes.
J'aime bien les chiens ébouriffés.
J'écris, je relis, je corrige.
Je ne m'y mets pas vraiment. Je me raconte l'histoire romantique de mon entrée en littérature. Statue vivante de l'humilité.
Je ressens en pointillés une joie quasi extatique mal assumée. J'ai l'habitude de me chercher la merde et c'est bizarre de ne pas la trouver.
Quand je me pose la question du quatrième café qui implique celle de la première clope, je m'aperçois que je suis sortie sans feu ni cigarette et ça met un terme à la montée d'extase.
Il y a un truc qui me gène à cette terrasse c'est la question précipitée du paiement.
Je peux vous encaisser tout de suite ?
Deuxième question de la serveuse après : chantilly ou mousse de lait?
J'ai choisi mousse de lait, faut pas déconner avec la chantilly à jeun quand même.
Je profite d'être sur la place du marché avec mon téléphone pour aller prendre en photo un graffiti qui ne manque pas de me faire sourire quand je passe devant. Il a été effacé. Il s'agissait de lettres maladroites rétablissant une vérité qui semblait importante aux yeux de son auteur : ANTOINE + PUCEAU = FAUX
J'erre autour des stands d'un marché de créateurs. Une nana vend des trousses qu'elle imagine amusantes sur lesquelles on peut lire des trucs genre " trousse de connasse" ou encore "dites non à la drogue, dites oui aux licornes". J'essaie d'imaginer le profil psychologique de son cœur de cible.
Et puis je pense à Antoine, je pense aux puceaux, je pense aux trousses qui racontent de la merde jusqu'à ce que je ne pense plus à rien d'autre qu'à l'urgence de la première cigarette.


dimanche 20 mai 2018

Notes 17/18 Vol.II

(...)
Il en ressort que je dois avoir des cuisses en béton à force de remonter la pente
Que j'endommage mes nerfs à coup de café
Mes artères à coup de chips
Que j'ai longtemps eu le goût d'abandonner mes neurones à des toxiques
Que j'ai un sommeil de merde
Que j'apprends beaucoup de mon écoute assidue des conversations des autres
Agent 007 en résidence dans les cafés de la ville
Je tiens en très haute estime des données archaïques, principalement bien dormir/bien manger et marcher beaucoup
Je ne finis pas toujours les livres que je commence et je peux en tirer un certain complexe
(honte?)
Je connais mieux le bord des larmes que les larmes elles même pour y avoir passé beaucoup de temps 
J'ai des velléités
Je parle de mon cerveau comme une spécialiste du Home staging : poser des cadres, agencer, faire le vide, créer un puit de lumière et ce genre de trucs
Souvent à fond de café, j'ai le cœur chamade qui tambourine, 
J'extrapole le nombre de battements par minute
Avec le temps, j'ai appris à apprécier ma compagnie
Je commente mes longues marches matinales à tue tête dans la ville bleue 
L'habitude de m'en remettre à mes jambes quand ma tête n'y est plus
a désormais le statut de réflexe
Je constate que je ne suis jamais aussi perdue que je ne le pense
Je me suis habituée à vivre down tempo, le rythme qui s'emballe vient de l'intérieur, je ralentis ma course au maximum, je ne peux pas me permettre d'être essoufflée, cependant, 
mon sang bat fort, mes veines se gonflent et mes muscles sont perpétuellement en tension
Calme comme une bombe
J'ai passé l'automne à lutter contre les symptômes de la dépression qui m'ont collés aux basques. c'est un sentiment terrible que celui d'être engloutie, digérée par des émotions adverses
Et puis, tout à coup c'est bien, c'est mieux. Le temps dilaté retrouve sa forme. Je vis au rythme des minutes, tout s'accélère, la vie en plein sprint, j'ai arrêté de me faire chier à gérer des sentiments contradictoires qui me plombent et m'enlisent. C'est comme ça, ça survient, pas de progression, on respire, on avait oublier ce que c'est à force de vivre à moitié noyée

[ À suivre]

mardi 15 mai 2018

notes 17/18 Vol.1

Je relis des vieux carnets pour en extraire quelque chose. J'y trouve des études comparatives sur le prix des dosettes de café Malongo dans les différentes supérettes de mon quartier (on trouve les moins cheres au simply Jean Jaurès). 
Des commentaires à charge sur la taille de mon cul
Des astuces pour affiner mon art de la cuisson des nouilles
Les apports et limites des viennoiseries dans la gestion de la détresse matinale
(à corréler directement avec mes considérations pondérales
Une capacité à me faire des films dans lesquels je tiens tous les rôles. 
Registres allant de la comédie dramatique au drame latin avec dos de la main sur le front et sentences définitives, type : qu'est ce que j'ai fait au bon dieu. 
Inspiration Almodovar, mascara mouillé
Thématique de prédilection : aller trop loin ou non
Analyse des effets de l'air frais sur le moral
Des pages d'auto persuasion : dois je boire un café bailey's ou reprendre un quart de lexo
Triple récits de mes sevrages successifs anxyolotiques / cannabis / alcool
Ce dernier est le moins réussi des trois
Attention exagérée portée au relationnel avec les chattes, type : P ne m'a pas calculée de la journée / C est en crise d'amour, elle ne m'a lâchée d'une semelle 
Attitude terriblement volontaire face à la vie en général et la dépression en particulier
Des phrases hors de propos souvent en lien avec des envies impérieuses, type : j'ai super envie d'une barbe à papa (!?)
Le constat violent de mon échec à écrire de la fiction, l'acceptation de ma vocation autofictive
Tant pis 
Des constats sans appel : " déjà Noël, bon..."
Des espaces de libre expression, type : "17/02/2018 / je suis dans le train" (suivi d'une page blanche)
Récurrence de l'aveu : je ne sais pas ce qui m'a pris


[à suivre]