Georges

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mercredi 6 juin 2018

Antoine + Puceau = Faux

À la terrasse du salon de thé ouvert 7 jours sur 7, j'écoute la conversation en allemand de deux femmes, sans doute une mère et sa fille. Je pane rien. Un chien s'agite à leurs pieds, elles essaient d'apaiser son impatience en lui parlant en français.
Comme moi, il ne comprend pas l'allemand et ça nous fait un deuxième point commun qui s'ajoute à l'écho de nos pelages hirsutes.
J'aime bien les chiens ébouriffés.
J'écris, je relis, je corrige.
Je ne m'y mets pas vraiment. Je me raconte l'histoire romantique de mon entrée en littérature. Statue vivante de l'humilité.
Je ressens en pointillés une joie quasi extatique mal assumée. J'ai l'habitude de me chercher la merde et c'est bizarre de ne pas la trouver.
Quand je me pose la question du quatrième café qui implique celle de la première clope, je m'aperçois que je suis sortie sans feu ni cigarette et ça met un terme à la montée d'extase.
Il y a un truc qui me gène à cette terrasse c'est la question précipitée du paiement.
Je peux vous encaisser tout de suite ?
Deuxième question de la serveuse après : chantilly ou mousse de lait?
J'ai choisi mousse de lait, faut pas déconner avec la chantilly à jeun quand même.
Je profite d'être sur la place du marché avec mon téléphone pour aller prendre en photo un graffiti qui ne manque pas de me faire sourire quand je passe devant. Il a été effacé. Il s'agissait de lettres maladroites rétablissant une vérité qui semblait importante aux yeux de son auteur : ANTOINE + PUCEAU = FAUX
J'erre autour des stands d'un marché de créateurs. Une nana vend des trousses qu'elle imagine amusantes sur lesquelles on peut lire des trucs genre " trousse de connasse" ou encore "dites non à la drogue, dites oui aux licornes". J'essaie d'imaginer le profil psychologique de son cœur de cible.
Et puis je pense à Antoine, je pense aux puceaux, je pense aux trousses qui racontent de la merde jusqu'à ce que je ne pense plus à rien d'autre qu'à l'urgence de la première cigarette.


dimanche 20 mai 2018

Notes 17/18 Vol.II

(...)
Il en ressort que je dois avoir des cuisses en béton à force de remonter la pente
Que j'endommage mes nerfs à coup de café
Mes artères à coup de chips
Que j'ai longtemps eu le goût d'abandonner mes neurones à des toxiques
Que j'ai un sommeil de merde
Que j'apprends beaucoup de mon écoute assidue des conversations des autres
Agent 007 en résidence dans les cafés de la ville
Je tiens en très haute estime des données archaïques, principalement bien dormir/bien manger et marcher beaucoup
Je ne finis pas toujours les livres que je commence et je peux en tirer un certain complexe
(honte?)
Je connais mieux le bord des larmes que les larmes elles même pour y avoir passé beaucoup de temps 
J'ai des velléités
Je parle de mon cerveau comme une spécialiste du Home staging : poser des cadres, agencer, faire le vide, créer un puit de lumière et ce genre de trucs
Souvent à fond de café, j'ai le cœur chamade qui tambourine, 
J'extrapole le nombre de battements par minute
Avec le temps, j'ai appris à apprécier ma compagnie
Je commente mes longues marches matinales à tue tête dans la ville bleue 
L'habitude de m'en remettre à mes jambes quand ma tête n'y est plus
a désormais le statut de réflexe
Je constate que je ne suis jamais aussi perdue que je ne le pense
Je me suis habituée à vivre down tempo, le rythme qui s'emballe vient de l'intérieur, je ralentis ma course au maximum, je ne peux pas me permettre d'être essoufflée, cependant, 
mon sang bat fort, mes veines se gonflent et mes muscles sont perpétuellement en tension
Calme comme une bombe
J'ai passé l'automne à lutter contre les symptômes de la dépression qui m'ont collés aux basques. c'est un sentiment terrible que celui d'être engloutie, digérée par des émotions adverses
Et puis, tout à coup c'est bien, c'est mieux. Le temps dilaté retrouve sa forme. Je vis au rythme des minutes, tout s'accélère, la vie en plein sprint, j'ai arrêté de me faire chier à gérer des sentiments contradictoires qui me plombent et m'enlisent. C'est comme ça, ça survient, pas de progression, on respire, on avait oublier ce que c'est à force de vivre à moitié noyée

[ À suivre]

mardi 15 mai 2018

notes 17/18 Vol.1

Je relis des vieux carnets pour en extraire quelque chose. J'y trouve des études comparatives sur le prix des dosettes de café Malongo dans les différentes supérettes de mon quartier (on trouve les moins cheres au simply Jean Jaurès). 
Des commentaires à charge sur la taille de mon cul
Des astuces pour affiner mon art de la cuisson des nouilles
Les apports et limites des viennoiseries dans la gestion de la détresse matinale
(à corréler directement avec mes considérations pondérales
Une capacité à me faire des films dans lesquels je tiens tous les rôles. 
Registres allant de la comédie dramatique au drame latin avec dos de la main sur le front et sentences définitives, type : qu'est ce que j'ai fait au bon dieu. 
Inspiration Almodovar, mascara mouillé
Thématique de prédilection : aller trop loin ou non
Analyse des effets de l'air frais sur le moral
Des pages d'auto persuasion : dois je boire un café bailey's ou reprendre un quart de lexo
Triple récits de mes sevrages successifs anxyolotiques / cannabis / alcool
Ce dernier est le moins réussi des trois
Attention exagérée portée au relationnel avec les chattes, type : P ne m'a pas calculée de la journée / C est en crise d'amour, elle ne m'a lâchée d'une semelle 
Attitude terriblement volontaire face à la vie en général et la dépression en particulier
Des phrases hors de propos souvent en lien avec des envies impérieuses, type : j'ai super envie d'une barbe à papa (!?)
Le constat violent de mon échec à écrire de la fiction, l'acceptation de ma vocation autofictive
Tant pis 
Des constats sans appel : " déjà Noël, bon..."
Des espaces de libre expression, type : "17/02/2018 / je suis dans le train" (suivi d'une page blanche)
Récurrence de l'aveu : je ne sais pas ce qui m'a pris


[à suivre]

L'eau, le feu

C'est la pluie qui me réveille. Elle crépite calmement avant de se changer en orage tonitruant. Sous une apparence paisible, chacune de mes cellules est survoltée. 
Ça me fait du bien.
Je m'inquiète d'un oiseau que j'entends. Le seul. Je me soucie de son abri, de son confort et je vais jusqu'à lui prêter des intentions et des projets. J'ultrapole. Je m'ennuie coincée dans un corps en feu.
C'est jour férié. Je ne sais pas si c'est en lien avec la religion ou la guerre. Les deux trucs que je peux pas blairer. Les deux sponsors officiels des jours de branle.
Je pense à une télévision cathodique, au son qui sort de l'écran gris. C'est à ça que me fait penser le bruit de la pluie. Un truc calme, régulier, que le tonnerre fracasse.
Depuis hier je rassemble des notes, je copie, je coupe, je colle. Je monte quelque chose qui n'existe que pour moi. Mon obsession textuelle prend le pas sur tout.
La nuit je m'ennuie sur des plages de réveil. Je suis soumise aux lubies d'un cerveau hyperactif qui galère à trouver la paix.
Il y a trois jours, nous avons traversé la ville en chantant Luz Casal dans un espagnol aussi foireux que volontaire. Nous avons été si heureux du parc de l'étoile à la place d'Austerlitz. Indifférents au reste du monde, trop occupés à s'aimer, à fêter tacitement le bonheur d'être ensemble.
Los momentos felices.
Je revois dans le noir de ma nuit blanche nos pas décidés, en route vers la nuit, nos sourires béants.
J'ai chaud.
J'ouvre la fenêtre. J'accueille une brise tiède à la surface de mon corps qui bat.
À ce moment-là je ne sais pas encore à quoi correspond mon embrasement
C'est seulement à 8h, lors de mon réveil définitif, que je comprendrais que toute la nuit j'ai attendu cet orage. Je l'ai pressenti.
J'ai attendu de me consumer dans une fièvre radicale, tenue éveillée par l'étincelle, symptôme de l'incendie. Et maintenant je brûle bel et bien.

vendredi 4 mai 2018

FANZINE / 17 JOURS / INDISPONIBLE

**** Actuellement le fanzine n'est plus disponible, il le sera peut-être à nouveau un jour,vous en serez informé.e.s? En tout cas merci à vous **** 


Tu peux désormais lire mes histoires aux chiottes, dans le bus, au bistrot, tu peux m'offrir à ta mère, à ta sœur, à ta meuf, tu peux annoter, surligner, déchirer même, corriger les fautes, si c'est ce qui t'excite, n'en doutes pas, tu trouveras ton bonheur. 
84 gr, 44 pages contre une somme allant de 3€ à plusieurs milliards si tu le désires (valises de petites coupures et lingots acceptés).

Envoi possible pour 2 balles pour un zine et à voir pour plusieurs. 

C'est surement pas parfait mais c'est un début, ça fait des années que je veux me lancer dans l'autoédition et j'ai fini par le faire grace au soutien d'amiEs trop supEr <3

Pour des renseignements, des commandes ou tout ce que tu veux : agirlcalledgeorges@gmail.com 

Extrait / Prologue 

"Il y a l'aveuglement. Un silence inconfortable. Un genre de vide sanitaire de la parole. On pense noir et on dit blanc. Et puis, il y a le monde autour, auquel il faut sourire, qui attend sa dose de « salut, ça va, merci au revoir ». Aucune brusquerie ne sera pardonnée et c'est ce qui permet que tout roule. Et puis, il y a le jour où les faux semblants ne sont plus permis. Le cerveau rejoint le vague à l'âme et il faut prendre une décision. Mettre à l'abri ce qu'on veut sauver. Comme lors d'une inondation massive, quand il faut mettre les meubles sur pilotis, les pieds dans l'eau, la commode posée sur des agglos. Il a fallu se décider à sauver les meubles, à prendre soin de tout ce qui pouvait être mis à l'abri du tourment. C'est comme ça que je me suis retrouvée au centre hospitalier d'Erstein, 67. Pour me mettre à l'écart d'une comédie dont j'avais oublié le texte. Pour mettre de côté ma carrière de saltimbanque de mascarade qui dit « salut ça va, merci, au revoir » sans même distinguer le sens de chacun de ces mots tant le marasme avait pris le pas sur un rôle social si bien rodé que j'avais mis en place. Je pédalais à côté du vélo, il me fallait cette mesure radicale pour me remettre en selle."

A bientôt ! 



Grosse Ambiance

À côté de moi au café une nana dit à sa copine qu'elle passe son chômage à mater les experts à Manhattan et qu'elle peut plus regarder sereinement une empreinte digitale. 
Elle ajoute : grosse ambiance.
Elle parle du mec qu'elle voit, elle dit lui faire peur.
Il tient à moi mais il flippe. Je suis sévère, ça fait flipper. Avec tout ce que j'ai traversé, je vais pas me mettre la misère pour un mec. 
Quand il m'invite à dîner avec des amis à lui, je le vois qu'il flippe. Il a peur que j'explose, il est super inquiet, limite à transpirer dès que j'ouvre la bouche. Il a pas confiance. La liberté ça les rend dingues, ils voudraient maîtriser ce qui sort de ta bouche, tout.
Il aimerait bien avoir une meuf, tu vois, douce, gentille, prévisible.
Ils veulent pas que leur meuf elle éclate de rire quand ils racontent de la merde.
Du coup avec moi, c'est pas possible ça, tu choisis: tu flippes ou tu te casses. C'est pas plus compliqué que ça. J'y peux rien. Je comprends qu'il comprenne pas. Même moi je me comprends pas.
Mais le pire c'est que c'est même pas grave, il reste. C'est malheureux, hein ?
Les mecs qui rampent ça fait pas envie, ça casse tout. Je mets que des barrières et ils reviennent tous. Ils sont maso, franchement y'a plus d'respect.
Plusieurs fois elle s'interrompt pour dire : tu me connais, hein, chuis gentille mais faut pas m'faire chier.
Mes potes me disent t'es jolie, t'es intelligente tu pourrais trouver du travail. Ça me fait une belle jambe.
Ils pensent que t'as que des moches et des connes au chômage ?
Et puis, aussi, tu pourrais travailler pour te payer un voyage. Qu'est ce que j'en ai à foutre franchement. Je peux faire Strasbourg-Colmar, ça me suffit comme voyage et c'est dans mon budget.
[...]
La serveuse dit à un vieux : vous êtes bien aimable alors qu'il est casse couilles.
Je bois mon verre d'eau. Je regarde passer les gens. Je remets mes cheveux défaits par le vent.
Je pense aux moches, aux connes, au chômage. À ceux qui savent tout mieux que tout le monde, aux experts à Colmar. Franchement, grosse ambiance.

mardi 24 avril 2018

Les temps sont durs pour les loser

Mail de pôle emploi : S'en sortir ensemble
Mail de ma banque : Il était une fois vos projets
Au café je m'installe à côté d'un mec qui parle non stop à deux autres mecs qui opinent comme des peluches de plage-arrière. Il déroule un discours qui colle parfaitement à ce qu'on attend de chacun en ce moment. Il a un ton de lettre de motivations : dynamique et motivé. Il exhale l'efficacité, il incarne son époque, il porte la montre qu'il faut, le costume qu'il faut, il a la barbetaillée comme il faut...
Il était une fois ses projets.
Ces derniers temps, j'ai le don de me retrouver à proximité immédiate de ce genre de personnes qui sacralisent leur job, qui se branlent sur leur situation, fiers qu'ils sont de l'abnégation dont ils ont su faire preuve au moment opportun.
Il emploie ce qui est, de mon point de vue, le champ lexical de l'emmerdement suprême : positionnement, projet, nouvelle dimension, perspective, pierre à l'édifice, culture d'entreprise, team building, prestation, axe d'amélioration, force, opportunités, valorisation.
Je pense : poutre, corde, tabouret, arsenic, shooter de Destop, tête dans la friteuse.
Il dit que c'est le job qui fait l'homme.
Ça me rend triste, cette phrase à la con me tombe sur les épaules comme la misère sur le pauvre monde. J'arrive pas à croire qu'on en est là.
Je suis pas seulement confrontée au discours d'un mec qui a la gagne, un genre de cas isolé,non, c'est le modèle standard, jeune homme de son temps prêt à tout déglinguer. Sa marge de progression est exponentielle et il ne s'est pas contenté de comprendre le principe de la start up nation, il en est le fruit mûr gorgé d'espoir.
Le job qui fait l'homme, l'absence de job qui t'annule.
On est en train de se faire coloniser par des mecs en chaussures pointues, cravates et éléments de langage rodés pour la conquête d'un monde qui n'est pas fait pour les filles qui traînent dans les cafés avec la gueule dans le cul à 9h du matin.
Bon, c'est pas simplement par esprit de contradiction, mais je répondrais bien au Pôle emploi que je suis pas sûre que ce soit ensemble qu'on s'en sorte.
Les temps sont durs pour les loser.